Face à un soulèvement populaire d’une ampleur historique et à une répression sanglante, la Maison-Blanche change de ton. Donald Trump se dit prêt à frapper l’appareil sécuritaire iranien.
Le régime de Téhéran a-t-il franchi la ligne rouge de Trump ? Alors que l’Iran s’enfonce dans la plus vaste vague de contestation que le pays ait connue depuis des décennies, Donald Trump envisage désormais, très sérieusement, l’option d’une intervention militaire contre le régime des mollahs, y compris des frappes ciblées.
Dans les cercles du pouvoir à Washington, l’heure n’est plus aux simples mises en garde. Selon CNN, le président des États-Unis a été, ces derniers jours, informé d’un éventail d’options allant de pressions indirectes à des actions militaires précises contre les instruments de répression de Téhéran. L’objectif est de frapper au cœur de l’appareil qui, selon les États-Unis, écrase dans le sang un soulèvement populaire d’une ampleur historique.
Mais la Maison-Blanche avance sur une ligne de crête. Certains conseillers redoutent que des frappes ne produisent l’effet inverse en ressoudant la population autour du régime et en déclenchant une escalade régionale. Pour l’heure, aucune décision définitive n’a été prise. Une chose est cependant indiscutable : Donald Trump se tient prêt à agir. « Si vous commencez à tuer des gens comme vous l’avez fait dans le passé, nous nous impliquerons, » a-t-il averti. « Et cela ne signifie pas des troupes au sol, mais cela veut dire vous frapper très, très durement là où ça fait mal. »
Un soulèvement noyé dans le sang
Sur Truth Social, le président a encore durci le ton : « L’Iran regarde la LIBERTÉ, peut-être comme jamais auparavant. Les États-Unis sont prêts à aider !!! » Depuis le 28 décembre, l’Iran est traversé par un embrasement sans précédent. Nées de la colère contre l’inflation galopante et l’effondrement de la monnaie, les manifestations ont rapidement dépassé la seule revendication économique pour rejoindre la révolte ouverte contre la théocratie. Plus de cent villes sont désormais gagnées par la contestation.
Les chiffres donnent le vertige. L’ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA) recense au moins 538 morts, tandis que l’organisation Iran Human Rights évoque « plusieurs centaines » de victimes, parmi lesquelles figurent aussi des mineurs. Le tout dans un pays plongé dans un black-out numérique quasi total.
Pourtant, la réalité perce malgré tout. Les témoignages recueillis par CNN sont bouleversants. Une femme de Téhéran raconte avoir vu dans un hôpital « des corps empilés les uns sur les autres ». Un homme de 70 ans décrit des forces de sécurité tirant à balles réelles dans les rues, avec des fusils d’assaut, abattant « beaucoup de gens » en une seule nuit.
Et malgré la terreur, la rue ne recule pas. D’autres manifestants décrivent des scènes comme « incroyablement belles et porteuses d’espoir ». Un membre du personnel médical témoigne d’une scène déchirante : « Les gens se sont précipités à l’hôpital pour récupérer les corps de leurs enfants, puis les ont enterrés avec leurs vêtements d’origine. » En Iran, les rites funéraires prévoient habituellement le lavage du corps et son enveloppement dans un linceul de coton blanc avant l’inhumation.
Face à la spirale de violence, la communauté internationale commence elle aussi à hausser le ton. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, s’est dit « choqué par les rapports faisant état de violences » à l’encontre des manifestants en Iran, appelant les autorités « à faire preuve de la plus grande retenue » dans l’usage de la force. « Tous les Iraniens doivent pouvoir exprimer leurs doléances de manière pacifique et sans crainte. Les droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique, tels qu’inscrits dans le droit international, doivent être pleinement respectés et protégés. »
L’ombre de la guerre
Alors que le sang continue de couler, Washington et ses alliés intensifient leurs consultations. Le secrétaire d’État Marco Rubio s’est entretenu avec le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. De son côté, l’armée israélienne affirme « surveiller les développements » et se tenir prête.
À Téhéran, le régime des mollahs grogne. Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a averti : « Si les États-Unis lancent une attaque militaire, à la fois le territoire occupé et les centres militaires et maritimes américains seront nos cibles légitimes. » « Dans le cadre de la défense légitime, nous ne nous limitons pas à réagir après une attaque. » Comprenez que le « territoire occupé » visé n’est autre qu’Israël.
Le gouvernement iranien a décrété dimanche trois jours de deuil national pour les « martyrs » de la « résistance », en particulier les membres des forces de sécurité tués lors des manifestations. Dans la foulée, les autorités ont appelé à des rassemblements lundi en soutien à la République islamique, selon la télévision d’État.
Mais à mesure que le nombre de morts augmente, Donald Trump semble décidé à transformer ses paroles en actes. « Ne jouez pas avec le président Trump. Quand il dit qu’il fera quelque chose, il le fera, » a prévenu le département d’État, cité par NBC News.