Alors que l’accord Mercosur progresse malgré l’opposition française, Jean-Noël Barrot met fin aux faux-semblants. Dans un entretien à « Ouest-France », le ministre affirme que le dernier verrou est désormais entre les mains du Parlement européen.
« Seule la saisine de la Cour par le Parlement européen amènerait à suspendre la ratification de l’accord. La balle est désormais dans le camp du Parlement européen. » D’un trait net, Jean-Noël Barrot tranche un débat que beaucoup entretenaient dans le flou. Dans un entretien accordé à Ouest-France, ainsi qu’à ses partenaires européens Funke (Allemagne) et Gazeta Wyborcza (Pologne), le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères met au jour une réalité institutionnelle largement occultée.
Depuis le vote favorable d’une majorité d’États membres, vendredi 9 janvier 2026, malgré l’opposition française et la mobilisation des agriculteurs européens, le centre de gravité du dossier s’est déplacé. L’essentiel ne se joue plus dans les capitales, mais dans l’arène parlementaire européenne. À rebours des discours martelés dans le débat national, le ministre récuse toute illusion juridique : « J’entends dire qu’une saisine de la Cour de justice de l’Union européenne permettrait d’empêcher l’entrée en vigueur de cet accord : c’est faux. »
« La messe n’est pas dite »
Cette mise au point sert également de réponse aux critiques sur l’isolement supposé de la France. « Quand la France a parlé la première de souveraineté européenne en 2017, elle était seule à le faire. Aujourd’hui, on considère qu’elle a été visionnaire », rappelle le chef de la diplomatie française. Cette fois encore, Paris assume une dissidence qu’il juge fondée sur un impératif supérieur : la souveraineté alimentaire.
Selon lui, l’opposition française à l’accord Mercosur ne relève nullement d’une tentation protectionniste : « Cet accord n’apporte que des gains limités à l’économie européenne et ne justifie pas, en l’état, d’exposer certaines de nos filières les plus sensibles qui sont la clé de notre souveraineté alimentaire. » Une position assumée jusqu’au sommet de l’État : « C’est la raison pour laquelle le président de la République a décidé que la France s’y opposerait. Mais la messe n’est pas dite. »
Strasbourg comme ligne de front
Car la procédure est loin d’être achevée. « L’accord ne sera pas définitivement adopté tant qu’il n’aura pas été adopté par le Parlement européen », rappelle le ministre, renvoyant explicitement la responsabilité politique aux eurodéputés. « Que ceux qui menacent notre gouvernement de motion de censure utilisent cette énergie à faire entendre leur voix à Strasbourg. Qu’ils montrent leur influence réelle en Europe et au sein de leurs groupes politiques respectifs », insiste-t-il.
Certes, Paris revendique avoir obtenu, dans la dernière ligne droite, des concessions substantielles : clause de sauvegarde agricole, principe de réciprocité sur les substances interdites, renforcement des contrôles aux frontières, ajustements budgétaires de la PAC. « C’est tout simplement la disposition la plus protectrice jamais insérée dans le cadre d’un accord commercial conclu par l’Union européenne », souligne Jean-Noël Barrot. Mais ces avancées n’ont pas suffi à lever toutes les lignes rouges françaises.