Les médicaments miracle contre l’obésité ont transformé des millions de vies en quelques années seulement. Ozempic, Wegovy, Mounjaro : ces noms sont devenus synonymes d’espoir pour ceux qui luttent contre leur poids. Mais une nouvelle étude britannique vient de documenter ce que beaucoup soupçonnaient déjà : arrêter ces traitements, c’est comme relâcher un ressort comprimé. Et la remontée est brutale.
Une efficacité indéniable au départ
Les agonistes du GLP-1 représentent une véritable révolution médicale. Ces injections hebdomadaires agissent comme des coupe-faim puissants, permettant aux patients de perdre entre 15 et 20% de leur poids corporel. Dans les essais cliniques analysés, les participants ont perdu en moyenne près de 15 kilogrammes. Les bénéfices ne se limitent pas à la balance : pression artérielle, taux de cholestérol, tout s’améliore significativement.
Le succès commercial a suivi. Ces médicaments ont conquis les marchés, transformant le traitement du diabète et de l’obésité dans de nombreux pays. Mais derrière cet engouement se cache une réalité que les chercheurs de l’Université d’Oxford viennent de quantifier précisément.
L’abandon massif
Environ la moitié des personnes sous traitement abandonnent au cours de la première année. Les raisons varient : effets secondaires désagréables comme les nausées persistantes, ou plus prosaïquement, le coût prohibitif. Le coût de ces traitements représente un obstacle majeur : environ 200 à 300 euros par mois en France où ils ne sont pas encore remboursés, et plus de 1000 dollars aux États-Unis.
C’est précisément ce qui a motivé cette étude parue dans le BMJ, qui a passé au crible 37 recherches portant sur l’arrêt de différents médicaments amaigrissants. Les résultats sont sans appel : après avoir cessé les injections de sémaglutide ou de tirzépatide, les patients reprennent environ 10 kilogrammes en un an. Les projections suggèrent un retour au poids initial en 18 mois environ.
Crédit : Varlay
Quatre fois plus rapide qu’un régime classique
Le constat le plus frappant concerne la vitesse de cette reprise. Les personnes ayant suivi des programmes traditionnels combinant régime alimentaire et exercice physique perdent certes moins de poids au départ, mais mettent en moyenne quatre ans à retrouver leurs kilos perdus. Celles qui arrêtent les agonistes du GLP-1 y parviennent quatre fois plus vite.
Sam West, principal auteur de l’étude, explique qu’une perte de poids importante entraîne naturellement une reprise plus rapide. Mais même en tenant compte de ce facteur, la différence persiste. L’explication probable ? Les changements de mode de vie appris lors d’un régime traditionnel continuent de produire leurs effets même après l’arrêt du programme. Avoir réappris à manger sainement et à bouger régulièrement ralentit mécaniquement la remontée.
Un traitement à vie
Susan Jebb, spécialiste en nutrition à Oxford, résume la situation avec lucidité : l’obésité est une maladie chronique récidivante. Ces médicaments constituent un outil précieux, mais pas une solution ponctuelle. Tout comme un hypertendu ne cesse pas son traitement après quelques mois de tension normalisée, les patients obèses devraient probablement continuer leurs injections indéfiniment.
Cette perspective change radicalement l’équation économique pour les systèmes de santé nationaux. Évaluer le rapport coût-efficacité d’un traitement devient autrement plus complexe quand on l’envisage sur plusieurs décennies plutôt que sur quelques années.
Comme le souligne Garron Dodd, chercheur à Melbourne, ces résultats confirment qu’il s’agit d’un point de départ, certainement pas d’un remède miracle. Un traitement durable nécessitera probablement des approches combinées et des stratégies modifiant la façon dont le cerveau gère l’équilibre énergétique, bien au-delà de la simple réduction de l’appétit.