Au Royaume-Uni, des centaines de proches aidants – ces parents, enfants, amis qui s’occupent d’un proche handicapé, malade ou en fin de vie – ont été poursuivis en justice pour fraude. Leur tort : avoir dépassé le plafond de revenus maximum pour toucher des aides, parfois de quelques centimes seulement… Fin novembre, un rapport pointait la responsabilité du gouvernement britannique dans ce scandale. Emeline Vin a rencontré l’une des victimes.
De notre correspondante à Londres ,
Institutrice, Elizabeth Taite a arrêté de travailler à temps plein il y a 22 ans, lors de la naissance de son fils Oliver, porteur de trisomie 21. Elle s’est ensuite occupée de son mari, atteint d’un cancer. C’est alors qu’elle commence à demander l’allocation pour les proches aidants d’un montant d’environ 100 euros par semaine.
« J’ai fait des remplacements dans les écoles. Avec tout ce stress à la maison, j’étais moins sérieuse avec mes comptes, j’ai dépassé le plafond. Les autorités ont fait une moyenne sur l’année alors que je faisais des moyennes mensuelles de mes revenus et que je ne demandais pas l’allocation tous les mois », raconte-t-elle avant d’ajouter : en 2018, « j’ai reçu une lettre m’indiquant que je devais rembourser 2500 livres, soit près de 3000 euros ».
Des années de trop-perçus réclamées aux proches aidants
Devenue veuve mais toujours aidante d’Oliver, Elizabeth rassemble ses économies et rembourse la dette. « J’avais l’impression d’être une criminelle. J’étais très contrariée car ma vie à l’époque était sens dessus dessous, ce n’était pas délibéré. Nous n’avions aucune autre aide, et il fallait bien que je nourrisse ma famille », reprend-t-elle.
Parmi les 134 000 aidants concernés depuis 2016, certains ont accumulé des années de trop-perçus, jusqu’à plus de 20 000 euros. En novembre, un rapport a accusé le gouvernement d’avoir conservé un logiciel qui a échoué à informer les demandeurs qu’ils dépassaient les seuils. Pour John Perryman, de l’association Carers UK, tout cela était évitable.
« Les conditions autour de l’allocation proche aidant sont techniques et peu claires. Beaucoup de ces aidants ont été dévastés à l’idée de devoir rembourser de telles sommes. Les gouvernements successifs savaient, et n’ont rien fait », affirme-t-il. John Perryman espère que le scandale va permettre une refonte du système : « 69% des gens qui perçoivent l’allocation proche aidant vivent sous le seuil de pauvreté. Un nouveau système va être mis en place pour remplacer ces procédures complexes. Nous, les associations, allons devoir nous assurer que tout est fait pour que les aidants comprennent les règles et les seuils et qu’ils soient informés rapidement en cas de dépassement ».
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« Nous ne sommes pas des criminels, simplement des gens qui essaient de s’en sortir »
La culture nationale, très critique envers les récipiendaires d’allocations, a renforcé le tabou autour du scandale. Elizabeth, le bras autour des épaules de son fils Oliver, se sent invisibilisée en tant qu’aidante. « Cela m’a fait mal de me sentir aussi peu valorisée par la société. J’espère que les histoires comme la mienne vont faire changer le regard sur les aidants : nous ne sommes pas des criminels, juste des gens qui essaient de s’en sortir.»
Les dettes de 26 000 personnes devraient être réduites ou annulées. Mais aucune excuse officielle n’est prévue.
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