Dans le cadre de sa politique qualité, la préfecture de Meurthe-et-Moselle a publié ses délais moyens de traitement pour les démarches « étrangers ».

Au 1er septembre 2025, il fallait compter 145 jours pour un renouvellement de titre de séjour, 175 jours pour une première demande d’admission au séjour et jusqu’à 190 jours pour une déclaration de nationalité, selon les données de la Direction générale des étrangers en France (DGEF).

Pour Malika Allouchi, adjointe au maire à Toul, ces chiffres ne peuvent rester sans réponse. Déjà très critique l’été dernier dans nos colonnes, l’élue persiste : « J’ai moins de sollicitations aujourd’hui, mais cela ne suffit toujours pas. La preuve que ce ne délai n’est pas adapté, notamment pour les récépissés de renouvellement », insiste-t-elle. 

« Une grande précarité humaine et sociale »

Selon elle, la publication de ces délais est un aveu : « Avec ces chiffres, la préfecture sait qu’elle ne peut pas traiter. Au lieu de délivrer des récépissés de 2 ou 3 mois, il faudrait les accorder pour six mois ou un an, le temps que les dossiers soient instruits. »

Les conséquences sont souvent lourdes : « Ces gens se retrouvent dans une grande précarité humaine et sociale », alerte-t-elle.

Formations stoppées, contrats rompus

A Toul, la présence d’une sous-préfecture permet parfois d’apporter une première réponse rapide. « On peut répondre en deux ou trois jours, ne serait-ce que pour dire s’il manque un document », explique Malika Allouchi. « Mais lorsque les dossiers sont complets et restent sans réponse, les situations se bloquent. »

« Il y a une dizaine de jours, une personne d’origine marocaine n’a pas pu poursuivre sa formation au Greta faute de renouvellement de titre à temps. Un autre homme a perdu son contrat après trois mois d’attente », détaille-t-elle.

« On parle de libre circulation, mais on cantonne les gens. Ils ne sont plus libres de leurs mouvements », ajoute-t-elle, évoquant la situation personnelle vécue auprès de sa mère.

Ce patron d’hôtel a dû licencier sa femme de ménage

Les entreprises locales sont elles aussi impactées. Hervé Simonin, gérant de deux hôtels-restaurants à Toul, a dû licencier une salariée en 2020. Une décision ancienne, mais encore douloureuse tant Sabrina (prénom d’emprunt) était investie au sein de son établissement et dans la commune. 

Cette femme de ménage, âgée de 27 ans à l’époque, était titulaire d’un titre de long séjour. D’origine marocaine, vivant à Toul avec ses enfants scolarisés, elle était logée dans l’établissement L’Europe, d’Hervé Simonin.

Malgré l’appui de cet élu municipal à Toul, aucune autorisation n’avait été accordée à Sabrina par la préfecture de Meurthe-et-Moselle. « Mon comptable m’avait alerté : je risquais gros. J’ai dû rompre son contrat », déplore son ancien patron. « Le système montre là toutes ses limites », témoigne Hervé Simonin.

« Il n’y a pas que des chômeurs : il y a aussi des personnes en activité ou des étudiants, qui parfois se retrouvent ensuite à la rue », dénonce Malika Allouchi.

La peur de témoigner 

Malgré plusieurs tentatives devant la préfecture de Nancy et un appel aux témoignages lancé sur les réseaux sociaux, ils sont nombreux à refuser de témoigner dans nos colonnes. « Ils ont peur que cela porte préjudice à leur dossier », avance Malika Allouchi. 

Ces lenteurs ont aussi des répercussions à l’international. « Je reviens du Maroc : les étudiants ne demandent plus la France. Ils préfèrent l’Allemagne, les Etats-Unis, les pays anglo-saxons… Certains vont même en Roumanie pour les études dentaires. C’est regrettable, surtout au vu du coût des visas », déplore l’élue de Toul.

L’Office français de l’immigration et de l’intégration victime d’une fuite de données

Désormais, la dématérialisation des dossiers oblige les demandeurs à exposer toute leur vie administrative en ligne. Sur la toile, le site de l’ANEF (Administration numérique pour les étrangers en France) était en maintenance cette semaine. « On ne pouvait plus accéder au suivi de notre dossier, aux document fournis par la préfecture… », nous confie-t-on.

Pour couronner le tout, cette semaine également, une fuite de données a touché le site de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) selon nos confrères du Monde. Devant la préfecture de Nancy, les personnes rencontrées redoutent désormais que leurs données soient revendues sur le dark web. Mais pour l’heure, ils n’attendent qu’une chose : « Moins de complexité, et plus d’humanité dans le traitement de leurs dossiers ».

Contactée en début de semaine, la préfecture de Meurthe-et-Moselle n’a, pour l’heure, pas répondu à nos sollicitations.