Donald Trump affirme que son annexion du Venezuela aidera les Américains confrontés à la flambée des prix de l’énergie. Mais il omet de rappeler le coût très élevé du traitement du pétrole vénézuélien.

ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFP

Donald Trump affirme que son annexion du Venezuela aidera les Américains confrontés à la flambée des prix de l’énergie. Mais il omet de rappeler le coût très élevé du traitement du pétrole vénézuélien.

Tandis que Donald Trump et Stephen Miller, son principal conseiller à la Maison Blanche, se vantent d’avoir confisqué le pétrole vénézuélien grâce à leur impérialisme fondé sur la force, ils omettent d’aborder un détail crucial qui remet en question la valeur de cette énergie fossile : son impureté voire sa saleté.

Le pétrole vénézuélien, que Donald Trump prétend contrôler, est en réalité un produit épais et visqueux, saturé de sulfure d’hydrogène et de nombreux métaux toxiques susceptibles de détruire une raffinerie s’ils ne sont pas préalablement éliminés, expliquent des experts du secteur. Il doit être dilué avec des produits pétroliers importés avant même d’être suffisamment fluide pour être transporté. Et ce caractère corrosif est la raison pour laquelle une grande partie du matériel de forage pétrolier du pays est en si mauvais état.

« C’est la raison pour laquelle l’infrastructure s’est dégradée, explique Matt Randolph, un cadre du secteur pétrolier fort de plusieurs décennies d’expérience. Le pétrole est extrêmement corrosif et tout l’équipement nécessite un entretien constant et des traitements chimiques pour éviter sa dégradation. »

Le coût plus élevé du traitement du pétrole vénézuélien, conjugué aux prix mondiaux actuellement bas du pétrole et à une demande future incertaine, signifie que l’installation par les États-Unis d’un dirigeant plus coopératif dans ce pays pourrait n’avoir aucun impact sur le prix de l’essence et du fioul domestique pour les Américains.

Un analyste du secteur pétrolier, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a indiqué que la production pourrait – à un coût relativement faible – augmenter d’environ 200 000 barils supplémentaires par rapport au million de barils par jour actuellement extraits au Venezuela. Cependant, des investissements massifs seront nécessaires et pourraient ne jamais être rentables si les prix du pétrole restent bas.

Une affaire (pas si) rentable

Selon cet analyste, la question que se posent les compagnies pétrolières est la suivante : « Pourrions-nous être rentables en 2032 si nous investissons des dizaines de milliards de dollars dès maintenant ? » Pour autant, Donald Trump continue d’affirmer que sa prise de contrôle du Venezuela aidera les Américains confrontés à la flambée des prix de l’énergie.

« Je rencontre également des représentants des compagnies pétrolières. Vous savez de quoi il s’agit : il y a énormément de pétrole à exploiter, ce qui va encore faire baisser les prix », a-t-il déclaré mardi 6 janvier aux élus républicains de la Chambre des représentants, en faisant référence à une réunion prévue vendredi avec des dirigeants de compagnies pétrolières.

« Je suis heureux d’annoncer que les autorités intérimaires vénézuéliennes vont livrer entre 30 et 50 millions de barils de pétrole de haute qualité, soumis aux sanctions, aux États-Unis d’Amérique », a également écrit Donald Trump sur les réseaux sociaux plus tard dans la journée, tout en affirmant être désormais à la tête de l’industrie pétrolière vénézuélienne. « Ce pétrole sera vendu au prix du marché, et cet argent sera contrôlé par moi, en tant que président des États-Unis d’Amérique, afin de garantir qu’il profite aux peuples vénézuélien et américain ! »

La vente de ce pétrole générerait au maximum 3 milliards de dollars − une fraction infime, selon les experts du secteur, du coût nécessaire pour remettre en état les infrastructures de forage au Venezuela et ainsi permettre de ramener la production pétrolière à son niveau de 2019. Avant l’imposition des sanctions américaines. Pour atteindre à nouveau ce niveau de 2 millions de barils par jour, il faudrait investir 108 milliards de dollars au cours des dix prochaines années, selon Rystad Energy.

Extraction décourageante

Mais porter la production à 3 milliards de barils, comme c’était le cas à l’apogée de la production pétrolière vénézuélienne dans les années 1990, coûterait 75 milliards de dollars supplémentaires d’ici 2040. Claudio Galimberti, économiste en chef de Rystad, estime que ce nouvel investissement ne sera rentable que si le prix du pétrole atteint au moins 80 dollars le baril. « Le principal coût réside dans l’acheminement du diluant et/ou du naphta, indispensables au transport du pétrole brut vénézuélien, épais et visqueux », explique-t-il, faisant référence aux produits pétroliers nécessaires à la dilution du pétrole. « À ce jour, le Venezuela dispose de très peu de sources de naphta, en dehors de la Russie et de la Chine. »

Avec un prix du pétrole actuellement inférieur à 60 dollars le baril, un niveau qui a même découragé de nouveaux forages nationaux, il est difficile de savoir si les compagnies pétrolières seraient prêtes à investir des sommes considérables dans un pays où le pétrole nécessite un traitement coûteux dès son extraction. Surtout que de plus en plus de pays se tournent vers les véhicules électriques et les énergies renouvelables tandis que la demande de pétrole ralentit.

Aux risques économiques s’ajoutent des risques politiques tout aussi imprévisibles, glisse l’analyste du secteur pétrolier. Il évoque notamment l’instabilité persistante au Venezuela, actuellement dirigé par l’ex-vice-présidente de Nicolás Maduro, et la possibilité que Donald Trump soit remplacé dans trois ans par un démocrate comme le gouverneur de Californie Gavin Newsom. « Ils ont énormément de problèmes », a-t-il conclu au sujet des perspectives pétrolières du Venezuela.

Note : Cet article est une traduction réalisée par la rédaction du HuffPost France, à partir d’un article paru en janvier 2026 sur le HuffPost US. L’article original est à lire ici.