Une situation inédite et une première à bord de l’ISS. La Nasa a annoncé qu’elle allait évacuer Crew-11 de la station spatiale internationale. La raison ? L’un ou l’une des astronautes est malade. Il s’agit de « la première fois que nous procédons à une évacuation médicale contrôlée depuis la station », a précisé le haut responsable de la Nasa Amit Kshatriya. Cette équipe est composée de quatre personnes : deux Américains, un Japonais et un Russe. Crew-11, sous l’égide de SpaceX, a décollé le 31 juillet et est arrivée dans l’ISS le 1er août. Les quatres membres devaient initialement revenir sur Terre en février. Cette décision pourrait avancer la date de départ de la mission Crew-12, avec à son bord la Française Sophie Adenot, prévue le 15 février.

Crew-11 se compose du pilote Michael Fincke (58 ans), de la commandante Zena Cardman (38 ans), et des spécialistes de mission Kimiya Yui (55 ans) et Oleg Platonov (39 ans). Les deux premiers sont des astronautes américains de la Nasa, Kimiya Yui est de l’agence japonaise Jaxa, et Oleg Platonov est un cosmonaute de l’agence russe Roscosmos. Durant leur mission de six mois, ils devaient notamment simuler des scénarios d’alunissage dans le cadre du programme Artemis mené par les États-Unis pour retourner sur la Lune.

Qui est malade ?

On ne sait pas qui est la personne concernée, la Nasa préférant garder le secret médical. Un « risque persistant » et « l’incertitude quant au diagnostic » ont motivé la décision de ramener l’équipage plus tôt, a expliqué le médecin-chef de la Nasa, James Polk, tout en soulignant qu’il ne s’agissait pas d’une évacuation d’urgence. La personne est « dans un état stable ». Outre le secret médical, la Nasa n’a pas l’habitude de divulguer les noms des astronautes dans les rapports et les études médicales, même post-atterrissage.

Comment a réagi la Nasa ?

La Nasa a d’abord annoncé l’annulation « pour raison médicale » d’une sortie dans l’espace prévue jeudi des astronautes américains Mike Fincke et Zena Cardman. Ils devaient effectuer cette sortie de près de 6 heures et demie pour des travaux sur la station. Puis la décision a été prise de ramener l’équipe sur Terre.

N’y a-t-il pas de quoi soigner quelqu’un sur l’ISS ?

« Nous avons une cellule médicale importante à bord de l’ISS, mais il n’y a pas le matériel nécessaire pour effectuer un bilan de santé complet », a développé le médecin-chef de la Nasa, James Polk. « Dans ce cas précis, nous devons le faire. Et cela ne peut être réalisé que sur Terre. » Ainsi, la station dispose de défibrillateurs, d’un matériel complet de réanimation, d’une pharmacie bien garnie, d’un poste d’échographie, d’appareils miniaturisés permettant de réaliser des scanners, des analyses de sang ou d’urine. En outre, les membres de l’ISS sont en lien avec une équipe médicale de la Nasa.

Pourquoi faut-il évacuer tout l’équipage de Crew-11 ?

Actuellement, deux vaisseaux sont amarrés à la station : le Crew Dragon (4 places) utilisé par Crew-11 et le Soyouz (3 places). Si une partie de Crew-11 seulement devait repartir, les autres membres resteraient bloqués à bord. Et cela peut durer longtemps, comme ça a été le cas pour les Américains Suni Williams et Butch Wilmore, partis pour huit jours mais bloqués neuf mois car leur vaisseau Starliner (Boeing) avait montré des défaillances techniques.

Quand vont-ils revenir sur Terre ?

On ne sait pas encore, mais cela devrait se faire « dans les prochains jours », affirme la Nasa. Pourquoi un tel délai ? Parce qu’on ne revient pas sur Terre aussi facilement. En effet, il faut calculer une trajectoire de retour en prenant en compte notamment la météo et la rotation de la planère. D’autant qu’il faudrait, idéalement, que les équipes médicales prennent en charge les astronautes en moins d’une heure après leur atterrissage. Donc le vaisseau ne peut pas arriver n’importe où. En outre, selon le problème médical, le retour peut s’avérer encore plus compliqué. Par exemple, les astronautes subissent des forces à plus de 5G (ils ressentent cinq fois leur poids), donc certaines pathologies (comme un traumatisme interne) seraient fatales.

