Cette découverte publiée dans Communications biology en août dernier révèle l’une des récupérations les plus spectaculaires de la conservation moderne. Le pigeon à tête rouge des îles Ogasawara, espèce endémique critique, a démontré une résilience génétique exceptionnelle après la suppression de ses principaux prédateurs. L’étude menée par l’Université de Kyoto bouleverse notre compréhension des populations en danger et ouvre de nouvelles perspectives pour la sauvegarde d’espèces menacées.

Une espèce endémique face à l’extinction

Le pigeon à tête rouge (Columba janthina nitens) mesure environ 40 centimètres et arbore un plumage distinctif. Sa tête rousse contraste avec un corps gris-brun, créant une silhouette reconnaissable dans les forêts matures qu’il affectionne. Cette sous-espèce se distingue génétiquement et écologiquement du pigeon ramier japonais plus commun.

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Autrefois nombreux sur les îles Ogasawara, ces oiseaux ont subi un déclin dramatique à partir de la fin du XXe siècle. La destruction forestière et l’introduction de chats sauvages ont précipité leur chute vers l’extinction. En 2008, moins de 80 individus survivaient, plaçant l’espèce dans une situation critique.

Les îles Ogasawara, archipel isolé du Pacifique, abritent cet écosystème fragile depuis des millénaires. L’arrivée d’espèces invasives a bouleversé l’équilibre naturel, menaçant la biodiversité unique de cette région classée au patrimoine mondial de l’Unesco.


En 2008, il subsistait moins de 80 pigeons à tête rouge sur les îles Ogasawara, mais l’éviction des principaux prédateurs de cette espèce d’oiseaux rares a permis de la sauver. © tororo, iStock

L’opération de sauvetage : piégeage intensif des félins

Face à cette urgence écologique, les conservationnistes ont lancé une campagne de piégeage intensif en 2010 sur l’île de Chichijima. Cette intervention ciblait spécifiquement les chats féraux qui décimaient les populations de pigeons par prédation directe.

Entre 2010 et 2013, l’opération a permis de capturer 131 chats sauvages, réduisant drastiquement leur nombre à moins de 20 individus. Cette diminution de la pression prédatrice a créé les conditions nécessaires à la récupération de l’espèce aviaire menacée.

Les résultats ont dépassé toutes les espérances. Durant cette même période, la population de pigeons adultes est passée de 111 à 966 individus, tandis que les juvéniles ont bondi de 9 à 189. Cette croissance exponentielle représente l’une des récupérations les plus rapides jamais documentées pour une espèce au bord de l’extinction.

Le mystère génétique d’une résilience exceptionnelle

Traditionnellement, les populations réduites souffrent de consanguinité et accumulent des mutations génétiques délétères. Cette dégradation génétique complique généralement la récupération, même avec des mesures de conservation intensives. Pourtant, le pigeon à tête rouge a défié cette règle établie.

L’équipe de Daichi Tsujimoto a séquencé les génomes complets des pigeons sauvages et captifs pour élucider ce mystère. Leurs analyses ont révélé une fréquence étonnamment faible de mutations hautement dommageables comparée aux espèces apparentées plus répandues.

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Cette résilience génétique résulte d’un processus appelé « purge génétique » survenu sur plusieurs siècles. L’isolement prolongé de la population a progressivement éliminé les mutations nocives par consanguinité graduelle, créant un patrimoine génétique « nettoyé » et plus robuste.

Les chercheurs identifient plusieurs facteurs clés de cette adaptation :

  • Isolement géographique prolongé favorisant la sélection naturelle.
  • Population historiquement restreinte mais stable.
  • Élimination progressive des allèles délétères.
  • Conservation d’une diversité génétique fonctionnelle minimale.

Perspectives pour la conservation

Malgré ce succès remarquable, la situation reste fragile. Les effectifs actuels demeurent inférieurs aux niveaux historiques, limitant la capacité d’adaptation future aux changements environnementaux. La diversité génétique réduite pourrait compromettre la résistance à de nouveaux défis écologiques.

Cette découverte remet en question certaines approches conservatoires traditionnelles. Elle prouve que dans certaines conditions spécifiques, les petites populations peuvent développer des mécanismes adaptatifs permettant de surmonter les goulots d’étranglement démographiques.

L’étude ouvre de nouvelles voies pour la gestion d’espèces menacées, suggérant qu’une analyse génétique approfondie pourrait identifier les populations possédant une résilience naturelle similaire.

Le pigeon à tête rouge des îles Ogasawara illustre parfaitement comment une intervention ciblée peut déclencher une récupération spectaculaire lorsque les conditions génétiques s’y prêtent.