Pour ce premier épisode de l’année des transferts de légende, nous revenons sur le passage plus que mouvementé de Mike Phillips à Bayonne. Recruté sur un concours de circonstances, le demi de mêlée gallois n’avait pas tenu ses promesses. Pis : il avait fini par être licencié.
L’histoire entre l’Aviron bayonnais et Mike Phillips avait commencé de manière assez rocambolesque. À l’origine, le club basque n’avait pas prévu de recruter le Gallois. Au début de l’année 2011, ses recruteurs avaient jeté leur dévolu sur un autre joueur de stature internationale : Byron Kelleher. Le numéro 9 All Black avait signé un précontrat à l’époque où Bernard Laporte et François Salagoïty avaient prévu de collaborer. La sortie de l’ancien sélectionneur des Bleus du projet avait finalement dérouté le Toulousain. « Nous lui avons envoyé une lettre recommandée pour qu’il vienne nous voir mais nous n’avons pas de nouvelle », avait déclaré, en avril, le président ciel blanc Michel Caoucault. Le 7 juin, l’affaire était entendue : le précontrat qui liait les deux parties était rompu et « Byron Kelleher (était) donc libre de s’engager avec un autre club ». Ce qu’il fera sans tarder en signant un contrat avec… le Stade français.
En parallèle, l’Aviron avait logiquement activé un plan B. Qui avait des airs de premier choix. Le 13 juin, soit moins d’une semaine après le communiqué actant la rupture avec Byron Kelleher, Midi Olympique révélait l’engagement de Mike Phillips (28 ans, 42 sélections) avec le club basque. Après les All Blacks Joe Rokocoko et Neemia Tialata, le Wallaby Mark Chisholm ou l’international français Cédric Heymans, c’était une nouvelle prise de poids pour les Bayonnais. Une belle pioche, d’autant plus que le Gallois, engagé pour deux ans (avec une troisième année en option), s’était montré financièrement moins gourmand que le Néo-Zélandais. Alain Afflelou, le nouvel homme fort de l’Aviron, s’était personnellement investi dans ce dossier pour obtenir l’accord du joueur.
« J’avais beaucoup de respect pour ce garçon… »
Lorsqu’il débarqua après la Coupe du monde, au cours de laquelle il s’était affirmé comme le meilleur 9 de la planète, c’est peu dire que Mike Phillips suscitait de fortes attentes du côté de Jean-Dauger. Après une première saison d’adaptation relativement correcte, l’idylle avait commencé à sérieusement battre de l’aile. En septembre 2012, Mike Phillips était suspendu pour dix jours à la suite d’une soirée nocturne trop arrosée. Un écart qui plus est consécutif à une sévère défaite à domicile, contre Toulouse (6-35). Les motifs de la sanction ne laissaient pas de place au doute : « hygiène de vie » et « comportement extra-sportif ». Sur le terrain, le Gallois et ses partenaires continuèrent à ne pas tenir leurs promesses avec une peu glorieuse huitième place au classement final de la saison 2012-2023. Mais le pire était encore à venir. Au lendemain d’une victoire bonifiée sur Grenoble en Challenge européen (37-6), le 11 octobre 2012, Mike Phillips, Dwayne Haare et Stephen Brett se présentaient à une séance vidéo en état d’ébriété. Dans la foulée, le Gallois et ses partenaires étaient reçus par l’état-major de la maison. L’international gallois était écarté du groupe dans un premier temps. Puis, le 26 octobre 2012, après un délai de réflexion, la direction du club recevait le demi de mêlée gallois pour lui notifier sa décision. Le couperet tombait : Mike Phillips ne porterait plus les couleurs des Ciel et Blanc. Ironie de l’histoire, l’international s’envolait le jour suivant pour le pays de Galles afin de préparer les tests de novembre avec le XV du Poireau.
Dans un entretien accordé à nos confrères de Sud Ouest, Alain Afflelou était, après coup, revenu sur cette décision prise à contrecœur : « J’avais beaucoup de respect et d’affection pour ce garçon, très respectueux, et pour le joueur, avait confié le lunetier. Je l’avais déjà gardé il y a un an, contre l’avis de tous. Cet été, je l’avais même invité chez moi pour lui proposer une prolongation de contrat de deux ans (son bail expirait en juin 2014, N.D.L.R.). Je lui faisais confiance. C’est de la trahison. » Et l’homme fort de l’Aviron de résumer en deux phrases ce qui restera du passage de deux ans du Gallois sur les bords de la Nive : « Ce qu’il a fait est inexcusable. Et ce n’est pas la première fois. »