Les manifestants se sont rassemblés en début d’après-midi sur l’esplanade Charles de Gaulle brandissant des banderoles comme « On veut de l’eau pour nos marmots », « Eau secours » ou encore « Notre eau notre bien commun ». Après la mobilisation des syndicats agricoles en décembre dernier, c’était au tour d’un collectif comprenant une cinquantaine d’organisations et associations comme la Confédération Paysanne, Eau et Rivières de Bretagne, France nature environnement, Bretagne Vivante, le Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’ouest, ou encore des partis de gauche d’appeler à une manifestation citoyenne pour « protéger, l’eau, notre santé, notre démocratie ».

« C’est l’intérêt de tout le monde » à Rennes environ 3 000 manifestants pour défendre la qualité et la gestion de l’eau (Le Télégramme/Erwan Miloux)

Avec sa pancarte « A l’eau maman bobo » Hélène est présente au milieu de la foule pour écouter les prises de parole : « Il est grand temps d’arrêter de polluer l’eau. Il faut respecter les décisions qui vont dans ce sens et ne pas céder à quelques agriculteurs. C’est l’intérêt de tout le monde ». Le 11 décembre dernier un plan d’action pour améliorer la qualité de l’eau potable, dans le cadre de la révision du Schéma d’aménagement et de gestion des eaux (Sage) du bassin de la Vilaine devait être acté. Celui-ci prévoyait notamment l’encadrement de l’utilisation de pesticides sur les zones de captage d’eau potable. Mais la forte mobilisation des syndicats agricoles, inquiets pour l’avenir de leurs exploitations, avait empêché l’aboutissement de ce projet. Un dossier très sensible dans lequel le président de la République était intervenu en faveur de la FDSEA en demandant de « remettre tout le monde autour de la table ».

« C’est l’intérêt de tout le monde » à Rennes environ 3 000 manifestants pour défendre la qualité et la gestion de l’eau (Le Télégramme/Erwan Miloux)« À un moment il faut bien faire quelque chose »

Montés sur la remorque d’un tracteur différents intervenants ont pris la parole. « La démocratie a été bafouée » estiment les manifestants dénonçant la « pression » exercé par la FNSEA, les JA, de la Coordination Rurale ayant conduit le préfet à annuler la réunion qui devait entériner ce projet, préparé depuis trois ans par un comité d’élus de citoyens, d’agriculteurs, de pêcheurs et d’associations. Pour Michel Demolder maire de Pont Péan et président de la Commission locale de l’eau du Sage : « C’est important de venir pour dire que la démocratie doit pouvoir s’exprimer et que ce parlement de l’eau puisse se réunir. La décision prise s’est faite avec les membres de la commission locale de l’eau et la participation des citoyens. Je reste optimiste pour la suite, je pense que ce travail ne va pas être remis en cause. Nous devons reconquérir une eau de qualité. On peut encore discuter mais même le préfet ne peut pas changer considérablement la portée du texte du projet du Sage voté en 2025 ». Même avis pour Patrick Savary membre du Collectif de soutien aux victimes des pesticides « Les mesures avancées concernent que les herbicides seulement sur cinq aires d’alimentation de captage soit seulement 1,5 % du bassin-versant de la Vilaine. Mais les syndicats agricoles majoritaires ont forcé la main au préfet. Seules 8 % des masses d’eau sont dans un bon état sur le bassin de la Vilaine. Il y a un moment il faut bien faire quelque chose. On a besoin des agriculteurs. C’est vraiment un problème de modèle agricole qu’il faut changer. Il n’est pas question de revenir sur les interdictions prévues dans le Sage mais il faut discuter sur les façons de dédommager les agriculteurs pour faciliter leurs applications ».

« C’est l’intérêt de tout le monde » à Rennes environ 3 000 manifestants pour défendre la qualité et la gestion de l’eau (Le Télégramme/Erwan Miloux)« Nous sommes tous concernés »

Le cortège des manifestants s’est formé vers 15 h 15 avant de sillonner les rues du centre-ville. Parmi les anonymes présents Anne et Arlette venues de Rennes et de Surzur (56) portent des pancartes « Oui à la démocratie » et « On veut de l’eau sans polluant » : « On aimerait continuer à boire l’eau du robinet. Il faut changer les pratiques agricoles qui exploitent le sol et finissent par polluer la terre et l’eau. Il faut favoriser une agriculture non polluante ». Pour Anthony : « La qualité de l’eau est déplorable. C’est la source de la vie. Elle est indispensable à tous mais sa gestion semble favoriser certains au détriment de l’intérêt général ». Même avis pour Bertrand : « C’est impératif et vital d’être ici pour défendre l’eau. Nous sommes tous concernés. Nous ne devons pas reculer face aux pressions de certains agriculteurs et faire bouger les choses ».

« C’est l’intérêt de tout le monde » à Rennes environ 3 000 manifestants pour défendre la qualité et la gestion de l’eau (Le Télégramme/Erwan Miloux)

La prochaine Commission Locale de l’Eau du bassin de la Vilaine devrait se tenir le 16 janvier prochain mais la signature du plan de la révision du Sage devrait, elle, se faire le 12 février. Des étapes qui risquent d’être animées avant une éventuelle mise en place de ce plan qui devra ensuite recevoir l’aval de la préfecture.