l’essentiel
Depuis deux semaines, les mouvements de révoltes se multiplient en Iran. Depuis le 28 décembre dernier, les Iraniens expriment leur « haine » du régime de l’Ali Khamenei, alors que 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Le politologue spécialiste de l’Iran, Hamid Enayat répond à nos questions.
La Dépêche du Midi : Pourquoi ces nouvelles manifestations en Iran ?
Hamid Enayat : Il s’agit du cinquième soulèvement national depuis 2017. Les slogans sont restés les mêmes, notamment « Mort à la dictature ». La mobilisation actuelle est le produit d’une convergence de crises : les Iraniens déplorent une inflation supérieure à 42 %, atteignant parfois des niveaux extrêmes pour les produits alimentaires.
On observe par ailleurs un effondrement de la monnaie nationale, une pauvreté touchant près de 80 % de la population, une corruption massive, des pénuries d’eau, des coupures d’électricité, une pollution de l’air responsable de plus de 50 000 morts par an, et un fossé social abyssal entre 4 % vivant dans l’opulence et 96 % en grande précarité. À cela s’ajoutent le port obligatoire du hijab, l’imposition de la religion et l’absence totale de libertés politiques.
Peut-on parler d’un mouvement de fond ?
Oui. Le mécontentement s’est cristallisé en novembre 2019, lorsque le régime a coupé Internet et massacré environ 1 500 manifestants en cinq jours sur ordre d’Ali Khamenei. Depuis, la population lutte pour sa survie politique et sociale face à une dictature qui l’exclut de toute décision.
Quelle est l’ampleur réelle du soulèvement ?
En seulement deux semaines, malgré une répression extrêmement violente, le mouvement s’est étendu à au moins 175 villes. Le slogan central, « Mort au dictateur », montre un rejet clair et massif du régime. Le soulèvement est désormais entré dans une phase offensive : la population remet en cause la violence d’État et parvient parfois à désarmer les forces répressives, ce qui affaiblit l’efficacité du pouvoir.
Le régime affirme que ces manifestations sont manipulées par l’étranger. Qu’en est-il ?
Cette thèse ne tient pas. La présence de manifestants dans plus de 175 villes prouve qu’il s’agit d’un mouvement profondément enraciné dans la société iranienne. La réalité du terrain contredit totalement le discours officiel.
Quelles sont les revendications principales ?
La revendication centrale est la chute de la dictature de la « République islamique » dirigée par Ali Khamenei, au profit d’une République laïque fondée sur l’égalité entre les sexes et la séparation de la religion et de l’État. Le peuple iranien veut reprendre le contrôle de son destin politique.
L’absence de leader désigné est-elle une faiblesse pour le mouvement ?
Sans leadership structuré, aucun mouvement ne peut atteindre ses objectifs face à une répression d’une telle ampleur. Or, des milliers d’unités de résistance, créées depuis 2016 par l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran, encadrent et protègent aujourd’hui les manifestations. Avec des leaders locaux dans toutes les provinces du pays, la résistance est extrêmement organisée. Sans cela, la répression très forte du régime ferait taire les mouvements.
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Existe-t-il une alternative politique organisée ?
Oui. Le Conseil national de la Résistance iranienne, qui rassemble depuis plus de quarante-cinq ans les forces antidictatoriales, oriente le mouvement vers l’instauration d’une République laïque. Même l’agence Fars, proche des Gardiens de la révolution, reconnaît le rôle dirigeant de Maryam Radjavi, des Moudjahidine du peuple et du Conseil national de la Résistance. Le soulèvement dispose donc d’une orientation politique claire.