Sur la corniche Kennedy, les grandes baies vitrées du restaurant Tabi donnent directement, drôle de clin d’œil de l’histoire, sur le monument aux armées d’Orient. Elles regardent surtout bien en face la mer qui nourrit tant la cuisine du chef Ippei Uemura, née à Kyoto en 1980 et tombé amoureux de Marseille vingt-six ans plus tard.
« J’ai toujours rêvé de la France et de sa cuisine, confie-t-il. À 10 ans, je lisais des livres de Ducasse et de Bocuse. » En 2006, ce grand voyageur finit par sauter le pas et les océans. Il débarque à Cannes pour un poste de chef exécutif et c’est un peu la douche froide. « Cannes, même si j’aime y retourner aujourd’hui, ne correspondait pas du tout à l’image que je m’étais faite de la France, trop de béton, de grands immeubles. » À tel point qu’il ne tarde pas à prendre son billet de retour pour l’archipel nippon. Trajet qui passe d’abord par une étape marseillaise de quelques jours. Et là, c’est le coup de foudre. On ne peut guère imaginer plus contrasté que l’air de Marseille, joyeusement foutraque et rebelle, et l’ambiance au cordeau des villes japonaises. Mais c’est bien cette opposition frontale et cette irréductible singularité marseillaise qui retien…