À seulement 23 ans, Théodora s’est imposée l’an dernier comme l’une des figures phares de la scène musicale francophone. Ses sonorités plurielles lui ont permis de se hisser dans le top des ventes d’albums et d’être sacrée révélation féminine aux Flammes en 2025. Focus sur un succès fulgurant qui n’est pas près de faiblir en 2026.
Elle est la chanteuse francophone la plus écoutée sur les plateformes en France en 2025, et la seule femme à figurer dans le top 10 des meilleurs vendeurs de disques de l’année – à une belle place en plus, la quatrième. Bref, Théodora cartonne en ce moment. Son succès est indéniable, surtout chez les jeunes : d’après l’Ifop, les 15-24 la classent cinquième dans le top 10 des personnalités préférées de l’année. Florian, un poil plus âgé (26 ans), nous avoue même qu’elle est dans son top 3 avec le streamer Anyme et Émilien des Douze Coups de Midi.
Le jeune homme apprécie le style singulier qu’elle a réussi à « imposer sur la scène musicale ». Difficile néanmoins de la mettre dans une seule case. Du hip-hop au bouyon, en passant par le RnB, le zouk, la pop ou l’afrobeat, Théodora est décrite par Jeanne Rucet comme un ovni musical. « Ce n’est pas facile de décrire son style. Mais je ne crois pas qu’elle veuille être classée », nous glisse cette programmatrice du festival Les Vieilles Charrues depuis quinze ans. Voilà peut-être la clé de son succès ?
D’un succès TikTok à la consécration aux Flammes
Il faut dire que Théodora est « hyper maligne », abonde Jeanne Rucet. La franco-congolaise de 23 ans a multiplié les « featurings intelligents ». La programmatrice évoque son duo avec Juliette Armanet sur Les oiseaux rares, ou celui avec Disiz sur melodrama. De 24 ans son aîné, il lui permet de toucher « une génération plus âgée ».
Yolaine et Louisa, 25 et 24 ans, l’ont découverte avec Kongolese sous BBL, en boucle sur TikTok fin 2024. « Le refrain rentrait dans la tête, donc j’ai écouté tout l’album », rembobine Louisa. « Je ne pense pas être une fan inconditionnelle mais dès qu’il y a une chanson d’elle qui passe, je ne vais pas la zapper », ajoute encore Lucie, 18 ans.
Un boom d’écoute qui explique comment Mega BBL, réédition de sa première mixtape Bad Boy Lovestory passée relativement sous les radars à l’époque, figure parmi les meilleures ventes de l’année (246 000). Ajoutez à cela une consécration en tant que révélation féminine aux dernières Flammes qui valorisent les artistes rap…
« On sentait qu’il y avait un truc qui se passait »
L’été dernier, la foule s’est bousculée pour la voir en festival. Littéralement. Trop de monde, mais pas assez de place, se souvient Camille, présente à We Love Green en juin à Paris. « La scène n’était pas proportionnée, en tant que spectatrice j’étais gênée parce que je ne voyais pas du tout ». L’explication est simple, d’après Jeanne Rucet : aux Vieilles Charrues, en juillet à Carhaix-Plouguer (Finistère), « la programmation s’est faite sept mois avant le festival. Elle était moins connue, mais on sentait quand même qu’il y avait un truc qui se passait, c’est pour ça qu’on l’avait contactée ».
« Ce qui est vraiment surprenant, c’est que même si les gens ne voyaient presque rien, ils voulaient quand même l’entendre », poursuit Camille. Venue pour voir Air, elle a finalement mis le groupe – qui se produisait au même moment – de côté pour profiter de l’expérience Théodora.
« Elle a une DA hyper esthétique et engagée »
Oui, Théodora offre une expérience et incarne une certaine philosophie, celle de la « boss lady », une femme forte qui n’a peur de rien. « Elle se moque de tout, s’assume pleinement, développe Yolaine, même si elle est victime de misogynoir » [misogynie visant spécifiquement les femmes noires, NDLR], complète Océane. Elle pointe l’engagement de la chanteuse de 23 ans : « Elle prône le sexy, la liberté des femmes, c’est assez percutant. » Lucie évoque le soutien « assez fort » de l’artiste envers la communauté LGBT. Autant d’éléments qui amènent Louisa à parler d’une « direction artistique hyper esthétique et engagée ».
Pour Jeanne Rucet, Theodora est une « pop star ». Camille admire sa simplicité malgré son succès fulgurant : « Elle a gardé les pieds sur terre. Elle n’est pas sur un egotrip comme d’autres artistes, type Shay, et ses textes sont peut-être un peu plus travaillés que ceux d’Aya Nakamura ». La presse confirme aussi son ascension : Le Point la présente comme « l’artiste que toute une génération attendait » tandis que nos confrères de La Dépêche et du Monde parlent de « phénomène musical de l’année » et de « phénomène pop de l’été ». D’après Vogue, Theodora « bouscule les codes de la pop française » ; pour Billboard, elle signe « la naissance d’un nouveau son français ».
« Elle a toutes les clés pour aller loin »
Des premières compos intimistes avec son frangin, le producteur Jeez Suave, à sa tournée à guichets fermés pour de nombreuses dates (quatre Zénith de Paris, celui de Toulouse…), Théodora a fait un sacré bout de chemin, et ce n’est pas près de s’arrêter.
Elle-même l’a confié aux journalistes de Billboard : sa tournée a été pensée comme un « show à l’américaine », marquant possiblement un « gros tournant » pour sa carrière. La suite ? On verra, réfléchir à « une nouvelle era », et peut-être s’essayer « à d’autres formes d’art ».
« Son succès est ultra-mérité », se réjouit en tout cas Jeanne Rucet pour qui Théodora, « porte-parole d’une génération », a « toutes les clés pour aller loin ».
Occitans, à vos agendas. Théodora passera à Toulouse le 21 mars (Zénith, complet), le 11 juin à Nîmes (Festival de Nîmes) et le 12 juillet au Barcarès (Festival Les Déferlantes).