Est-ce que toute l’ISS est évacuée ?

Non. Un astronaute américain et deux cosmonautes russes vont rester à bord de la station. Ils sont arrivés en novembre à l’aide d’une capsule Soyouz : l’Américain Christopher Williams (42 ans), et les Russes Sergueï Koud-Svertchkov (42 ans) et Sergueï Mikaïev (39 ans). D’ailleurs la Nasa a souligné que l’évacuation serait menée de façon à « minimiser l’impact opérationnel sur les travaux en cours à bord de l’ISS ». 



Vue d'artiste de l'ISS. Image NASA

L’ISS, un modèle de coopération internationale fragile

Modèle de coopération internationale réunissant l’Europe (ESA), le Japon (Jaxa), les États-Unis (Nasa), la Russie (Roscosmos), et le Canada (ASC), l’ISS (International Space Station) a commencé à être assemblée en 1998. Sa mise à la retraite était prévue en 2024, mais la Nasa a estimé qu’elle pouvait fonctionner jusqu’en 2030. Depuis la guerre en Ukraine, l’exploitation de l’ISS est l’un des derniers domaines de coopération entre la Russie et les États-Unis.

L’ISS est le plus grand objet jamais construit dans l’espace : 74 mètres de longueur et 109 mètres d’envergure pour une masse d’environ 420 tonnes. Elle est en orbite à une altitude entre 330 et 420 kilomètres.

Va-t-il y avoir un impact sur les prochaines missions, notamment celle de Sophie Adenot ?

Les responsables de la Nasa ont indiqué qu’il était possible que la prochaine mission américaine vers l’ISS parte plus tôt que prévu, sans donner plus de précisions. Crew-12 doit normalement décoller le 15 février, avec à son bord la spationaute française Sophie Adenot, les astronautes américaines Jessica Meir et Jack Hathaway, et le cosmonaute russe Andrey Fedyaev. La Nasa et l’agence spatiale russe Roscosmos, qui opèrent ensemble au sein de l’ISS, ont mis en place un programme d’échange d’astronautes, acheminant chacun à tour de rôle un membre d’équipage de l’autre pays.

Est-ce la première fois qu’une évacuation a lieu ?

Si la Nasa n’a jamais pratiqué d’évacuation sanitaire en orbite, ce n’est pas le cas des Russes. Dans les années 1980, deux cosmonautes soviétiques avaient dû écourter pour raisons médicales leur séjour à bord des stations Salyut-7 et Mir.

Est-ce rare que des astronautes soient malades ?

Non. Mais les stations spatiales (ISS et MIR auparavant) sont des espaces de recherches scientifiques. Les maladies à bord sont dès lors traitées comme un objet d’études, et les noms des personnes concernées ne sont pas mentionnés. Et il faut parfois des années pour que le grand public découvre certains problèmes, comme le Syndrome d’adaptation à l’espace, connu par tous les astronautes : durant les premières heures à bord d’une station spatiale, ils ressentent des nausées, des vertiges et même vomissent.

Un astronaute a eu une thrombose d’une veine jugulaire, a-t-on appris des années plus tard lors de la publication d’une étude. Mais son identité n’a jamais été révélée. On sait aussi qu’un membre de Crew-8 a connu « un problème de santé » après son retour sur Terre en octobre 2024, nécessitant un transport en hélicoptère pour rejoindre un hôpital de Floride. Mais là encore, ni le nom ni le problème n’ont été divulgués. Sans oublier les effets sur le métabolisme de leur séjour dans l’espace, comme leur taille (elle s’allonge de quelques centimètres), des os fragilisés, une masse musculaire diminuée, une carotidé plus grosse…