« Si nous sommes réunis aujourd’hui, c’est pour dire adieu à une agriculture qui s’est vidée de ses forces, sous les normes, les injonctions contradictoires, les prix écrasés et la paperasse insensée ». Il est 16 h, ce samedi 10 janvier 2026, sur le plateau des Capucins, à Brest, lorsque Matys Pennaneach, secrétaire de la nouvelle section jeunes de la Coordination rurale du Finistère, prononce cette oraison funèbre symbolique. Un cercueil a été placé à quelques pas de la Maison de l’Europe.

« L’accord du Mercosur est un non-sens »

L’acmé d’un après-midi qui a vu une vingtaine de tracteurs venus des quatre coins du département, débarquer au rond-point de Pen-ar-C’hleuz, à l’entrée de la ville, un peu avant 14 h. En comptant les sympathisants du mouvement, et quelques élus, comme le député LFI Pierre-Yves Cadalen, venus à leur rencontre, un peu de plus de 150 personnes étaient présentes sur le giratoire. Les engins se sont rapidement rangés sur le terre-plein central, pour ne pas entraver la circulation routière, comme pour respecter la promesse du syndicat agricole : « Alerter mais sans bloquer ». Vers 14 h 40, le cortège s’est mis en route, direction les Capucins, sous escorte de la police.

Ils entendaient, avec ce regroupement, protester contre l’accord qui se profile entre l’Union européenne et le Mercosur, après la validation par les États membres, malgré l’opposition de la France. « L’agriculture française a besoin d’être protégée, nous demandons, qu’à l’image de la culture, elle soit sortie des marchés mondiaux et du libre-échange, ce que nous appelons l’exception agriculturelle française », réclame Sébastien Abgrall, leader de la CR29. « L’accord du Mercosur est un non-sens qui va entraîner une surproduction sur notre territoire et faire encore baisser les prix. Tout cela pour vendre davantage de bagnoles et de produits chimiques Bayer en Amérique du Sud », déplore, de son côté, Dominique Baron, président de la section jeune de la CR29.

« Pas de chèque mais des mesures structurelles »

L’annonce, ce vendredi, de la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, d’une nouvelle enveloppe de 300 millions d’euros, ne trouve pas grâce aux yeux de ces agriculteurs : « C’est un sketch, on ne veut pas de chèque mais des mesures structurelles, qui permettent aux jeunes de s’installer et, pour nous tous, de vivre de nos productions, par les prix », cingle Sébastien Abgrall. « Nous ne sommes pas anti-Européens, pointe-t-il encore. Nous ne voulons juste pas de cette Europe-là, fédérale, mais d’une Europe des Nations qui protège », poursuit-il. Un discours souvent entendu dans les rangs du RN, bien que la CR29 rejette toute proximité avec le parti de Jordan Bardella : « Nous entendons régulièrement cela, mais nous sommes apolitiques, chaque membre est libre de faire ce qu’il souhaite avec sa carte électorale », assure un porte-parole.