Par

Ugo Maillard

Publié le

9 janv. 2026 à 8h36

C’est un garçon d’une vingtaine d’années au physique chétif et au regard timide qui pousse la porte du centre LGBTQIA + de Nice (Alpes-Maritimes). En cette fin d’après-midi, Omar* s’installe sur une chaise pour raconter son histoire. Celle d’un jeune homme qui a été contraint de quitter son pays en raison de son orientation sexuelle : il a fui le Bangladesh, un pays d’Asie où l’homosexualité est illégale et passible d’emprisonnement à vie depuis 1860 date à laquelle le pays appartenait à l’empire colonial britannique. Une répression qui s’est renforcée depuis quelques années avec l’arrivée d’un islam radical aux plus hautes sphères de l’État.

Si la situation politique est particulièrement instable dans ce pays de 173 millions d’habitants, celle d’Omar a toujours été teintée d’homophobie. Des brimades, des insultes ou des coups ont rythmé les premières années de sa vie. L’avenir du jeune homme dans son pays natal s’est encore assombri lorsqu’il a rencontré son petit copain. Malgré un amour caché, le niveau de pression sur Omar et sa famille s’est accentué.

Le jeune qui souhaite conserver son anonymat par crainte de représailles contre lui, son petit copain Nasir* ou sa famille, a accepté de témoigner pour actu Nice.

Des violences subies dans son pays

Dans un français riche pour une personne présente sur le territoire depuis un an environ, Omar retrace ces années à vivre dans l’ombre : « Notre relation était cachée. J’ai voulu qu’on aille à l’université dans une grande ville avec mon copain mais ça n’a rien arrangé. Malgré le fait que l’État et sa police n’avaient pas de preuves de notre homosexualité, nous étions espionnés. »

Hormis les insultes, les deux amoureux vont subir une très violente agression un soir de 2023 où ils ont été frappés, violés et menacés avec une arme à feu. Ces agresseurs vont également avertir les familles d’Omar et Nasir de leur orientation sexuelle.

La réaction de la famille du jeune étudiant est immédiate. « Mon père a décidé de m’envoyer dans une école pour que je sois soigné et que je redevienne hétérosexuel », lâche Omar. Une réponse à l’agression que l’on pourrait apparenter à une forme de violence morale, mais ce n’est pas le cas pour l’homme, à l’époque. « Je n’avais pas d’info sur l’homosexualité. Je ne savais pas ce que c’était. Je pensais que c’était ma faute. Je pensais que c’était une maladie. »

Un recours au trafic d’être humains

Au fil de ses recherches sur Internet, le Bangladais découvre que l’homosexualité n’est pas une maladie et que certains pays l’acceptent. Le départ est acté, ce sera la France.

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J’ai dit à ma famille que je voulais aller dans un pays développé pour m’aider à me guérir car les traitements pour soigner les homosexuels sont meilleurs. Ils m’ont cru et m’ont donné de l’argent pour le voyage.

Omar
Réfugié à Nice

Par le biais de trafiquants d’êtres humains, Omar parvient à quitter son pays. Il traverse alors de très nombreux pays durant plusieurs mois.

Si Omar ne souhaite pas s’épancher sur les détails de son interminable périple vers la France, l’humidité de ses yeux trahit une douleur encore vive. « Il a été victime de nombreuses violences et tortures pendant son exil », appuie Erwann Le Ho, coordinateur du centre LGBTQIA + de Nice, qui accompagne Omar depuis son arrivée à Nice.

Omar décroche un statut de réfugié

C’est en avril 2024 qu’Omar arrive, enfin, en France. Après quelque temps passés à Paris, le jeune Bangladais en exil débarque sur la Côte d’Azur, à Nice.

« J’ai trouvé rapidement des personnes qui m’ont aidé et qui m’ont accompagné dans mes démarches, notamment pour trouver un appartement », se remémore Omar avec un sourire contenu. En l’espace de cinq mois, la préfecture des Alpes-Maritimes lui accorde un statut de réfugié.

Une régularisation et une adaptation à un environnement nouveau qui n’est pas un long fleuve tranquille, d’autant plus pour un jeune homme de moins de 30 ans, encore meurtri par les sévices dont il a été victime.

« Son état de santé était particulièrement fragile lorsqu’il est arrivé. Il a immédiatement été suivi par un psychologue », explique Erwann Le Hô.

Le centre LGBTQIA+ de Nice

Animé par cinq salariés et une vingtaine de bénévoles, le Centre LGBTQIA+ de Nice accompagne des personnes ayant des besoins ou des demandes sur leur orientation sexuelle, sur l’identité de genre ou en difficulté économique. Erwann Le Hô, le coordinateur fait état de « 120 nouveaux dossiers par an ».

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La situation complexe de son compagnon

Dans un franglais maîtrisé, Omar accepte de répondre à quelques questions sur son « boyfriend ».

Nasir a essayé de venir en France. Il a été attrapé et renvoyé à sa famille. Ils veulent le forcer à accepter un mariage hétérosexuel.

Omar

Dans un souci de sécurité, le jeune homme reste flou sur la situation de son compagnon mais indique à actu Nice que la situation pourrait s’arranger prochainement. Une cagnotte a été lancée pour aider Omar et Nasir à vivre leur amour en paix, en France.

Une volonté d’aider les homosexuels persécutés

Pour Omar, la beauté de la promenade des Anglais qu’il « adore » ne compensera jamais les joies de son pays et du « poulet curry de [sa] maman ». Et s’il compte bien obtenir son CAP de réceptionniste pour commencer sa vie professionnelle en France, un autre rêve l’anime.

« En tant qu’avocat ou autre, j’aimerais aider les personnes et les jeunes pour qu’ils assument leur identité sexuelle. Même si la situation ne change pas au Bangladesh, je veux travailler avec les personnes sur place pour aider le développement de mon pays, notamment pour informer », affirme le jeune homme avant de confesser, tremblant, qu’il aurait « préféré rester au Bangladesh avec sa famille ».

*Prénoms d’emprunt utilisés. Des menaces pèsent encore sur lui et son compagnon, malgré l’exil d’Omar en France.

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