Face à la montée du parti d’extrême droite Reform UK de Nigel Farage, l’Union européenne cherche à sécuriser son accord agroalimentaire avec Londres en prévoyant de lourdes indemnités en cas de rupture unilatérale.

Keir Starmer, le Premier ministre britannique, assure vouloir renforcer les liens avec le marché de l’Union européenne (UE), dans l’« intérêt national » de son pays. En face, du côté des Vingt-sept, c’est la méfiance.

Ces derniers mois, le Royaume-Uni a conclu plusieurs rapprochements dans différents secteurs : défense, Erasmus +, quotas de pêche, marché de l’électricité et un accord sanitaire et phytosanitaire (« food and drink ») sur les échanges de produits alimentaires et agricoles.

À Bruxelles, on craint que ce dernier volet soit résilié lors de l’élection d’un prochain gouvernement, plus conservateur. Selon les informations du Financial Times, un projet de texte prévoit une clause de résiliation afin d’obliger Londres à verser une importante indemnité si elle se retire.

C’est la « clause Farage », du nom du dirigeant du parti d’extrême droite Reform UK, Nigel Farage, dont la popularité augmente ces derniers mois, rappelle la BBC.

La « clause Farage », une « mesure de sécurité »

Cette indemnité comprendrait les coûts de mise en place « des infrastructures et des équipements, du recrutement et de la formation initiaux, afin de mettre en place les contrôles frontaliers nécessaires », rapporte le Financial Times.

Selon un diplomate européen cité par le quotidien, il s’agit d’une « mesure de sécurité visant à assurer la stabilité et à dissuader Farage et ses acolytes ». Car les vingt-sept « souhaitent un accord à long terme et pas seulement jusqu’en 2029, en cas de changement lors des prochaines élections », a-t-il déclaré.

L’accord visant à améliorer les échanges commerciaux sur l’agroalimentaire supprimerait la quasi-totalité des obstacles administratifs liés au Brexit – entré en vigueur en 2020 – auxquels sont confrontés les exportateurs. Il a été plaidé avec force par les organisations professionnelles et industrielles.

Selon une étude des universités d’Aston et de Bristol publiée en 2024, cet accord pourrait augmenter les exportations britanniques de produits alimentaires et de boissons de 22 %. Malgré le Brexit, l’Union européenne s’impose comme le principal partenaire commercial du Royaume-Uni avec 51 % d’importations provenant du Vieux Continent en 2024, détaille Forbes.

Des négociations prévues avec le gouvernement britannique

Pour parvenir à cet accord « food and drink », l’UE pose plusieurs conditions. Le projet de texte – qui doit encore faire l’objet de négociations avec le gouvernement britannique – exige que le Royaume-Uni « s’aligne de manière dynamique et applique simultanément » toutes les législations européennes régissant les produits animaux et végétaux. Le ministre britannique des Relations européennes, Nick Thomas-Symonds, a déclaré que cette législation devrait être mise en place d’ici la fin de l’année 2026.

Le texte ajoute également que le Royaume-Uni devra s’acquitter d’une redevance pour adhérer à cet accord – qui devrait être opérationnel début ou mi-2027. Elle sera calculée « sur la base d’une part proportionnelle des agences compétentes qui administrent les contrôles aux frontières de l’Union européenne sur les importations de végétaux et d’animaux », majorée de 4 % de ce montant à titre de « frais de participation » supplémentaires.

Reform UK et les conservateurs s’opposent déjà à cet accord

Mais l’opposition n’approuve pas cet accord. Reform UK a déclaré au quotidien économique qu’il reviendrait sur cet accord s’il accédait au pouvoir. Nigel Farage a accusé, vendredi, Keir Starmer de « faire tout son possible pour brader notre souveraineté parlementaire, pour brader nos droits d’électeurs ».

Même discours du côté des conservateurs, qui ont promis d’annuler le « terrible accord » du Premier ministre. Ces derniers reprochent une atteinte à l’indépendance juridique britannique et la trahison des résultats de 2016 en faveur de la sortie de l’UE. L’accord n’envisage nullement un retour du Royaume-Uni dans le marché unique des vingt-sept.