Par
Antoine Blanchet
Publié le
9 janv. 2026 à 19h22
Un bruit de glissement sur le sol qui se fait de plus en plus fort dans les couloirs du métro de Paris. Tout d’un coup, une procession d’hommes et de femmes fait son apparition sur le quai de la ligne 6 à la station Denfert Rochereau. Une grande partie porte des cannes blanches. Ils sont un peu plus d’une cinquantaine ce vendredi 9 janvier 2026. L’un d’eux porte une gigantesque gerbe de fleurs. Les agents de la RATP font office de guide pour cette petite troupe venus rendre hommage à André-Germain, mort le 30 décembre dernier au même endroit. L’homme de 42 ans a chuté sur les rails, pensant rentrer dans la rame alors qu’il s’agissait du métro d’en face.
« C’était le roi du cocktail »
Malgré le bruit des trains et le flux des passagers, l’émotion est palpable lorsque les proches du défunt, ses amis, mais aussi ces inconnus frappés de déficience visuelle et de cécité, se sont tus pendant une minute. Les larmes ne sont pas loin. « Ces quais vont peut-être un jour nous protéger. On va perdu un ami qui va nous manquer », déclare Élise la voix émue. « 42 ans, c’est jeune pour mourir », ajoute Benjamin, qui a organisé ce rassemblement.
Car pour une partie des personnes présentes, André-Germain n’était pas un inconnu. Certains l’ont croisé au sein des associations pour déficients visuels. « Il était d’un grand altruisme. Il pensait toujours aux autres. Il pouvait venir chez nous et nous ramener des vêtements et des repas. C’était le roi du cocktail », se souvient l’un de ses amis. Ancien étudiant à l’Institut des langues orientales, André-Germain était aussi un fan de football. Grand supporter du Paris Saint-Germain, c’est son club de coeur qui a offert le bouquet déposé à l’accueil de la station de métro ce vendredi. « Merci pour tout. Pour votre soutien », s’émeut le père de la victime devant la foule qui s’était donnée rendez-vous à l’entrée du métro à 14h30.
L’insuffisance d’équipements pointée du doigt
Derrière ces visages tristes, il y a aussi de la colère. Le drame survenu le 30 décembre n’est pas dû au hasard. « Il n’y a pas assez d’accessibilité dans le métro. On est dans une grande capitale et il y a encore des personnes qui tombent », s’énèrve Hayat, présidente d’une association sportive pour déficients visuels. Ce qu’on reproche : le manque d’équipement pour éviter les accidents, principalement les portes pallières. « Il y a les budgets, mais il n’y a pas la volonté politique. André n’est pas mort par accident, mais par négligence », s’énèrve une autre femme présente au rassemblement. « On est marginalisés », s’insurge une autre.
Tristesse, colère, mais aussi peur pour ces personnes dont chaque trajet en métro est source d’angoisse. Plusieurs relatent leurs expériences douloureuses, qui sont légion. « J’ai déjà chuté une fois sur les rails, mais j’ai pu être rattrapée par des usagers », se remémore l’un des participants. « Moi j’ai déjà perdu ma canne entre le quai et le RER », soupire un autre. « Ce qu’il s’est passé nous a d’autant plus émus qu’André-Germain était quelqu’un de très prudent. J’ai peur quand je prends le métro », reconnaît Élise.
Déjà, la file de cannes blanches remonte les escaliers pour retrouver le froid hivernal. Certains s’accrochent à des proches. D’autres sont aidés par les agents RATP, applaudis par les participants. « J’espère que cet évènement servira à quelque chose », glisse une femme accompagnée de son conjoint. Dans le métro, le bouquet reste accroché au mur.
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