Scène classique : repas de famille, on parle boulot, loyers,
projets, et une phrase tombe. Silence gêné, sourires crispés, yeux
qui roulent au plafond. Entre expressions de
boomers et réponses de millennials, la
conversation dérape vite.
Chaque génération a ses codes : les parents disaient « ça boume
? » ou parlaient de « ma gonzesse », leurs enfants préfèrent « wesh » et
« ma gow ». Derrière ces décalages de vocabulaire se cachent surtout
huit phrases toutes faites, répétées depuis des décennies, qui
donnent aux jeunes adultes l »impression de ne jamais être pris au
sérieux.
Argent et travail, le terrain miné des phrases de boomers
Sur le registre économique, certaines phrases de
boomers reviennent en boucle et cristallisent le fossé
entre générations, surtout quand le logement coûte plus cher et que
les prix ont grimpé beaucoup plus vite que les salaires ou que les
carrières démarrent en CDD et stages mal payés.
- « Quand j’avais ton âge, j’avais déjà une maison et deux
enfants » - « Tu n’as qu’à aller déposer des CV en personne »
- « Si tu achetais moins d’avocado toast, tu pourrais t’en
sortir » - « Tu devrais être reconnaissant d’avoir un travail »
- « Il suffit de travailler dur pour réussir »
Dans la première, un parent rappelle qu’il avait acheté sa
maison au même âge, sans toujours préciser que, dans l’article
américain cité, les prix de l’immobilier ont augmenté dix fois plus
vite que les salaires. La troisième réduit les galères financières
à un brunch à 12 dollars, soit environ 11 €, alors que le texte
mentionne aussi un loyer à 2 500 dollars, autour de 2 300 €, bien
plus lourd que n’importe quel café gourmand.
Mode de vie, santé mentale et écrans : le malentendu
permanent
Quand un adulte lâche « Vous êtes toujours sur vos téléphones »,
beaucoup de jeunes entendent une remise en cause globale de leur
mode de vie, alors que ce même téléphone sert aussi de bureau
portable, de banque en ligne et d’agenda. Quand vient « De toute
façon, plus personne ne veut travailler », la phrase efface les
contrats précaires, les smicards à temps plein et les journées à
rallonge.
Autre choc de culture, « À notre époque, on n’avait pas besoin
d’espaces sécurisés » minimise la notion de « safe spaces » et fait
comme si la santé mentale relevait du caprice, alors que beaucoup
de parents n’ont jamais pu parler de leurs propres traumas. Enfin,
« Tu devrais être reconnaissant d’avoir un travail » ou « Il suffit de
travailler dur pour réussir » oublient les salaires bloqués, les
concours saturés et la part de chance que raconte aussi le texte
anglophone.
Quand le fossé générationnel passe
aussi par le vocabulaire
À côté de ces grandes tirades, il existe tout un petit
patrimoine d’expressions françaises typées boomer qui fait surtout
sourire : dire qu’on « l’a mauvaise » quand un ado répond qu’il « a le
seum », demander « ça boume ? » face à un « wesh », parler de sortie « en
catimini » là où la Gen Z dira « en soum-soum » ou « en scred », se dire
« raplapla » pendant que les plus jeunes se déclarent « en PLS »,
évoquer « ma gonzesse » plutôt que « ma meuf » ou « ma gow ».