C’est le mot-clé à la mode sur les réseaux sociaux : le cortisol. L’hormone du stress est présentée comme un indicateur miracle notamment pour perdre du poids et retrouver un meilleur sommeil.

« Tu n’es pas grosse, tu as juste un taux de cortisol trop élevé », « réguler son cortisol en dix étapes », « ton corps ne brûle plus rien ? Ce n’est pas de ta faute, c’est ton cortisol »… Voilà un florilège des vidéos visionnées des centaines de milliers de fois, sur les réseaux sociaux, sous le hashtag #cortisol.

Depuis plusieurs mois, influenceurs, naturopathes et spécialistes autoproclamés partagent des conseils pour « réguler l’hormone du stress » qu’ils tiennent responsable de nombreux maux : prise de poids, ballonnements, visage gonflé, fatigue, métabolisme lent… L’occasion de vendre toutes sortes de programmes alimentaires, compléments et modes de vie. Mais alors c’est quoi le cortisol et pourquoi c’est « tendance » ?

Le cortisol est une hormone, c’est-à-dire une substance chimique fabriquée par les glandes du corps humain. Dans le cas du cortisol, ce sont les glandes surrénales (au-dessus des reins) qui sont à la manœuvre. « Le cortisol fait partie du système hormonal, il y participe. Mais ce n’est pas la seule hormone qui permet à l’organisme de réagir au stress, de se défendre contre les agressions infectieuses, d’agir sur la pression artérielle, le métabolisme etc. », explique Boris Hansel, endocrinologue et nutritionniste à l’hôpital Bichat à Paris, interrogé par franceinfo. Le professeur de médecine donne l’exemple de l’adrénaline et du glucagon.

Chez une même personne, on peut observer d’importantes fluctuations du taux de cortisol, en fonction de l’heure de la journée par exemple, sans que ce soit le signe d’un dysfonctionnement. « Si vous êtes stressé de manière chronique, le cortisol va un peu augmenter », mais ça ne permet pas de tirer de conclusion sur l’état de santé d’un patient, précise Boris Hansel.

« C’est complètement délirant de penser qu’un simple dosage du cortisol donne un indicateur de santé. »

Boris Hansel, endocrinologue

à franceinfo

Il faut distinguer ces fluctuations des véritables pathologies liées au cortisol qui existent mais qui sont rares. L’excès pathologique de cortisol est appelé syndrome de Cushing, il se manifeste par de nombreux symptômes : « C’est de l’obésité abdominale mais attention, ça ne suffit pas ! Il y a des vergetures pourpres au niveau de l’abdomen et des cuisses, un visage qui s’est arrondi, un peu rose, des hématomes faciles, une fragilité de la peau, une bosse de bison… L’aspect est assez typique. Et même quand on suspecte ça, on fait des examens approfondis, des tests dynamiques pour voir les réactions etc. » En dehors de ces pathologies, est-il pertinent de mesurer son taux de cortisol ? « Non », conclut fermement Boris Hansel.

Cet engouement pour le cortisol sur les réseaux sociaux est un simple phénomène de mode, d’après l’endocrinologue : « Vous touchez au quotidien des gens qui sont tantôt fatigués, tantôt inflammatoires, tantôt ceci, tantôt cela… Et vous leur proposez une solution. J’aime bien la comparaison avec les virus, ça se partage : une personne va le partager à cinq personnes, qui vont à leur tour le partager à cinq personnes… Comme un mouvement d’épidémie et après, on ne peut plus l’arrêter. » Avant le cortisol, il y a eu le phénomène de l’alimentation anti-inflammatoire, le sans gluten, l’insuline, le magnésium, les antioxydants, énumère Boris Hansel. À la clé : la possibilité pour chacun de vendre des régimes, routines, toutes sortes de programmes et compléments alimentaires.

Au-delà de l’aspect marketing, les enjeux de santé sont considérables, estime l’endocrinologue : « Si c’était juste anodin, ça ne me poserait pas de problème. Mais toutes ces focalisations sur des indicateurs éloignent les patients des prises en charge recommandées. Ça, c’est dramatique. On remplace la médecine fondée sur des preuves par des pseudo-médecines. Si demain on se rend compte qu’en dosant le cortisol et en agissant dessus on soigne des maladies, ce sera inclus dans la médecine. »

« C’est le médecin qui doit faire les diagnostics. Il n’y a pas de place pour une alternative. »

Boris Hansel, endocrinologue

à franceinfo

De plus en plus, Boris Hansel reçoit en consultation des patients convaincus d’avoir identifié leur pathologie grâce aux réseaux sociaux : « L’autre jour, un patient me dit : ‘Voilà, j’ai de l’hypertension et on m’a dit que c’est à cause de mon cortisol. Je ne veux pas de traitement, j’ai un régime qui régule mon cortisol.’ Les gens vont, comme ça, de traitement en traitement et ça les empêche de chercher les vraies causes. Quand vous avez une hypertension artérielle, elle doit être traitée pour réduire le risque d’infarctus et d’AVC. »

« Le problème, c’est que quand vous êtes sur les réseaux sociaux, vous ne savez plus qui vous parle et tout le monde est au même niveau. » Pour lutter contre ces phénomènes de mode, il est urgent que les médecins investissent les réseaux sociaux, poursuit Boris Hansel : « Je suis professeur de médecine, chef de service, à la base, on n’est pas formés pour faire des vidéos sur internet. Et pourtant, on est de plus en plus à le faire. Il faut des experts hospitalo-universitaires pour commenter et diffuser de l’information fiable. C’est notre responsabilité d’adopter les codes des réseaux sociaux. »

Dans cet objectif, Boris Hansel a créé sa chaîne YouTube, PUMS (pour une meilleure santé), ainsi qu’un compte Instagram, sur lesquels il publie régulièrement des vidéos pour déconstruire les idées reçues et partager des conseils médicaux.