À un peu plus de deux mois des élections municipales, le paysage se clarifie à gauche sur Colombes, quatrième commune des Hauts-de-Seine avec plus de 90 000 habitants et seule « grosse » ville gérée par un maire écologiste.
Celui-ci, Patrick Chaimovitch, a justement profité de l’inauguration de son local de campagne ce samedi pour annoncer le ralliement de LFI à sa liste qui regroupe désormais Les Écologistes, LFI, Génération. S, les Motivés pour Colombes, la Gauche républicaine et socialiste ainsi que des « citoyens ».
C’est Jordan Robichon, responsable CGT chez GRDF Île-de-France, qui est le chef de file de LFI à Colombes. L’accord entre Patrick Chaimovitch et les Insoumis a été conclu la première semaine de janvier. « Je suis bien décidé à ramener à Colombes une vraie gauche de rupture. Cette élection marque la véritable arrivée de LFI dans la vie politique locale », insiste-t-il d’emblée. De fait, jusque-là, la formation mélenchoniste était plutôt discrète dans la commune.
Colombes, le 10 janvier. Leader de LFI sur la ville, syndicaliste à la CGT, Jordan Robichon a intégré la liste du maire sortant écologiste Patrick Chaimovitch.
Entouré de représentants de toutes les composantes de sa liste dont plusieurs adjoints sortants, Patrick Chaimovitch reconnaît que « construire une liste n’est jamais simple. En plus, notre équipe sortante est divisée… » Après avoir annoncé repartir au combat au début de l’été, les derniers mois ont été en partie consacrés à rassembler. L’idée était de refaire le coup de 2020, avec une liste de gauche unie derrière lui.
Le PC négocie encore
Combien d’écologistes, d’Insoumis, de Motivés et d’autres sur la liste ? Combien en position éligible ? Et qui aura quelle délégation en cas de victoire ? C’est avec une certaine gourmandise et un sens consommé de la dramaturgie que le maire indique que tout sera dévoilé le 4 février. Seule certitude, cette année, précise Patrick Chaimovitch, « les formations politiques auront davantage de poids dans la liste qu’en 2020, où les citoyens en représentaient la moitié ». Et si tout a l’air en ordre, reste une inconnue : quid des communistes, pourtant bien implantés à Colombes ?
Le suspense ne devrait plus tarder à prendre fin. Après un vote interne qui s’est soldé par une courte victoire des pro-Chaimovitch, le PC devrait rejoindre la liste du maire sortant. Mais pas à n’importe quel prix. « Nous sommes encore en négociation sur le programme, sur notre présence sur la liste, sur les futures délégations et sur la fusion des listes de gauche au second tour », glisse un cadre du PC local.
« Colombes doit rester à gauche, martèle Patrick Chaimovitch. Depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir, les gens en prennent plein la figure. On a besoin de politiques publiques qui ressoudent et ne laissent personne sur le bord de la route. » « Cette liste doit faire barrage à la droite revancharde de Nicole Goueta. Même si elle n’est pas à sa tête, c’est sa liste », renchérit Jordan Robichon.
Si celui-ci compte « gauchiser » la liste, il a cependant dû prendre ses distances avec certains chevaux de bataille de sa formation, comme le désarmement des polices municipales. « À Colombes, elle n’est mêlée à aucune affaire de violence et effectue un vrai travail de proximité. Il ne faut pas la désarmer mais la renforcer », estime le chef de file de LFI.
L’autre absent de marque de la photo de famille de l’union à gauche n’était autre que… le Parti socialiste. Ses militants battaient le pavé un peu plus loin, rue Saint-Denis, tract à la main. Mi-décembre, Valentin Narbonnais, adjoint à la jeunesse, est entré en campagne. Lui aussi revendique une liste d’union avec le PRG, Génération Écologie, Place publique et le groupe Colombes notre force. Rien que le nom de sa liste sonne comme un pied de nez adressé au maire sortant : « Colombes en mieux ».
« On s’est sentis trahis… »
« En 2020, le maire avait promis de ne faire qu’un mandat, il l’avait annoncé à tout le monde et en juillet, il est revenu sur sa parole. Alors oui, on s’est sentis trahis », fulmine le trentenaire. Ajoutez à cela des divergences sur plusieurs sujets comme, dit-il, « l’éthique et la probité », la gouvernance, la gestion du personnel ou encore l’aménagement du territoire, et la rupture était consommée.
Colombes, le 10 janvier. Valentin Narbonnais est le candidat du PS et d’autres formations de gauche, face à l’équipe du maire écologiste sortant.
Un « appel » à sa candidature lancé en juin par l’association Colombes notre force a fini de le convaincre de sauter le pas avec, lui aussi, une partie des adjoints au maire de la majorité sortante. « J’assume notre bilan. J’ai été un adjoint loyal et exigeant mais aujourd’hui, Patrick Chaimovitch fait de la politique politicienne, gronde-t-il. En plus, LFI refuse toute coalition avec le PS. Notre rassemblement est peut-être imparfait mais il est le plus large. »
Ce samedi, un périmètre de quelques centaines de mètres carrés concentrait non seulement les QG de campagne des principaux candidats, mais aussi d’infatigables et dévoués militants de tous bords. Entre militants de clans différents, on se salue, on discute, on plaisante… Si la gauche aligne pour l’instant deux têtes de liste, la droite et le centre, hors RN, n’en sont pas moins divisés avec actuellement quatre candidats.