Par

Marie Amelie Marchal

Publié le

10 janv. 2026 à 8h10

L’essentiel

  • En mars 2026, Paris aura un ou une nouvelle maire, Anne Hidalgo (PS) ayant décidé de ne pas briguer de troisième mandat. L’enjeu majeur est identifié : la capitale basculera-t-elle à droite, après vingt-cinq ans de gouvernance socialiste ? À trois mois du scrutin, les candidats de gauche peinent à s’unir pour présenter une liste unique au premier tour (15 mars); la droite apparaît divisée.
  • Un élément plus technique pourrait aussi redistribuer les cartes à l’issue du second tour (22 mars) : la réforme de la loi PLM, contestée, mais validée par le Conseil constitutionnel (lire l’encadré), et qui introduit pour la première fois depuis quarante un double scrutin.
  • Avant que les électeurs parisiens se prononcent, actu Paris a cherché à prendre la température auprès d’eux. En allant à leur rencontre, dans les allées des hauts lieux de la vie locale que sont les marchés, et en leur demandant ce qu’ils attendent vraiment des élections municipales, ce qu’elles doivent changer ou non dans leur vie de tous les jours. Dans le septième épisode de notre série, direction le 11e arrondissement.

« Je suis arrivé en 1981 et depuis, tout a changé dans le 11e. Ici, on n’a plus de boulangerie mais des ateliers boulangeries… Faites-nous du bon pain et puis basta ! » Cueilli au petit matin, mardi 2 décembre 2025 au marché d’Aligre limitrophe à son arrondissement, Armand, 80 ans et ancien professeur de lettres en a des choses à dire sur l’évolution de son quartier. L’ancien Marseillais s’inquiète face à un « mono commerce destiné aux bobos ». De son côté, si Vanessa apprécie la vie quotidienne dans « l’arrondissement Ponpicourt » dirigé par la gauche depuis 1995, elle regrette toutefois un « accès trop limité aux infrastructures sportives ».

Quelques semaines plus tard, croisés dans les allées du marché Bastille jeudi 8 janvier 2026, Mireille et Jean-Philippe, deux historiques du quartier, formulent leurs souhaits pour la nouvelle mandature à venir.

Une gentrification qui fait débat

Béret vissé sur la tête et accent trahissant son origine phocéenne, Armand revient sur les dernières années où « le quartier s’est boboïsé d’une manière dramatique ». Selon l’enseignant à la retraite, ce phénomène s’est traduit par « la fin de la vie de quartier ». « Il n’y a plus que des bistrots, les gens viennent ici seulement pour consommer et faire la fête », condamne l’octogénaire.

« Désormais ne fleurissent que des magasins très chers », poursuit-il. Son souhait ? « Que le maire milite pour la diversification des points de vente, et des budgets. » Et que la culture ait une place plus importante.

Jean-Philippe, 75 hivers et 75 ans de vie dans le 11e, dresse le même bilan mais porte un regard différent sur cette nouvelle dynamique. Si « le quartier s’est gentrifié », pour ce dernier il s’agit plutôt d’une bonne chose. Aux côtés de Snoopy, un petit chien aussi blanc que la neige qui recouvre encore les trottoirs de la capitale, il loue la qualité de vie de l’arrondissement et… son offre de commerces.

« La place de la Bastille ce n’est pas la tour Eiffel mais presque »

Malgré le verglas, Mireille s’est aventurée sur le marché Bastille, boulevard Richard-Lenoir. « J’habite place de la Bastille, ce n’est pas la grande épopée non plus », rit-elle. La Parisienne a tenu 42 ans un salon à quelques mètres de là. Aujourd’hui, elle regrette un temps où le « quartier était un village, où tout le monde se connaissait ».

« La place de la Bastille ce n’est pas la tour Eiffel mais presque. C’est devenu très touristique », poursuit la sémillante retraitée. « Il n’y a plus grand monde qui soit resté de mon époque. Tous ont fui le bruit », rembobine-t-elle.

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Et notamment ceux des mégaphones et jets de lacrymo lors des mouvements sociaux. Si Mireille comprend les revendications et reconnaît le droit à tous de se faire entendre, la période des Gilets jaunes a été très dure à vivre. « Mes fenêtres donnent sur la place et malgré de double vitrage, c’est comme si j’étais dans les cortèges », illustre-t-elle. Durant ces mois de mobilisation, elle a pu se réfugier dans son pied-à-terre normand. « C’est grâce à ces coupures que je supporte encore à Paris », confesse l’ancienne patronne.

Pour le nouveau mandat, la Parisienne espère des « mesures sur l’immigration ». « Je n’ai rien contre mais la Ville devrait être capable de mettre à disposition des lieux pour qu’ils puissent dormir au chaud. Il arrive que des hommes s’engouffrent dans mon hall d’immeuble et y passent la nuit. Le matin, je dois les enjamber… », raconte l’ancienne commerçante.

Jean-Philippe, lui, aimerait se sentir plus en sécurité : « Il y a vingt ans j’ai pris un marron pour une histoire de carte bleue. Depuis j’appréhende toujours un peu de rentrer tard le soir. » Pour le septuagénaire, la propreté devrait être la deuxième priorité du futur édile. « L’autre jour j’ai fait intervenir la mairie après avoir croisé le cadavre d’un gros rat », revient-il, encore écœuré par la rencontre.

« Je tiens à ce que la gauche reste dans le 11e »

À l’approche du scrutin, Armand le Marseillais d’origine ne fait pas de mystère : « Je tiens à ce que la gauche reste dans le 11e et le 12e. Et si la mairie centrale passe à Dati… C’est la catastrophe. » Confiant être inquiet par le « personnage et son CV de ministre qui parlent d’eux-mêmes ». Quant à la réforme PLM, au même titre que les personnes interrogées dans le 12e arrondissement, il ignore encore tout du nouveau mode de scrutin. Idem pour Jean-Philippe qui y voit pourtant une bonne chose, une manière de « donner plus de lisibilité à ces élections ».

Un tournant dans la vie municipale

Depuis 1982, les élections municipales se déroulaient (à Paris, Lyon et Marseille) par arrondissement, et non pas à l’échelle de la ville. Les électeurs votaient pour une liste de conseillers d’arrondissement : une partie d’entre eux devenaient conseillers de Paris, et étaient alors chargés d’élire le premier édile. Avec cette réforme, les électeurs devront désigner séparément leurs conseillers d’arrondissement, qui éliront ensuite leur maire d’arrondissement, et leurs conseillers de Paris, qui éliront, eux, le premier édile. Le véritable changement sera en réalité l’abaissement de la prime majoritaire pour la liste arrivée en tête à l’issue des municipales. En clair : elle remportera non plus 50%, mais 25% des sièges au Conseil de Paris, le reste des sièges sera réparti quant à lui à la proportionnelle. Les différentes tendances politiques seront mieux représentées, mais la majorité peut s’en retrouver affaiblie.

Des infrastructures sportives publiques difficiles d’accès

Déambulant dans le marché, Vanessa reconnaît ses lacunes sur la réforme PLM. « J’en ai entendu parler mais je ne me suis pas assez renseignée sur le sujet », admet-elle.

La trentenaire travaille pour une ONG qui finance des projets dans les pays émergents. Et si elle salue un « cadre de vie très agréable dans le 11e », elle déplore toutefois un accès au sport difficile. « Les piscines publiques ont des horaires qui ne sont pas adaptés aux personnes qui travaillent et je ne parle pas des créneaux pour les cours de tennis qui sont tout simplement impossibles à réserver », déplore la Parisienne avant de chevaucher son vélo.

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