Le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France ont condamné l’attaque menée par la Russie contre l’Ukraine à l’aide du missile balistique hypersonique de portée intermédiaire Orechnik, la qualifiant d' »une escalade inacceptable ».
« Il était évident que la Russie s’appuyait sur des accusations fabriquées de toutes pièces pour justifier cette attaque », a déclaré Keir Starmer à ses homologues français et allemand lors d’un échange téléphonique, selon un porte-parole du gouvernement britannique.
Dans la nuit de vendredi à samedi, Moscou a tiré un missile Orechnik visant des infrastructures critiques à Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine, à une soixantaine de kilomètres de la frontière avec l’Union européenne et l’OTAN.
Le ministre ukrainien des affaires étrangères, Andrii Sybiha, a déclaré que Kyiv engagerait des démarches internationales en réaction à l’utilisation de ce missile, notamment en demandant la convocation en urgence du Conseil de sécurité des Nations unies ainsi que du Conseil Ukraine-OTAN.
« Une frappe de ce type à proximité des frontières de l’Union européenne et de l’OTAN représente une grave menace pour la sécurité du continent européen et un véritable test pour la communauté transatlantique. Nous exigeons des réponses fermes face aux actions irresponsables de la Russie », a-t-il écrit sur X.
La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a estimé que le lancement du missile Orechnik constituait « un avertissement pour l’Europe et les États-Unis ».
« Poutine ne veut pas la paix. La réponse de la Russie à la diplomatie, ce sont davantage de missiles et de destructions », a-t-elle déclaré sur X.
La Russie a confirmé avoir utilisé le missile Orechnik, présentant le tir de ce missile balistique de portée intermédiaire (IRBM) comme une « riposte » à une tentative présumée de l’Ukraine de frapper, le mois dernier, la résidence de Vladimir Poutine – une accusation démentie par Kyiv et Washington.
La CIA a estimé que l’Ukraine n’avait pas ciblé la résidence de Vladimir Poutine, selon des responsables américains. Le président américain Donald Trump a également appuyé ces affirmations, indiquant que l’attaque n’avait pas eu lieu.
Kirill Dmitriev, proche collaborateur du président russe et principal négociateur du Kremlin avec les États-Unis, a réagi aux propos de Kaja Kallas sur le réseau social X – une plateforme officiellement interdite en Russie – en proférant menaces et insultes.
« Kaja Kallas n’est ni très intelligente ni très bien informée, mais même elle devrait savoir qu’il n’existe pas de défenses aériennes capables d’intercepter le missile hypersonique Orechnik, qui vole à Mach 10 », a dit Dmitriev.
Deuxième frappe russe au missile Orechnik
L’Orechnik – dont le nom signifie « noisetier » en russe – est l’une des armes les plus récentes de Moscou, que la Russie met en avant pour son potentiel stratégique.
Ces missiles peuvent être dotés de charges nucléaires et sont conçus pour atteindre des cibles à très longue distance.
D’après les premiers rapports, l’Orechnik utilisé lors de la frappe de vendredi transportait des ogives inertes, laissant penser que ce lancement avait avant tout une valeur symbolique.
Moscou avait déjà utilisé ce missile en novembre 2024 pour frapper Dnipro, marquant le tout premier déploiement opérationnel de l’Orechnik.
Les médias d’État russes ont indiqué que ce missile mettrait seulement 11 minutes pour atteindre une base aérienne en Pologne et 17 minutes pour atteindre le siège de l’OTAN à Bruxelles.
Le chef de l’administration régionale de Lviv a indiqué vendredi que les frappes russes avaient endommagé une infrastructure essentielle, sans fournir davantage de précisions.
Des informations non vérifiées circulant sur les réseaux sociaux suggèrent que Moscou aurait visé une importante installation souterraine de stockage de gaz.
Le service de sécurité ukrainien (SBU) a publié des photos montrant des fragments d’un missile Oreshnik récupérés dans la région de Lviv.
Le SBU a précisé qu’il enquêtait sur l’utilisation de cette arme par la Russie contre des infrastructures civiles, considérée comme un crime de guerre selon l’article 438 du code pénal ukrainien.
La moitié de Kyiv privée de chauffage
Dans la nuit de vendredi à samedi, une attaque massive de missiles et de drones russes a fait quatre morts et 24 blessés à Kyiv. Parmi les victimes, un secouriste a perdu la vie lors d’une double frappe dans le district de Darnytskyi, a précisé le maire Vitali Klitschko, ajoutant que quatre autres secouristes ont été blessés alors qu’ils portaient assistance à des habitants.
L’attaque a également privé de chauffage près de la moitié des immeubles résidentiels de Kyiv, soit environ 6 000 logements, alors que les températures descendaient jusqu’à -16 °C, a indiqué le maire. Les services municipaux ont néanmoins rétabli l’électricité et le chauffage dans les installations publiques, y compris les hôpitaux et maternités.
Vitali Klitschko a appelé les habitants à se reloger temporairement si possible : « J’invite ceux qui peuvent quitter temporairement la ville pour des endroits disposant d’autres sources d’énergie et de chaleur à le faire’, a-t-il déclaré.
La capitale doit également faire face à des interruptions de l’approvisionnement en eau et des coupures d’électricité d’urgence. « Nous faisons tout notre possible pour résoudre ces problèmes rapidement, mais l’attaque de la nuit dernière a été la plus dévastatrice pour nos infrastructures critiques », a souligné le maire.