un vote des 27 pays membres de l’Union européenne sur l’accord commercial avec les pays du Mercosur aura lieu ce vendredi à Bruxelles. Le traité pourrait être signé ce lundi 12 janvier au Paraguay.

La colère agricole ne retombe pas depuis plusieurs semaines, et le sujet de la signature d’un accord commercial entre l’Union européenne et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay) la cristallise tout particulièrement.

Que contient cet accord ?

L’accord entre l’UE et le Mercosur autoriserait une zone de libre-échange de plus de 700 millions de personnes, et abolirait les droits de douane sur 91 % des exportations européennes. Une opportunité rare pour une majorité de pays membres de l’UE, à l’heure où la Chine exprime sa toute puissance commerciale, et alors que les décisions et menaces de Donald Trump sur les droits de douane inquiètent sur le front des exportations.

« Dans un contexte géopolitique marqué par une certaine instabilité, les accords commerciaux avec des partenaires alliés jouent un rôle important pour assurer la sécurité économique, garantir des approvisionnements essentiels, réduire les dépendances, faciliter l’accès à des ressources stratégiques » vante la Commission européenne.

La France bénéficierait par exemple de cet accord dans les secteurs des équipements et machines électriques, de l’aéronautique, des produits chimiques et pharmaceutiques, de certains fromages et vins ou spiritueux. Entre autres.

Pourquoi la France s’y oppose

La France, et l’Italie dans une moindre mesure, avaient douché les espoirs d’un accord en décembre, en⁠affirmant ne pas être prêtes à l’approuver tant que les inquiétudes des agriculteurs face à un afflux de produits bon marché en provenance du Mercosur, notamment de la viande bovine et du sucre, ne seraient pas levées. 99 000 tonnes de bœuf pourraient par exemple entrer en Europe chaque année à un taux préférentiel de 7,5 %. Soit un faible pourcentage (moins de 2 %) de la consommation européenne annuelle. Des importations qui concerneraient le haut de gamme de la viande bovine, rétorquent les opposants au traité.

Mais dans l’Hexagone, le dossier Mercosur a pris une dimension politique abrasive, présentant la particularité de faire l’unanimité contre lui. De l’ensemble de la classe politique d’abord, de tous les syndicats agricoles, ensuite, les trois principaux en premier lieu. Et dont l’exécutif redoute (manifestations, blocages…) forcément la réaction en cas de signature. Ce qui a probablement conduit l’europhile Emmanuel Macron à choisir de voter contre l’accord ce vendredi à Bruxelles, ainsi qu’il l’a annoncé sur X jeudi soir.

Cet accord sera-t-il signé ce 12 janvier ?

Jamais cet accord n’a été aussi près d’être signé, après les ultimes concessions accordées ces derniers jours par la Commission européenne. Qui a, par exemple, décidé ce mercredi de suspendre la taxe carbone sur les engrais, une demande de longue date de Paris et Rome. Un geste qui aurait définitivement convaincu l’Italie. L’Irlande, elle, va voter contre, a déclaré jeudi ‍le vice-Premier ministre Simon Harris, arguant que ces avancées restaient insuffisantes.

De son côté, la France tente de réunir une minorité de blocage en s’appuyant sur les autres pays hostiles au traité, comme la Pologne, l’Autriche, ou la Hongrie.

Mais sur la base de ces rapports de force, Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, pourrait certainement parapher l’accord ce lundi 12 janvier au Paraguay. Ce qui ne mettrait pas forcément un point final à ce feuilleton de… 24 ans. Car comme le précisait la ministre de l’Agriculture Annie Genevard ce mardi : « C’est ensuite le Parlement européen qui va devoir se prononcer sur cet accord et ensuite ce sera une ratification. […] L’histoire n’est pas écrite et le combat n’est pas terminé ».