Depuis que son époux Arto, originaire d’Arménie, s’est donné la mort six mois plus tôt, Céline (Camille Cottin) est seule pour s’occuper de ses deux enfants. Afin de faire honneur à la mémoire de leur père, elle souhaiterait que ceux-ci obtiennent à leur tour la nationalité arménienne. Pour ce faire, elle a besoin de se procurer au pays, à Gyumri, l’acte de naissance du défunt. Cependant, une fois sur place, Céline tombe des nues en apprenant qu’Arto Sarian s’appelait, en vérité, Arto Santrosian, et qu’avant son arrivée en France, il avait combattu lors de la première guerre du Haut-Karabagh, au début des années 90, contre les Azéris.

Aidée par un chauffeur de taxi, puis par Arsiné, une combattante arménienne dont le père est resté vivre dans l’Artsakh, Céline va traverser le pays, découvrir un conflit dont elle ignorait tout, et lever le voile sur quelques vérités que son mari lui avait volontairement cachées toutes ces années durant…

À la veille de l’offensive finale de 2023

Premier long-métrage de fiction de la documentariste franco-arménienne Tamara Stepanian, Le Pays d’Arto s’inscrit dans un contexte bien particulier, celui de l’année 2021, soit la fin de la deuxième guerre du Haut-Karabagh, deux ans avant l’offensive finale de l’Azerbaïdjan et sa récupération définitive du territoire, en septembre 2023. Pour rappel, cette zone était passée sous le contrôle de l’Arménie en 1994, entraînant le départ des populations azéries qui vivaient là.

Lorsque l’Azerbaïdjan déclencha la seconde guerre, en 2020, aidé de la Turquie et d’Israël (pour l’armement et la formation militaire), Bakou parvint à récupérer un certain nombre de points-clés, notamment les régions d’Aghdam, Kelbajar et Latchine. Cette seconde guerre fut donc perdue par le Haut-Karabagh et par l’Arménie. Les Russes, en effet, bien que soutenant moralement les populations arméniennes, n’osèrent pas s’opposer frontalement à leurs vieux alliés azéris auxquels ils vendaient des armes… Le 29 octobre 2020, Vladimir Poutine alla plus loin encore en soutenant les revendications irrédentistes de l’Azerbaïdjan sur sept régions occupées par l’Arménie. Désormais, seule l’invasion éventuelle du territoire arménien par les Azéris constituerait pour les Russes un casus belli.

Un film qui ne dépasse pas le stade de l’émotion

Nettement insuffisant dans son travail de contextualisation, le film de Tamara Stepanian se coupe involontairement d’une grande partie du public en s’adressant exclusivement à ceux qui seraient familiers de ces thématiques (le public franco-arménien ?). La majorité de spectateurs laissés au bord du chemin auront le sentiment tenace que Le Pays d’Arto n’a rien d’autre à leur proposer qu’un émouvant récit de voyage, servi par de jolis paysages du Caucase, sur les méfaits de la guerre et de la violence. Propos bateau, s’il en est… Jouant à fond la carte de l’émotion, la réalisatrice se prive ainsi d’une réflexion plus complexe sur un conflit géopolitique majeur.

Malgré ses défauts, le film possède un charme certain, celui d’un peuple frère (depuis la première croisade en 1095 !) qui n’a d’autre choix que de se battre pour subsister entre la Turquie et l’Azerbaïdjan. Si la présence au casting de Denis Lavant, plus cabotin que jamais en berger arménien, nous agace, celle de l’Iranienne Zar Amir Ebrahimi – l’une des trois ou quatre actrices les plus courageuses au monde à l’heure actuelle par leurs prises de position contre les islamistes – a de quoi nous réjouir, d’autant plus qu’elle joue dans notre langue.

 

3 étoiles sur 5

 


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