Depuis le 13 décembre dernier, les arts de la Chine impériale sont à l’honneur à l’hôtel de Cabrières-Sabatier d’Espeyran, qui abrite le département des arts décoratifs du musée Fabre, situé à deux pas. C’est dans ce charmant édifice trop peu connu à Montpellier, tout près de la place de la Comédie, que s’inscrit l’une des étapes de « Guimet + », dispositif visant à faire découvrir les collections du musée national des arts asiatiques à des visiteurs hors de la capitale.

Déployé sur quatre ans à échelle nationale, le projet a d’abord été expérimenté à Clermont-Ferrand (musée d’art Roger-Quilliot) et à Digne-les-Bains (maison Alexandra David-Néel), proposant chaque année un focus sur une aire culturelle différente : Chine donc, mais aussi Japon, monde himalayen et monde indien.

Vue de l’exposition « Guimet + Chine » à l’hôtel de Cabrières-Sabatier d’Espeyran, Montpellier

Vue de l’exposition « Guimet + Chine » à l’hôtel de Cabrières-Sabatier d’Espeyran, Montpellier, 2025

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© Cécile Marson / Montpellier3m

Jusqu’au 1er novembre 2026, les espaces opulents de cet hôtel particulier fréquenté par la haute société montpelliéraine du XIXe siècle, richement décoré, contrastent avec le voyage asiatique qui nous est promis plus haut. Car au deuxième étage réaménagé pour l’exposition, la scénographie se fait bien plus épurée, presque silencieuse. Le parcours s’ouvre sur une vidéo introductive qui donne le ton : soie, dragon, calligraphie ou encore acupuncture sont présentés non comme des clichés sur la Chine, mais plutôt des repères familiers pour attiser la curiosité du grand public.

Une exploration de la culture chinoise

Grand vase impérial avec décor de phénix et de dragon

Grand vase impérial avec décor de phénix et de dragon, Période du règne de Qianlong (1736–1795)

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Porcelaine • © MNAAG, Paris, GrandPalaisRmn / Photo Martine Beck-Coppola / Presse

L’exposition se divise en cinq grandes thématiques (le sacré, le prestige, le raffinement, la beauté et la transgression) et rassemble une trentaine d’œuvres. Dans la partie consacrée au sacré, un bodhisattva datant de la dynastie des Wei de l’Est (534 – 550), au modelé fin et présentant des traces de polychromie, se dévoile pour la première fois dans sa version restaurée. À ses côtés, des figurines de Lao Tseu témoignent des dialogues et influences entre taoïsme, bouddhisme et confucianisme, trois piliers de la pensée sacrée chinoise, tandis que des casques invitent à entendre des poèmes chinois.

Dans le « studio du lettré », on plonge d’ailleurs dans l’intimité studieuse d’un poète de l’empire du Milieu, du lever au coucher du soleil, entre musique et calligraphie. Parmi les objets exposés, des chaussures miniatures, vestiges de la pratique des pieds bandés, et un porte-miroir en forme de Xiniu de la dynastie Han (206 av. J.-C.-220 ap. J.-C.) évoquent raffinement et beauté. Un majestueux rideau de scène couvre un pan de mur entier : fils de soie et fils dorés sont brodés avec finesse pour figurer des personnages emblématiques de l’opéra chinois entourés de dragons, de phénix et de fleurs. Symboles qu’on retrouve, non loin, sur les vases en porcelaine des manufactures impériales de la dynastie Qing (1644–1912).

Immersion en Asie de l’est à l’exposition « Guimet + Chine » à l’hôtel de Cabrières-Sabatier d’Espeyran, Montpellier

Immersion en Asie de l’est à l’exposition « Guimet + Chine » à l’hôtel de Cabrières-Sabatier d’Espeyran, Montpellier, 2025

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© Cécile Marson / Montpellier3m

Voyage olfactif avec des parfums à sentir ou exploration d’une œuvre sur écran, ces dispositifs interactifs invitent le spectateur à s’immerger pleinement dans la culture chinoise.

Faire découvrir à tous les arts asiatiques

Cette exposition pensée par la commissaire Florence Hudowicz se revendique comme éminemment expérientielle afin de toucher tous les publics. Le voyage se prolonge donc agréablement par des ateliers pour enfants, des conférences ou encore des séances de qi gong.

De quoi démontrer, s’il le fallait encore, le dynamisme du musée Guimet porté par la politique volontariste de sa directrice Yannick Lintz, dont le mandat vient d’être renouvelé le 11 décembre dernier, en dépit d’accusations d’invisibilisation du Tibet dans les collections du musée. En trois ans, l’institution parisienne a, il faut le dire, doublé sa fréquentation grâce à son audacieuse programmation visant à davantage démocratiser les arts asiatiques. Le projet « Guimet + » n’a pas fini son tour de France.

Du 13 décembre 2025 au 1 novembre 2026

www.museefabre.fr

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