Par

Nicolas Demollien

Publié le

11 janv. 2026 à 6h02

Le tribunal administratif de Lille a mis hors de cause le centre hospitalier universitaire (CHU) de Lille (Nord) dans le décès d’une patiente « obèse » et « atteinte de cirrhose » qui était morte d’une infection nosocomiale contractée lors de son hospitalisation.

Une femme de 67 ans meurt d’une infection nosocomiale au CHU de Lille

Entre février 2019 et janvier 2020, cette femme alors âgée de 67 ans avait été prise en charge à trois reprises par les urgences du CHRU de Lille en raison d’une « anémie », d’une « surinfection bronchique », d’une « dyspnée » puis d’une « pneumopathie avec des œdèmes ».

En mars 2020, elle s’était une nouvelle fois rendue aux urgences pour une « dyspnée » et avait été hospitalisée en médecine polyvalente où elle avait bénéficié d’une perfusion et reçu par voie veineuse « des antibiotiques et trois culots globulaires ». Mais elle avait ensuite souffert d’une « hémorragie digestive » et d’une « décompensation oedémato-ascitique« .

Le 12 avril 2020, elle avait présenté cette fois-ci « une fièvre » puis « une décompensation avec détresse respiratoire aiguë » et une « défaillance multi viscérale sur le plan rénal, respiratoire et neurologique ». Elle était finalement décédée le lendemain, le 13 avril 2020 : des analyses avaient permis de révéler la présence d’un « staphylocoque doré ».

Saisie par la famille de la défunte, la commission de conciliation et d’indemnisation (CCI) avait conclu que la patiente avait été « victime d’une infection nosocomiale ». Toujours selon les experts, l’hôpital aurait en fait commis une « faute (…) dans la prise en charge de l’infection, en ne procédant pas à l’ablation de la voie veineuse, origine probable de l’infection, et un défaut de surveillance rapprochée de cette voie ».

Un état de santé « très fragile » mais « sans influence »

« La réparation des préjudices liés au décès de [la patiente, ndlr] incombait pour 70 % à l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) et à hauteur de 30 % à l’assureur du CHRU de Lille », en concluait la CCI.

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Le 20 janvier 2023, l’ONIAM avait donc indemnisé les enfants et petits-enfants de la sexagénaire et s’était retourné contre Relyens, l’assureur du centre hospitalier régional universitaire de Lille, pour être remboursé en partie.

Mais l’ancienne Société hospitalière d’Assurance mutuelle (SHAM) avait refusé de payer les 18.000 € réclamés : le CHRU « n’a commis aucune faute à l’origine de l’infection nosocomiale ». La patiente était en effet déjà atteinte d’une « obésité compliquée d’un syndrome d’apnée du sommeil », d’une « cirrhose à l’origine d’une hémorragie digestive » et d’une « insuffisance surrénale avec cardiopathie rythmique » avant son hospitalisation.

« Il n’est pas contesté que Mme XXX a été victime d’une infection nosocomiale », commence par déminer le tribunal administratif de Lille dans un jugement du 1er octobre 2025 qui vient d’être rendu public. « La circonstance qu’elle avait un état de santé très fragile (…) est sans influence, dès lors que son décès n’a été provoqué que par l’infection nosocomiale. »

L’Office national d’indemnisation des accidents médicaux maintenait néanmoins que les médecins lillois avaient commis une « faute » en ne procédant pas à « l’ablation de la voie veineuse » par laquelle avaient été administrés des antibiotiques et des culots globulaires à leur patiente : c’était « l’origine probable » de l’infection nosocomiale. Un « défaut de surveillance rapprochée » pouvait aussi être reproché aux personnels soignants du CHRU de Lille, jugeait l’ONIAM.

« Toutefois, le retrait de la voie veineuse n’est préconisé (…) qu’en cas d’obstruction ou d’infection », fait observer le tribunal administratif de Lille. « L’infection (…) n’a réellement été mise en évidence non pas le 7 avril 2020 comme le soutient l’ONIAM, (…) mais seulement à compter du 12 avril 2020, date d’apparition de la fièvre. (…) Bien que l’absence de surveillance rapprochée (…) de Mme XXX puisse être reprochée au centre hospitalier, il n’est pas démontré que cette absence ait pu avoir des conséquences sur sa prise en charge alors qu’elle bénéficiait déjà d’un traitement antibiotique. »

Les « manquements » du CHRU de Lille ne sont donc « soit pas établis, soit n’ont pas eu de conséquence » en conclut le tribunal. Dans ces conditions, l’assureur de l’hôpital n’aura pas à dédommager l’ONIAM.

MJ et GF (PressPepper)

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