Mercredi 14 janvier, la Tunisie et son peuple célébreront le quinzième anniversaire de la chute de Zine El-Abidine Ben Ali. Il a alors suffi de moins d’un mois de soulèvement populaire pour renverser une dictature en place depuis plus de vingt-trois ans. La contestation révolutionnaire, partie des régions déshéritées du centre et sud du pays, a rapidement gagné la côte, puis la capitale, portée par une société civile à la fois dynamique et militante.

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Le basculement dans l’opposition de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), le syndicat fort de centaines de milliers d’adhérents, a été déterminant. La répression policière a fait environ 300 morts, mais l’armée a refusé de tirer sur les manifestants, provoquant la fuite de l’autocrate vers l’Arabie saoudite. Une telle « révolution de la dignité » fait des émules dans l’ensemble du monde arabe, avec le slogan « Le peuple veut renverser le régime » et, moins d’un mois plus tard, la chute de Hosni Moubarak, au pouvoir en Egypte depuis trois décennies.

Les Tunisiennes et les Tunisiens célébreront donc, le 14 janvier, les quinze ans de la « révolution de la dignité », qui mit leur pays à l’avant-garde d’une vague régionale de protestations populaires. Ces bien mal nommés « printemps arabes » recouvraient en fait des situations très diverses, avec un putsch militaire d’apparence révolutionnaire en Egypte, une guerre civile divisant rapidement l’est et l’ouest de la Libye, un soulèvement constitutionnaliste écrasé à Bahreïn par une intervention saoudienne et émiratie, ainsi qu’une série de manifestations brutalement réprimées au Yémen et en Syrie, d’où une militarisation de l’opposition dans ces deux pays.

L’hétérogénéité de ces mouvements ne retirait rien au rôle pionnier de la Tunisie dans la chute du « mur de la peur » dans le monde arabe, tournant aussi historique que la chute du mur de Berlin pour l’Europe, en 1989. Il y aurait, dès lors, toutes les raisons pour que le président tunisien, Kaïs Saïed, considère ce 14 janvier comme un jour faste. Il n’en sera pourtant rien.

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