Vainqueur de la Vuelta en 2018 et du Giro en 2025, Simon Yates, 33 ans, a annoncé, mercredi 7 janvier, mettre un terme à sa carrière de coureur professionnel. Après une saison 2025 exceptionnelle, la retraite soudaine du grimpeur a surpris tout le monde au sein du peloton. 

Il évoquait sa volonté de faire le doublé sur le Giro en 2026 il y a encore quelques semaines. C’est finalement depuis son canapé que Simon Yates suivra le Tour d’Italie en 2026. “Cela peut surprendre beaucoup de monde, mais ce n’est pas une décision que j’ai prise à la légère. J’y pense depuis longtemps et le moment me semble venu de quitter ce sport », écrit le coureur britannique à travers un communiqué de la Visma Lease a Bike.

Hormis quelques lignes de remerciements – “à ma famille, vous avez partagé les sacrifices liés à ce sport. Les absences et les anniversaires manqués n’ont jamais été faciles, mais vous avez compris ce que ce parcours représentait pour moi et vous l’avez soutenu de tout cœur”, – difficile de connaître les raisons exactes de ce départ inattendu. 

Nutrition, récupération, hit training, une préparation toujours plus millimétrée 

Depuis l’annonce, de nombreuses théories fleurissent sur les réseaux sociaux. L’équipe voudrait-elle camoufler un contrôle positif à un produit dopant? Yates n’a-t-il pas supporté que le leadership soit donné à Jonas Vingegaard pour le prochain Giro? Ou est-ce lié à la fatigue mentale? Fabian Cancellara s’avance. “La retraite, ça vient, lui c’est venu très vite. Mais ce n’est pas à Noël qu’il a pensé qu’il voulait arrêter. Non il y a pensé avant. Je dis toujours que tant que tu as la motivation, la santé, la volonté, le soutien de la famille, tu peux faire. Si tu n’as plus ça tu ne peux plus. Des fois, c’est mieux d’arrêter que de le faire trop tard”, explique le manager de Tudor.

Fraîchement retraité, Tim Declercq n’est pas non plus surpris. “Le niveau du peloton est tellement haut. Il y a 20 ans, on s’entraînait et on regardait déjà la nutrition, mais maintenant tu dois te concentrer sur ta nutrition, ta récupération, t’entrainer plus, faire des choses comme le Hit training, c’est devenu plus difficile d’être coureur. Sauf que tu n’as pas le choix. J’aimerais bien que ça ne soit pas le cas mais comme tout le monde fait ça, tu dois te mettre au niveau si tu veux être le meilleur”, estime l’ancien coureur belge, désormais coach chez Soudal Quick-Step. “Psychologiquement, dans les équipes, ça va devenir de plus en plus important. Avec la pression, les coureurs peuvent plus facilement tomber dans la dépression donc c’est important d’être là pour eux quand tout ne va pas au mieux.” Nombreux sont les coureurs à s’être exprimés sur les formes de dépression qu’ils ont pu connaître tout au long de leur carrière ou après. 

Plus de pression pour un coureur de classement général

Mark Cavendish avait notamment confié souffrir de dépression à cause du virus Epstein-Barr en 2018. “C’est sûr qu’il y a un sujet sur la fatigue mentale, la lassitude qui peut arriver dans n’importe quel métier et dans le cyclisme en particulier avec un sport de plus en plus exigeant physiquement mais aussi psychologiquement. C’est aussi de ne pas tomber dans une forme de burn out et de garder de la fraîcheur et ça passe par plein de biais et notamment la nouveauté”, explique Guillaume Martin-Guyonnet, 32 ans, qui débutera sa saison en Australie fin janvier, justement sur une course où il n’a jamais pris le départ.

Pour Davide Bramati, directeur sportif haut en couleur de la Soudal Quick-Step, l’épuisement dépend aussi du type de coureur. “Le coureur de classement général a plus de stress qu’un sprinteur. Pour jouer un classement sur un Grand Tour, tu dois être à 100% pendant des années. A un moment, si tu n’as plus la motivation, pour la tête c’est difficile”, explique l’ancien coureur italien. “Yates, il est passé pro très jeune, il a fait beaucoup, il a gagné le Giro, la Vuelta, il arrive à 34 ans…”

Le cri du cœur : Julian Alaphilippe invité du SMS - 07/01Le cri du cœur : Julian Alaphilippe invité du SMS – 07/01

Avec des saisons qui ne s’arrêtent jamais, de plus en plus de coureurs ont du mal à suivre la cadence et les nombreux déplacements. Le quadruple vainqueur du Tour de France Tadej Pogacar s’était d’ailleurs confié sur le sujet, expliquant “compter déjà les années avant la retraite.” Désormais loin de ses grandes années, Julian Alaphilippe comprend le Slovène. « Je pense qu’il est sincère quand il dit ça. On voit sa domination depuis plusieurs années. Même si c’est une situation qu’on aimerait tous vivre, quand on a tout gagné… Je viens aussi de voir Mathieu Van der Poel qui envisageait d’arrêter le cyclo-cross, ça peut être lassant.” Des retraites de coureurs à 30 ans? Pas impossible de l’imaginer dans le futur…