Deux hommes et une femme comparaissaient depuis lundi devant la cour criminelle de l’Hérault pour avoir abusé de plusieurs enfants de leur entourage, entre 2010 et 2021, dans une enquête familiale commencée à Pézenas et devenu tentaculaire.
Après un délibéré rapide, la cour criminelle de l’Hérault a prononcé ce vendredi 9 décembre de lourdes peines contre les deux hommes et la jeune femme jugés depuis lundi pour des viols d’enfants, dans le cadre d’un inceste massif, commis près de Pézenas et en Haute-Marne, entre 2010 et 2021.
En début de matinée, les avocats de la défense avaient plaidé avec sobriété, en rappelant les parcours de vie des trois accusés, tous marqués par des incestes et des abus sexuels subis dans leur petite enfance. L’avocate générale avait requis la veille des peines de 15 ans de réclusion pour deux d’entre eux, et 18 ans pour le plus âgé.
Le témoignage bouleversant de deux frères à la barre
« L’inceste détruit les repères fondamentaux, le corps, la parole, la confiance » a rappelé Me Grégoire Mercier, plaidant pour Yan, 28 ans, qui a fini par reconnaître la plupart des actes qui lui étaient reprochés, et semble avoir été touché par le témoignage bouleversant à la barre des deux jeunes frères dont il a abusé à de multiples reprises.
« Le lendemain, il nous a dit, j’en peux plus, il faut que j’avance » raconte l’avocat.
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« Il a appris la sexualité dans un cadre immonde, avec cet oncle qui lui a appris ce qu’était la pédophilie » enchaîne Me François Bermond. « Vous devez prendre en compte ce rapport de domination avec son oncle, et cette logique d’emprise familiale. L’emprise, ce n’est pas que pour les victimes, les auteurs aussi la subissent. »
Pour Karen, cette jeune femme de 25 ans, mère de trois enfants, dont un a pour père son oncle John, également accusé, Me Rachid Lemoudaa fait le grand écart. « Elle conteste énergiquement la question du viol » souligne-t-il, sa cliente ne reconnaissant que « des caresses » sur la fillette de 12 ans qui l’accuse formellement. « Nonobstant le caractère sacré de la voix de l’enfant, est-ce que les seules déclarations suffisent pour retenir le viol ? »
L’avocat rappelle les abus qu’elle a elle-même subis dans son enfance, et cette relation si particulière nouée avec « tonton John » dès ses douze ans. « Son attachement amoureux à son oncle est tel qu’elle s’est retrouvée sous son emprise, incapable de lui refuser une quelconque demande. »
En prenant la parole pour John, 48 ans, Me Anthony Caniez l’avoue : « À cet instant, mes mots ne valent rien, face à la souffrance des enfants exprimés à cette barre. Mes mots ne suffiront pas à vous éviter une peine lourde que vous avez tant redoutée mais que vous avez finie par accepter. »
« Le fardeau de l’inceste, cet aigle noir »
Lui aussi souligne le parcours de ce prédateur qui fut victime de son père, condamné en 2009 dans cette même salle à vingt ans de réclusion pour des faits similaires. « Vous êtes le produit de votre histoire, du fardeau de l’inceste, cet aigle noir que vous portez depuis plus de trente ans. Car avant d’être cet agresseur, ce violeur, vous avez été aussi ce jeune garçon, victime objet de vos parents, qu’on se transmettait au gré des saisons, de votre père et de ses sinistres fantasmes, contraint d’avoir de relations sexuelles avec votre sœur, et on vous a brisé ».
Après les excuses renouvelées des trois accusés, la cour se retire, et revient une heure plus tard, avec une décision que le président prend la peine d’expliquer : « Les faits sont extrêmement graves, il y a une forme résiduelle de dangerosité, et la cour a observé des évolutions pendant l’audience, dont elle tient compte. »
Treize ans, au lieu des quinze requis, pour Karen, qui comparaissait libre, et est arrêtée à la barre. Quinze ans pour son cousin Yan, avec une peine de sûreté de huit ans, et vingt ans, soit au-dessus du réquisitoire, pour John, avec une peine de sûreté des deux tiers, et une rétention de sûreté : « À la fin de votre incarcération, s’il y a encore une particulière dangerosité, vous serez réexaminé par une commission, qui pourra vous renvoyer dans un centre pénitentiaire » lui précise le président.