Le hasard a voulu que les photographes allemands Rudolf Lehnert (1878-1948) et Ernst Landrock (1878-1966) se rencontrent en Suisse, en 1903. Fascinés tous les deux par l’Orient, par cet ailleurs exotique alors source inépuisable de fantasmes, ils s’installèrent l’année suivante à Tunis pour y ouvrir un studio photo. Après une mise entre parenthèses lors de la Première Guerre mondiale, leur aventure reprendra en 1920, lorsqu’ils créeront à Leipzig la maison d’édition Orient Kunst Verlag, avant d’ouvrir quatre ans plus tard un nouveau studio au Caire.
En 1985, c’est à Photo Elysée que les descendants d’Ernst Landrock, qui à partir de 1930 exploitera seul la société Lehnert & Landrock, décidaient de déposer les abondantes archives de leur aïeul, riche de milliers de photographies symptomatiques de la mode orientaliste apparue en littérature et dans les beaux-arts à partir du XVIIIe siècle, et proposant une vision fantasmée du monde arabe. Quarante ans plus tard, impossible de présenter ce fonds comme un simple pan de l’histoire de la photographie. C’est ainsi que l’institution lausannoise a choisi de le remettre en lumière à l’aune des nécessaires discours décolonialistes, dans le but de montrer comment le 8e art a été déterminant dans la construction d’un Orient stéréotypé.