- En grève depuis lundi, plusieurs milliers de médecins libéraux ont défilé, samedi 10 janvier, à Paris.
- Les manifestants dénoncent une « dérive autoritaire » qui menace selon eux leur « liberté d’exercice ».
- Les professionnels de santé appellent Sébastien Lecornu à leur « faire des propositions ».
« Maltraiter les soignants, c’est maltraiter les patients. » Des milliers de médecins libéraux, en grève depuis lundi, ont défilé, samedi 10 janvier, à Paris. Les syndicats représentatifs des professionnels de santé ont protesté pour dénoncer une « dérive autoritaire » qui menace selon eux leur « liberté d’exercice », appelant le Premier ministre, Sébastien Lecornu, à leur « faire des propositions ».
Parmi les slogans des manifestants, venus nombreux en blouse blanche, « santé sacrifiée, patients en danger », « libres d’exercer, libres de soigner », ou encore, à l’intention de l’exécutif, « arrêtez le massacre de la médecine libérale ».
Dans le budget de la Sécurité sociale (PLFSS) adopté en décembre, l’Assemblée nationale a voté pour la limitation à un mois des arrêts de travail en première prescription et à deux mois pour un renouvellement. « On essaie de faire au mieux tous les jours pour faire en sorte que les arrêts soient justifiés, productifs, ça vient saccager tout notre travail. C’est insultant », ont-ils pesté au sein du cortège parisien. « On voit nos conditions de travail se dégrader beaucoup. (…) Maintenant, différentes attaques sur notre secteur vont nous empêcher de faire notre travail correctement. »
Il est grand temps qu’on nous donne des réponses concrètes
Franck Devulder, président de la CSMF
Autre point de crispation : la possibilité donnée au directeur de l’Assurance maladie de fixer unilatéralement des tarifs médicaux. « Nous voulons défendre notre liberté », a résumé Franck Devulder, président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) lors d’une conférence de presse dans la matinée. En France, « les besoins de soins augmentent mais les moyens dédiés à la santé diminuent, alors, forcément, il y a une inadéquation. Et il y a une dérive autoritaire », a déploré Agnès Giannotti, présidente de MG France, le premier syndicat des généralistes.
La manifestation s’inscrit dans le cadre d’une grève du 5 au 15 janvier, qui devrait connaître un point d’orgue en début de semaine prochaine lorsque de nombreuses cliniques privées seront affectées par des fermetures de blocs opératoires.
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Signe de la tension ambiante, l’intersyndicale a refusé, vendredi 9 janvier, un rendez-vous avec la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, estimant qu’elle connaissait déjà « depuis longtemps les points bloquants ». Au vu de la « mobilisation historique », « il est grand temps qu’au plus haut niveau de l’État, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, nous donne des réponses concrètes », a exigé Franck Devulder.
Une grève sous forme « perlée »
Les médecins libéraux ont déjà obtenu la suppression la surtaxation des dépassements d’honoraires ou l’obligation de consulter et d’alimenter le dossier médical partagé (DMP) des patients. Ils s’opposent aussi à d’autres mesures en cours d’examen par le Parlement, comme la possibilité d’imposer des objectifs de réduction des prescriptions aux médecins qui prescrivent nettement plus que leurs confrères en situation comparable. « On demande de respecter, de sanctuariser la convention médicale, l’accord qu’on signe avec l’Assurance maladie » tous les quatre ans pour réguler le secteur, a souligné Patricia Lefébure, présidente du syndicat FMF.
Selon le ministère de la Santé – qui reçoit les statistiques avec un délai de 48 heures –, l’activité avait diminué mardi de 19% chez les généralistes et 12% chez les spécialistes. Des chiffres « pas représentatifs » selon les syndicats qui estiment que 80% des praticiens participent au mouvement, qui prend souvent la forme d’une « grève perlée », avec quelques jours d’ouverture pour ne pas pénaliser leurs patients.
Médecins : ces consultations qui vont coûter plus cherSource : JT 13h Semaine
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Y.R. avec AFP

