Par
Rédaction Lyon
Publié le
11 janv. 2026 à 7h42
« Ils feront leur enquête quand je serai morte. Mais ce sera trop tard », lâche-t-elle calmement, donnant la triste impression de s’être déjà préparée psychologiquement à ce scénario. Et pourtant, Véronica continue de se battre.
Victime de violences conjugales, maman de trois enfants, cette jeune femme de 31 ans originaire de Chasse-sur-Rhône, à côté de Lyon, continue de se faire harceler et menacer de mort par téléphone et sur les réseaux sociaux par son ex-compagnon, pourtant incarcéré depuis fin 2024.
Indignée, à bout de forces, Véronica témoigne dans l’espoir que son cauchemar s’arrête.
« À partir de cet instant, ça n’a fait qu’empirer »
« Je pensais être libérée. Je pensais pouvoir recommencer à respirer avec mes enfants. Mais en fait, à partir de cet instant, ça n’a fait qu’empirer », relate la jeune femme à propos de la condamnation de son ex-compagnon, en octobre 2024, à 14 mois d’emprisonnement pour violences conjugales par le tribunal de Vienne (Isère).
Au moment des faits, son ancien partenaire se trouve en fait en semi-liberté. Déjà passé par la case prison pour des faits de vols avec violences et de conduite sans permis, ce dernier retourne ainsi vite d’où il vient : le centre pénitentiaire de Saint-Quentin-Fallavier.
42 mois de prison en plus
Mais son enfermement ne permet pas de mettre un terme au calvaire de Véronica. Bien au contraire. Rapidement, et comme de nombreux détenus, l’homme réussi à se procurer des téléphones. Insultes, menaces de mort, cyberharcèlement et même piratage de comptes… Tout y passe.
Il m’envoyait des messages tous les jours. Même lorsque je le bloquais, il recréait des faux comptes pour m’écrire et me menacer de me faire du mal ou d’envoyer quelqu’un incendier mon véhicule. Et en février 2025, ma voiture a été brûlée. Il me disait que j’étais surveillée, que j’avais la chance d’avoir la petite (leur enfant en commun, ndlr) dans les bras, que c’était mon bouclier. On a tenté d’incendier le domicile de ma sœur, aussi. Et puis il a fini par envoyer à tout mon entourage des photos intimes de moi.
Véronica
La jeune femme ne se laisse pas faire. Elle dénonce, porte plainte à plusieurs reprises et rapporte les moindres faits dont elle est victime. Au total, son ex-compagnon repasse deux fois devant la justice et écope de 42 mois de prison en plus.
« Mais il a fait appel de sa deuxième condamnation et la cour a décidé de lui enlever neuf mois, estimant qu’il était trop difficile de le juger coupable d’avoir diffusé mes photos intimes. Je n’ai pas compris. J’avais pourtant assez de preuves. En fait ça veut dire qu’il a pu partager mon corps comme ça sans être puni… », sanglote Véronica.
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Des « lives » sur les réseaux sociaux pour salir son nom
Si les gendarmes réalisent à chaque fois un « travail très sérieux » et que la justice semble, malgré cette déception avec la cour d’appel, suivre en ce sens et s’occuper du dossier, l’enfer de Véronica ne cesse pas pour autant.
« J’ai beau appeler la détention et le SPIP (Service pénitentiaire d’insertion et de probation), ça ne change rien. On me répond qu’ils vont faire le nécessaire, mais il continue de se procurer des téléphones », affirme-t-elle.
Sur les réseaux sociaux, son ex-compagnon s’adonne également et en toute tranquillité à des « lives » depuis sa cellule pour salir le nom de la jeune femme.

La voiture incendiée de Véronica. (©Document remis à actu Lyon)
« Il raconte que je suis une escort, une prostituée, que je fais monter 25 hommes par soir chez moi devant mes enfants. Il dit qu’il ne m’a jamais frappée, qu’il se bat pour sa fille (dont il a perdu l’autorité parentale, ndlr). Il partage ma photo et mon adresse. J’ai des personnes qui ont déjà sonné chez moi en pleine nuit. »
« Mes enfants pensent qu’on va me tuer à tout moment »
Véronica dit ainsi être « indignée » des conditions de détention de son agresseur et souhaite que l’administration pénitentiaire prenne ses responsabilités.
Je me sens usée psychologiquement. Je regarde toujours derrière moi, mes enfants pensent qu’on va me tuer à tout moment… J’ai l’impression qu’il n’y a pas de solution, qu’il n’y a pas de fin. Ma voix, c’est celle de toutes les femmes victimes de violences à qui on a dit de saisir les outils, qu’ils l’ont fait, mais qui ne sont plus là pour en témoigner.
Véronica
Des fouilles XXL dans les prisons fin 2025
Contactée par notre rédaction, l’administration pénitentiaire assure être « pleinement mobilisée dans la lutte contre les téléphones portables en détention qui constitue un enjeu majeur de sécurité tant pour les personnels pénitentiaires que pour la protection de la société et des victimes », mentionnant par ailleurs le récent dispositif « Zéro portable en prison » de Gérald Darmanin, qui a notamment constitué à réaliser des fouilles XXL dans plusieurs maisons d’arrêts de France avec la découverte de 1789 téléphones.
Pour le moment incarcéré jusqu’en 2029, l’ex-compagnon de Véronica doit encore comparaître devant la justice pour les faits de cyberharcèlement ce 12 janvier 2026. L’enquête pour la voiture incendiée, elle, est toujours en cours.
Les éléments transmis par l’administration au sujet de l’ex de Véronica :
« Les agents pénitentiaires ont procédé à plusieurs dizaines de fouilles de cellule de la personne détenue, lorsqu’elle était incarcérée à Saint-Quentin-Fallavier. Ces fouilles étaient réalisées systématiquement, dès que les signalements étaient portés à la connaissance de l’administration pénitentiaire. Ces opérations ont permis la découverte de divers objets prohibés, notamment des téléphones portables. Dans ce cadre, la personne détenue a fait l’objet de 16 comptes rendus d’incident et a comparu à 6 reprises devant la commission de discipline, dont 5 fois en 2025.
L’ensemble de ces faits a été systématiquement porté à la connaissance du parquet de Vienne, compétent pour apprécier les suites pénales à donner aux saisies effectuées. Des sanctions disciplinaires ont également été prononcées, comprenant 40 jours de cellule disciplinaire, ainsi que 2 mois de privation de cantine (moyen pour les détenus d’effectuer des achats à distance afin d’agrémenter leur quotidien).
Grâce à la mobilisation conjointe de la direction interrégionale des services pénitentiaires de Lyon et du parquet de Vienne, le transfert de la personne détenue vers un autre établissement pénitentiaire a pu être réalisé. Depuis son arrivée dans ce nouvel établissement, la personne détenue fait l’objet de fouilles régulières, lesquelles ont permis la découverte de nouveaux objets prohibés, notamment des téléphones portables. Ces faits donneront lieu à une comparution prochaine devant la commission de discipline, au même titre que des faits de violences verbales à l’encontre des personnels. Le parquet a, par ailleurs, été immédiatement informé. »
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