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La Russie revendique une rare attaque avec son missile de dernière génération Orechnik en Ukraine. Photo d’illustration.
Au cours d’une nuit de bombardements massifs, la Russie a frappé l’Ukraine avec son missile de dernière génération, l’Orechnik, ce vendredi 9 janvier. Il s’agit de la deuxième utilisation de ce missile, présenté par Vladimir Poutine comme d’une puissance « hypersonique », depuis le début de l’invasion de l’Ukraine.
Selon Moscou, ce missile est capable de voler à une vitesse d’environ 13 000 km/h et de transporter une charge nucléaire, ce qui n’était pas le cas lors de cette attaque. L’Orechnik a été lancé selon le ministère russe de la Défense en « réponse » à une présumée attaque de drones ukrainiens contre une résidence de Vladimir Poutine en décembre, que Kiev dément avoir menée.
Le service ukrainien de sécurité (SBU) a confirmé qu’un missile Orechnik avait frappé la région de Lviv, à l’ouest du pays, frontalière de la Pologne, membre de l’UE et de l’Otan. Le SBU a publié des images des débris du missile, mais n’a pas précisé les cibles visées ni l’ampleur des dégâts, information que la Russie n’a pas non plus communiquée.
Le chef de la diplomatie ukrainienne Andriï Sybiga a estimé qu’« une telle frappe à proximité de la frontière de l’UE et de l’Otan constitue une grave menace pour la sécurité du continent européen et un test pour la communauté transatlantique ».
L’UE dénonce le signe « clair » d’une « escalade »
Les frappes de la Russie, dont celle avec le missile Orechnik, sont intervenues quelques heures après que Moscou a rejeté le plan européen de déploiement d’une force multinationale en Ukraine, douchant les espoirs d’un règlement diplomatique du conflit. L’Union européenne a estimé que cette attaque est un signe « clair » d’une « escalade » de la part de Moscou. Vladimir Poutine « ne veut pas la paix ; la réponse de la Russie à la diplomatie, ce sont davantage de missiles et de destruction », a dénoncé la cheffe de la diplomatie de l’UE Kaja Kallas.
Les dirigeants français, allemand et britannique Emmanuel Macron, Friedrich Merz et Keir Starmer ont également dénoncé les attaques « continues » de la Russie, « y compris l’utilisation d’un missile balistique de portée intermédiaire Orechnik dans l’ouest de l’Ukraine », qui représentent « une escalade et sont inacceptables », lors d’un échange téléphonique.
Cette même nuit, des frappes russes massives ont fait au moins quatre morts et privé de chauffage la moitié des immeubles résidentiels de Kiev, poussant le maire à appeler vendredi les habitants à évacuer « temporairement » la capitale ukrainienne.
Un missile déjà utilisé une fois, fin 2024
L’existence du missile Orechnik avait été révélée le 21 novembre 2024, lorsqu’il avait frappé une grande usine militaire dans la ville de Dnipro, dans le centre de l’Ukraine. Cette frappe avait alors été présentée par Moscou comme une réponse aux attaques ukrainiennes menées à l’époque contre la Russie avec des missiles américains et britanniques ATACMS et Storm Shadow.
Moscou a depuis annoncé le début de sa production en série. Selon Moscou, ce missile balistique est « à portée intermédiaire », et peut atteindre des cibles comprises entre 3 000 et 5 500 km. L’Orechnik n’entre donc pas dans la catégorie des missiles intercontinentaux (d’une portée de plus de 5 500 km).
Pour autant, s’il était tiré depuis l’Extrême-Orient russe, il pourrait théoriquement toucher des cibles sur la côte ouest des États-Unis. « L’Orechnik peut (également) menacer la quasi-totalité de l’Europe », avait également relevé en 2024 Pavel Podvig, chercheur à l’Institut des Nations unies pour la recherche sur le désarmement (Unidir) à Genève, dans un entretien au média Ostorozhno Novosti. À ce jour, le missile de Moscou n’a pas tant servi à infliger des destructions massives qu’à envoyer des signaux forts, visant à intimider les alliés de Kiev.