Dimanche dernier, le manager Toulonnais Pierre Mignoni avait décidé de faire l’impasse sur le match contre le Stade Rochelais, à Deflandre, comptant pour la 14ème journée du Top 14.

Entre la longue liste de joueurs blessés et les internationaux forcés au repos, le technicien du RCT a fait le choix d’aligner une équipe très rajeunie.

Malheureusement, les Varois n’ont pas fait le poids face aux Maritimes et se sont lourdement inclinés sur le score piquant de 66 à 00.

Interrogé dans les colonnes de Midi Olympique, le président de la Ligue Nationale de Rugby, Yann Roubert a donné son avis sur le sujet.

Il indique comprendre la problématique dans laquelle s’est retrouvée Pierre Mignoni. Extrait:

« Effectivement, je crois qu’à part les Rochelais, tout le monde était déçu de la tournure de ce match… Mais je crois que ce scénario était aussi lié à des facteurs multiples, en l’occurrence le nombre de blessés et de joueurs absents à Toulon ce week-end. Il ne faut surtout pas oublier pour autant que le championnat est plus dense que jamais, qu’à l’heure actuelle il y a 11 clubs, voire 12, susceptibles de se qualifier et que même s’il y a eu parfois de gros écarts, ce n’est pas toujours révélateur d’impasses.

Si on prend le Bordeaux–Racing, le Racing était devant à 55ème… Le Toulouse–La Rochelle, qui a fini aussi à plus de 60 points, a été un match extraordinaire, a été le record d’audience de ces dix dernières années. Donc, il faut bien être conscient à la fois que les contextes sont multiples, que les écarts pour moi sont ponctuels et que le championnat reste plus dense que jamais. Et que du coup, si bien sûr on suit ces dynamiques avec attention, on reste très confiants en l’avenir. »

Il refuse de tirer des conclusions prématurées suite à ces quelques matches à score fleuve. Extrait:

« Encore une fois, je pense qu’il est prématuré de tirer des conclusions parce qu’on est à la moitié du championnat. Quand on voit à quel point les classements est serré, il est évident que chaque point va compter. Et maintenant que les congés de chaque joueur vont être purgés, qu’on va y voir un peu plus clair en Coupe d’Europe, je pense et j’espère aussi que le phénomène va rapidement et nettement s’atténuer. C’est pour cela qu’il ne faut pas tirer de conclusions hâtives. Je ne serais absolument pas surpris qu’il y ait des matches très serrés. Tous les managers alignent leur meilleure équipe lorsque les points valent de l’or et le meilleur garant de cela, c’est la compétitivité de notre championnat, qui fait son attractivité. »

Concernant l’avis du diffuseur Canal + sur le sujet, il fait le point. Extrait:

« On préfère tous que les grosses affiches accouchent de matches serrés. Mais un gros score ne veut pas forcément dire un mauvais match. Honnêtement, ce n’est pas parce que Bayonne ou le Racing ont pris 60 points qu’ils ont galvaudé leurs rencontres. On peut aussi rendre hommage aux attaques de Montpellier, de La Rochelle, et de Bordeaux… Tous les clubs sont conscients de la chance qu’a le rugby professionnel français d’être exposé sur les Champs-Elysées de la télé, à savoir la meilleure case de notre partenaire Canal +, qui est celle du dimanche soir. Encore une fois, il faut bien être conscient que la situation dans laquelle s’est trouvé Toulon n’a pas de raison de se reproduire fréquemment dans les mois à venir. »

Suite à cette débâcle contre La Rochelle, Pierre Mignoni a pesté contre la Ligue Nationale de Rugby qui ne cesse de presser les clubs du Top 14 avec les JIFF, le Salary Cap et bien d’autres règlements encore.

Yann Robuert lui répond. Extrait:

« On essaie de prendre tout en compte, notamment dans les échanges qu’on a pu avoir sur le Salary Cap, dont l’issue est proche puisqu’elle coïncidera avec notre comité directeur de début février. On entend ces problématiques, tout comme on prend en compte la santé des joueurs. On entend tout, on prend l’avis des joueurs, des managers, des clubs pour essayer d’arriver à des solutions.

Le calendrier a conduit Pierre Mignoni à effectuer choix ponctuel, mais la vérité de janvier ne sera sans doute pas celle du printemps. Tant qu’on a les compétitions telles qu’elles sont, c’est difficile d’alléger le calendrier. On est prêt à réfléchir à tout, mais pour l’instant, on a à caler le Top 14, les matchs internationaux et la Champions Cup.

N’oublions pas non plus que s’il y a eu des matchs déséquilibrés, ils ont au moins le mérite de permettre à des jeunes de se former… Je me souviens de Toulouse qui en avait pris un peu plus de 60 points à Montpellier en 2018, et qui avait terminé champion de France six mois après, avec la moitié des joueurs qui étaient titulaires ce jour-là sur le terrain.

Donc, encore une fois, n’allons pas trop vite pour tirer des conclusions définitives. Je suis convaincu que les six mois qui viennent vont nous enthousiasmer, avec un championnat plus compétitif et attractif qu’il ne l’a jamais été quand l’échéance des phases finales va se rapprocher. »

La LNR compte-t-elle rajouter un règlement pour limiter ces scores fleuves ? Yann Roubert réagit. Extrait:

« S’il devait y avoir des choses à inventer, on traiterait tous les sujets sans aucun tabou. Mais on ne va pas se précipiter au lendemain d’un seul week-end, même s’il y a eu trois matches à plus de 60 points. La vérité d’un dimanche ne peut pas être une généralité. On est plus sur des écarts ponctuels dus à des contextes multiples qu’ à une tendance lourde. Il n’y a pas lieu de s’affoler, ni de tirer de conclusion prématurée. »