l’essentiel
De 4 à 8 ans ferme. Le tribunal de Toulouse a condamné les cinq prévenus pour deux incendies criminels au préjudice d’entreprises près de Toulouse et Grenoble. Quid du possible caractère antisémite de ces actes ?
La sentence est tombée. Christophe K. est condamné à huit ans de prison ferme pour deux incendies criminels commis les 2 et 3 janvier 2024, au préjudice de la société Rivulis à Lespinasse et d’une autre près de Grenoble.
Le tribunal, qui a suivi les réquisitions du parquet, a « écarté les caractères terroriste ou antisémite » de ces actes pour ne retenir que le « mobile crapuleux ». Ce dossier était coloré par l’existence de possibles commanditaires iraniens souhaitant nuire aux intérêts israéliens en France. Un dossier reste cependant en cours d’instruction par la juridiction antiterroriste à Paris.
Les femmes condamnées pour association de malfaiteurs
Mickaël G. écope de six ans de prison. Il était le chauffeur lors de ce double aller-retour en l’espace de 48 heures, entre Marseille et les entreprises ciblées, et a été rétribué pour sa participation.
Les trois jeunes femmes, que les enquêteurs de la SR de Toulouse soupçonnaient d’avoir joué le rôle de pare foudre en cas de contrôle routier, ont été condamnées pour association de malfaiteurs à quatre ans de prison dont 18 mois avec sursis probatoire.
L’ensemble des prévenus se sont vu signifier une interdiction de port d’arme pendant cinq ans, et de paraître en Haute-Garonne ou en Isère pour la même période. Tous ont dix jours pour faire appel.
« Un passage à l’acte irréfléchi »
Combattant toute motivation terroriste ou antisémite dans ce dossier, Me Eve Mori-Cerro s’était avant tout efforcée, quelques heures plus tôt, d’humaniser Christophe K. « Il a perdu sa mère à 15 ans et ignore de quoi elle est morte, un traumatisme profond ». Elle ajoutait : « S’il faut trouver un mobile, il est d’ordre financier, avec un passage à l’acte irréfléchi ».
Jugé pour complicité, Mickaël G. « n’a fait que conduire la voiture pour un ami proche, par loyauté », a expliqué Me Hugues Diaz, jugeant « colossale » la somme de 900 000 euros réclamée par l’entreprise Rivulis, de Lespinasse (Haute-Garonne), défendue par Me Laurent Nougarolis.
« Un profil de suiveuse »
Les avocats des trois femmes, jugées pour association de malfaiteurs, ont tenté de battre en brèche cette idée. « Un proverbe israélien dit : être là n’est pas agir, accompagner n’est pas conspirer », image Me Romain Dinparast, avocat d’Anna-Laura A., cousine du pyromane proche de la DZ Mafia.
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« Il fait figure d’autorité pour ces filles : dans le box, quand il leur dit de se taire, elles se taisent. De se lever, elles se lèvent. Sans s’offusquer qu’on leur parle comme ça », illustrait Me Foucauld Prache. Sa cliente, Chahnez B., a « un profil de suiveuse. Elle sait qu’elle a foutu sa vie en l’air en montant dans cette voiture, mais elle ignorait l’objectif de ces virées ».
« C’est moi le méchant qui a forcé ces gens »
Même son de cloche pour Me Anton, l’avocat de Jasmine V. « Elle n’a rien fait que participer à des voyages. Une association de malfaiteurs passive, en quelque sorte ».
Avant que le tribunal ne délibère, Christophe K. avait de nouveau dédouané tout le monde. « Je suis le seul coupable. C’est moi qui ai entraîné tout le monde dans ces histoires. C’est moi le méchant qui a forcé ces gens. Je m’en fous de la peine. Je suis condamné à la prison. J’ai grandi, j’ai vécu en prison. Eux, ils méritent pas d’être là… ».
Les parties civiles partiellement déboutées
Les deux entreprises victimes de ces incendies criminels s’étaient constituées partie civile dans cette affaire. Pour des sorts contrastés. La société grenobloise a vu ses demandes de préjudice matériel et d’image rejetées. Défendue par Me Jasmine Medjebeur, elle a obtenu 4 000 euros pour préjudice moral et 1 000 euros de frais d’avocats, que les prévenus devront régler solidairement.
Pour la société Rivulis, qui demandait un total de près d’un million d’euros, notamment pour ses préjudice matériel et moral, le tribunal a préféré renvoyer les intérêts civils lors d’une future audience, en juin 2027. Tout en condamnant le quintet à 3 000 euros de frais d’avocat.