Une cérémonie pareille est habituellement l’occasion de se projeter sur des jours heureux et légers. Les vœux du gouverneur militaire de Marseille, le général de corps d’armée Yves Métayer, ce jeudi 8 janvier au cercle mess de la garnison de Marseille, ont été « prudents » comme l’intéressé a pris soin de les qualifier. En ce début d’année 2026, ce ton s’impose de lui-même à la lumière du contexte international.
« Nous sommes dans un moment de bascule stratégique. » L’officier général de la zone de défense et de sécurité Sud est allé sans détour pour exposer la situation. Celle d' »une histoire qui donne l’impression de s’accélérer sous nos yeux », a-t-il continué de relever, convoquant « la chute du mur de Berlin (en 1989) » pour nous éclairer un peu plus sur la définition d’un fait géopolitique majeur. Mais si le passé très ancien ou encore récent peut nous être précieux pour mieux comprendre le temps présent et appréhender des chamboulements à venir, « il ne faut surtout pas s’accrocher non plus au monde d’hier et plutôt penser le monde de demain », a complété le général Métayer.
Le général de corps d’armée Yves Métayer, gouverneur militaire de Marseille, lors de sa cérémonie des vœux. / Photo L.B.
Ces dernières années, une région du monde, pas tellement éloignée de Paris (2 500 kilomètres), cristallise, parmi d’autres, « ces hautes turbulences » évoquées par le gouverneur militaire. L’Ukraine, sombre théâtre d’une guerre interminable entamée en février 2022, nous rappelle combien l’échiquier des nations repose sur un équilibre fragile quand celui-ci se retrouve soumis à des « agressions » expansionnistes, russes en l’occurrence. La Commission européenne et l’Otan ne l’ont jamais perdu de vue, s’employant à mener une politique en conséquence.
« Donner véritablement à l’Ukraine les garanties de sécurité nécessaires »
L’un de ses effets les plus éloquents se situe dans des pays frontaliers de la Russie et de l’Ukraine ou assez proches de ces territoires (*). Composés de bataillons multinationaux, ces postes avancés de l’Otan doivent garantir une présence autant dissuasive qu’opérationnelle le cas échéant. Ce caractère conjoint est le fil rouge d’un soutien constant qui se duplique très régulièrement. Le 6 janvier encore, à Paris, la Coalition des volontaires, qui réunit une trentaine de pays alliés de l’Ukraine, a notamment donné lieu à une déclaration d’intention de la France et du Royaume-Uni pour un nouvel engagement commun consistant à déployer une force multinationale sur place, une fois que ce conflit sera enfin achevé. Une perspective rendue, pour l’heure, encore très improbable par les récents bombardements perpétrés par les Russes sur Kiev et sur Lviv, cibles de missiles hypersoniques Orechnik et de drones de combat.
« Cette dynamique est destinée à donner véritablement à Kiev et à l’Ukraine les garanties de sécurité nécessaires, appuie le général Métayer, mais cela va même au-delà, car elle s’étend à l’architecture de pleine sécurité de l’Europe. » Un impératif, là aussi, si l’on s’en réfère à la posture de la Russie, une nation qui s’est dotée « de 150 milliards de dollars de budget en matière de Défense en 2025 », a rappelé le gouverneur militaire, voyant en cela « tout sauf un budget de stabilisation et de protection, mais au contraire, la volonté de rétablir les conditions d’une grande Russie, autant de velléités qui nous renvoient à de précédents épisodes de l’Histoire et c’est à ce titre qu’il convient de se montrer prudent ». Un maître mot.
(*) Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Roumanie, Bulgarie, Hongrie et Slovaquie.