Après avoir recruté des Kényans et des Indiens, l’armée russe a commencé à cibler l’Afrique du Sud, en s’appuyant notamment sur des plateformes sociales en ligne comme Discord, au sein de communautés liées à des jeux vidéo de guerre.
Engluée dans un conflit qui s’éternise et confrontée à l’érosion de ses effectifs, la Russie explore désormais des voies de recrutement plus originales. Pour compenser les pertes sans relancer une mobilisation massive, Vladimir Poutine a signé en juillet 2025 un décret autorisant les ressortissants étrangers à servir dans l’armée, y compris en période de mobilisation, et élargissant aussi le recrutement aux spécialistes qualifiés ayant dépassé l’âge limite, désormais éligibles à des contrats avec le SVR, le FSB ou d’autres agences de sécurité. Une mesure qui s’inscrit dans une campagne de conscription d’automne visant à enrôler 135.000 jeunes hommes cette année.
Selon Bloomberg, la Russie aurait aussi ciblé des joueurs de jeu vidéo sud-africains via des plateformes de jeux en ligne dans le cadre de ses efforts de recrutement pour la guerre en Ukraine. Des documents consultés par l’agence américaine font état de deux jeunes hommes, âgés d’une vingtaine d’années, partis combattre après avoir été mis en contact avec des interlocuteurs liés à l’armée russe sur Discord, une application très utilisée par les communautés de gamers, en l’occurrence autour du jeu de tir à la première personne Arma 3.
Sur cette photo collective diffusée par l’agence d’État russe Sputnik, le président russe Vladimir Poutine et le conseiller du Kremlin Yuri Ushakov assistent à une réunion avec l’envoyé spécial américain Steve Witkoff au Kremlin à Moscou, le 2 décembre 2025. © Alexander KAZAKOV / POOL
Les deux Sud-Africains auraient quitté leur pays en juillet dernier, après des échanges en ligne puis des démarches facilitées par des contacts diplomatiques sollicités par un proche inquiet de leur situation. Quelques semaines après avoir signé un contrat militaire près de Saint-Pétersbourg, un certificat médical a confirmé la mort de l’un d’eux sur le front ukrainien, selon une source proche du dossier citée par Bloomberg.
Jeux vidéo et Discord
Plus en détails, les deux joueurs ont ainsi rejoint le conflit ukrainien en 2024 après avoir échangé, via Discord, avec une personne se présentant sous le pseudonyme de « @Dash ». Selon des courriels consultés, ils se sont d’abord rencontrés au Cap avant de se rendre au consulat russe, alors même que l’accès à Discord est restreint en Russie depuis octobre 2024.
Ils ont ensuite quitté l’Afrique du Sud pour la Russie en passant par les Émirats arabes unis le 29 juillet, où, après leur arrivée, ils ont rencontré « @Dash » et signé début septembre des contrats militaires d’un an. De leur côté, la présidence sud-africaine et le ministère des Relations internationales et de la Coopération n’ont pas répondu aux sollicitations des médias concernant les modalités de ce recrutement ni l’éventuelle implication du consulat russe.
Cette image tirée d’une vidéo diffusée par le service de presse du ministère russe de la Défense tard dans la soirée du 1er décembre 2025 montre ce qui serait la ville de Pokrovsk, dans l’est de l’Ukraine. © HANDOUT / RUSSIAN DEFENCE MINISTRY / AFP
Après quelques semaines d’entraînement, l’un des deux hommes a été envoyé au front en Ukraine comme « assistant tireur d’élite au lance-grenades », selon son contrat cité par une source proche du dossier à Bloomberg. Il a donné signe de vie pour la dernière fois le 6 octobre, avant que son ami n’annonce à sa famille, le 17 décembre, sa mort au combat. Le sort du second reste inconnu. En échange de leur engagement, les deux Sud-Africains s’étaient vu promettre, outre des contrats jugés lucratifs, la citoyenneté russe et la poursuite de leurs études.
Un nouveau moyen de recruter
Ce n’est pas la première fois que Moscou recrute à l’étranger pour renforcer ses forces engagées en Ukraine. En novembre, le ministre kényan des Affaires étrangères affirmait qu’environ 200 ressortissants de son pays combattaient pour la Russie, tandis que des informations font état de recrutements au Cameroun et au Burkina Faso.
Dans d’autres cas, notamment en Inde, de jeunes hommes attirés par de fausses promesses d’emploi en Russie auraient été enrôlés de force puis envoyés au front. Aucun de ces recrutements, toutefois, ne serait passé par des plateformes de jeux en ligne ou des applications associées.
Ces filières exploitent la précarité de jeunes issus de milieux défavorisés. Souvent sans formation militaire, ils sont ensuite exposés directement aux combats. Plusieurs témoignages décrivent leur utilisation comme « chair à canon » en première ligne ou comme éclaireurs improvisés dans les tranchées, servant d’alerte humaine face aux offensives adverses. Malgré le démantèlement d’un réseau l’an dernier, ces pratiques d’enrôlement forcé se poursuivraient, en décalage avec les déclarations officielles de Moscou.