L’Épiphanie est une fête rassembleuse, au-delà même de sa tradition chrétienne, qui fixe au 6 janvier le jour de l’Adoration des Mages. En quelque sorte, la coutume des rois renoue ainsi avec ses racines païennes, puisqu’elle tirerait son origine de la fête romaine des Saturnales, quand les citoyens romains partageaient une galette avec leurs esclaves.
Les temps sont heureusement moins durs, le Colisée n’est plus qu’un musée, mais le goût du partage est resté. Ainsi, chaque mois de janvier (même si de plus en plus de boutiques les proposent dès décembre), des familles de toutes confessions ou sans religion du tout convergent vers leur pâtissier ou boulanger préféré pour fêter les Rois. Avec, par chez nous, deux chapelles qui se regardent souvent en chiens de faïence : les tenants du gâteau provençal (la brioche aux fruits confits) et ceux de la galette frangipane, plus commune dans le reste de l’Hexagone.
Nos onze lecteurs jurés réunis le 7 janvier dernier pour élire le meilleur gâteau et la meilleure galette des rois marseillais de l’Épiphanie 2026. / Photos Nicolas VALLAURI
Ne soyons pas sectaires et faisons comme nos artisans pâtissiers, embrassons les deux d’une même étreinte gourmande. Nous avons donc proposé à onze lecteurs (il a fallu choisir tant le sujet semble passionner, près d’une centaine de personnes avaient répondu à notre appel à candidatures) de participer à un jury qui élirait le meilleur gâteau et la meilleure galette des rois marseillais de 2026.
Présélection des artisans
En amont, la rédaction avait présélectionné dix pâtisseries et boulangeries artisanales de la commune, chez lesquelles nous sommes allés, le mercredi 7 janvier au matin, acheter (tout travail mérite salaire) 9 brioches et 9 galettes frangipane :
Sylvain Depuichaffray (rue Grignan, 1er) ; Boni (avenue des Chartreux, 4e) ; Amandine (bd Eugène-Pierre, 5e) ; Ferments Bakery (rue de Lodi, 6e) ; Oh Faon ! (rue Edmond-Rostand, 6e) ; Coucagne (rue de la Guadeloupe, 6e) ; Paéma (avenue Pasteur, 7e) ; Encore un morceau (place Saint-Eugène, 7e) ; MTZ Bakery (avenue de Montredon, 8e) ; Les Bricoleurs de douceurs (bd Philippon, 4e ; avenue du Prado, 6e ; rue d’Endoume, 7e ; bd du Cabot, 9e ; Aubagne).
Le même jour, le jury s’est réuni à 15 heures au sein du siège de La Provence pour déguster et élire ses deux podiums (l’un pour la galette, l’autre pour le gâteau, pas de jaloux chez les Rois !). Avant leur arrivée, nous avions pris soin d’anonymiser la dégustation.
À ce petit jeu, une figure emblématique de la pâtisserie marseillaise a tiré son épingle du jeu : Sylvain Depuichaffray, l’artisan de la rue Grignan, a récolté les deux médailles d’or, en galette comme en gâteau ! Tout en gardant à l’esprit que l’exercice du 7 janvier n’est ni un sondage ni une dégustation exhaustive de la production de l’ensemble des centaines de boulangers et pâtissiers de la ville. Mais il marquait notre volonté de mettre en avant leur travail remarquable tout au long de l’année.
Le podium des gâteaux
Sylvain Depuichaffray est l’une des figures de la pâtisserie marseillaise. Avec sa femme Myriam, il mène la pâtisserie éponyme du quartier du palais de justice depuis 2004. Nullement émoussé par ces plus de vingt années de boutique, le Marseillais creuse toujours son sillon pâtissier, pointilleux et classique. Pas étonnant, dès lors, qu’on retrouve Depuichaffray aussi à l’aise pour l’Épiphanie, grand exercice de tradition. Avec 72 points recueillis (un vote de 1ere place valait 9 points, une 2e place 8, jusqu’à 1 point pour une 9e place et 0 pour un gâteau non classé par le juré), il se hisse sur la plus haute marche du podium des brioches des rois. Ce qu’ont aimé nos lecteurs dans son travail ? « La texture légère, aéré, douce et moelleuse », « les fruits confits généreux », « le visuel »… Prix : 29 €.
Il est talonné (70 points) par Boni, seul tenant de la boulangerie quand les autres lauréats sont de pures pâtisseries. Oui mais la brioche (au levain et sur la base de produits bio, comme l’ensemble de la production chez Boni) est aussi un art boulanger et l’échoppe de l’avenue des Chartreux en apporte une preuve convaincante selon nos jurés qui la classent donc 2e. Lesquels ont aimé « l’originalité des pommes confites », qui en a surpris et convaincu plus d’un. Prix : 28 €. Deux pâtissiers se partagent la 3e place : le duo des Bricoleurs de douceurs, Clément Higgins et Aurélie Poletto, grands habitués des lauriers pâtissiers à Marseille (prix : 30 €). Il partage la marche avec Sabrina Guez, talentueuse pâtissière qui ne travaille qu’à la commande en ligne sur sabrinaguez.fr (prix : 26 €).
La dégustation des pâtisseries s’est effectuée à l’aveugle. Pour les onze jurés, les pâtisseries ne correspondaient sur la table qu’à une suite de chiffres ou de lettres. Seule la rédaction avait la clé de cet anonymat qui n’a été dévoilée qu’après les votes. Les journalistes de la rédaction n’ont pas pris part au vote.
La dégustation a été effectuée à l’aveugle, après anonymisation des différentes pâtisseries. / PHOTO N.V.Le podium des galettes
On n’est pas surpris par sa deuxième 1ere place. Mais sa constance au fil des années force tout même le respect. Sylvain Depuichaffray avait déjà remporté notre concours de frangipane en 2024, le voilà de nouveau sacré roi de la galette en 2026 par nos onze jurés. Sa pâtisserie ne fait pas dans l’esbroufe, juste dans le travail (très) bien fait : une classique frangipane à la crème d’amande et un feuilletage de concours. Ni plus ni moins mais c’est déjà beaucoup tant il est difficile de faire aussi bon quand on fait aussi simple. Commentaires de quelques lecteurs ? « Joli visuel classique, belle dorure et bien croustillante », « très bon goût d’amande », « crème bien rehaussée par le rhum ». Prix : 32,50 €.
En deuxième position, on trouve la pâtissière Sophie Lovergne, reconvertie du monde du marketing et installée place Saint-Eugène (7e) depuis le printemps 2022. L’expérience du marketing n’a pas pu l’aider ici puisque la dégustation s’est faite à l’aveugle, sans aucun packaging particulier. Qu’importe le flacon, c’est la galette qui a parlé pour elle-même, avec son feuilletage crème d’amande-crème pâtissière. « Feuilletage parfait qui se mangerait tout seul et frangipane ni trop sucrée ni trop sèche », a ainsi estimé l’une des jurées. Prix : 35 €.
Enfin, Sabrina Guez semble se plaire sur la 3e marche du podium puisqu’on retrouve la pâtissière de Vauban (7e) pour la médaille de bronze des frangipanes, elle qui l’a aussi décrochée pour la brioche. Sa galette est une version classique mais très joliment présentée, dans un moulage à motif feuilles et à l’arrondi parfaitement dessiné. Ce qui a emporté la décision du jury ? « Le côté bien beurré du feuilletage », « le goût prononcé d’amande »… Prix : 26 €.
