En parvenant à contenir son inflation, la France a rattrapé ces dernières années une partie de son retard en matière de compétitivité par rapport à ses voisins. Au prix toutefois d’une sévère dégradation de ses comptes publics.

La France regagne un peu de terrain. Comme le soulignent les données de Rexecode relayées par Les Échos, le redressement de la compétitivité tricolore est en marche alors que l’Hexagone s’illustre depuis plusieurs mois par un niveau d’inflation contenu par rapport à ses voisins.

Après Chypre, c’est en effet en France que la hausse des prix a été la plus modérée en décembre, à 0,7% sur un an. Soit bien moins que l’inflation moyenne en zone euro (2%).

Parmi les principales économies de la zone euro, la France a d’ailleurs presque toujours fait partie du club des pays ayant l’inflation la plus basse depuis le Covid, à l’exception de l’année 2023.

Une performance réalisée grâce au soutien massif de l’État pendant les crises sanitaire et énergétique, mais au prix d’une dégradation des comptes publics: « On a beaucoup critiqué la politique budgétaire mais une partie du déficit a financé des mesures de pouvoir d’achat comme les chèques carburant ou le bouclier énergétique qui a permis à la France de freiner les prix », souligne auprès de BFM Business Olivier Redoulès, directeur des études de Rexecode. Avant de mentionner par ailleurs le rôle du « parc nucléaire français et du dispositif Arenh » qui ont participé à amortir le choc sur les prix énergétiques, notamment pour les « entreprises électro-intensives ».

Ailleurs, les aides déployées pour épauler ménages et entreprises ont souvent été plus tardives et moins généreuses. Face à l’envolée des prix énergétiques, l’Allemagne s’est par exemple contentée de verser un chèque à ses citoyens. Et contrairement au bouclier qui a plafonné les prix en France, la distribution de chèques ne fait que soutenir les revenus mais n’a aucun effet sur le niveau d’inflation.

Des revalorisations salariales plus modérées

En contenant la hausse des prix avec sa coûteuse politique de soutien, l’Hexagone « n’a pas connu d’emballement de la boucle prix-salaires« , poursuit Olivier Redoulès.

Le mécanisme est généralement le suivant: dans un contexte d’inflation galopante, les salariés réclament des revalorisations plus importantes. Ce qui conduit les entreprises à augmenter leurs prix pour maintenir leurs marges. En réponse, les salariés exigent de nouvelles augmentations pour préserver leur pouvoir d’achat, et ainsi de suite.

La question macro de la semaine : A-t-on vaincu l'inflation ? - 19/12La question macro de la semaine : A-t-on vaincu l’inflation ? – 19/12

Mais l’inflation ayant été plus faible dans l’Hexagone, les revalorisations salariales ont logiquement été plus modérées que chez nos voisins. À titre de comparaison, le salaire moyen en équivalent temps plein à progressé d’environ 7% dans l’Hexagone entre 2022 et 2024, contre 12,7% en Allemagne et 10,1% en moyenne dans la zone euro, d’après Eurostat.

Gains de compétitivité

Cette inflation mieux maîtrisée et les revalorisations plus modestes qui en découlent sont « surtout une bonne nouvelle pour le positionnement de la France par rapport aux pays européens » puisque cela contribue à améliorer la compétitivité des entreprises tricolores relativement à leurs homologues européennes, rappelle sur BFM Business Denis Ferrand, directeur général de Rexecode.

En témoignent les derniers chiffres d’Eurostat. Si Malte est le seul pays à avoir enregistré une baisse des coûts salariaux horaires au troisième trimestre 2025 par rapport au même trimestre un an plus tôt (-1,4%), c’est dans l’Hexagone que la hausse a été la plus faible (+1,3%). Un niveau près de 3 fois inférieur à celui de l’Allemagne (+3,6%) ou plus généralement à la moyenne de l’UE (+3,5%).

Outre-Rhin, « il y a de fortes pressions salariales qui sont en train de se manifester », souligne sur BFM Business l’économiste Gilbert Cette qui y voit une « opportunité » pour la France car que cela pourrait se traduire à terme par « des gains de compétitivité considérables vis-à-vis de l’Allemagne ».

Une hausse du coût du travail horaire plus modérée en France qu’en Allemagne depuis 10 ans

Mais en réalité, la France a commencé à combler son retard bien avant la crise sanitaire de 2020.

« Depuis plus de 10 ans, on regagne en compétitivité après une période pendant laquelle on a beaucoup perdu », confirme Olivier Redoulès.

L’Insee explique notamment qu’au-delà « des dispositifs adoptés » pour « faire face à la crise sanitaire (exonérations et aide au paiement de cotisations sociales, aides à l’embauche des jeunes et des alternants) » puis à la flambée des prix énergétiques, « la hausse du coût horaire du travail a été modérée en France par la mise en place de différentes mesures » dès les années 2010. Parmi elles: le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) en 2013 ou l’extension de la réduction des cotisations sociales sur les bas salaires en 2019.

Résultat: si les coûts salariaux restent plus élevés dans l’Hexagone par rapport à la moyenne de l’UE, l’écart n’a eu de cesse de se resserrer: « Au total, de 2014 à 2024, le coût du travail horaire en France a augmenté de 25,4%, dont +11,1% entre 2021 et 2024 en raison de la poussée inflationniste », indique l’institut de la statistique. Mais « cette hausse sur dix ans reste plus modérée qu’en Allemagne (+38,2%) et que dans l’ensemble de l’UE (+33,9%) ».

En analysant les données plus en détail, Denis Ferrand remarque de surcroît « qu’en l’espace de 5 ans, il y a 8 points d’écart d’évolution du coût salarial unitaire (ratio entre le coût de la main-d’œuvre et la productivité) dans l’industrie manufacturière entre la France et l’Allemagne, c’est colossal ».

Des gains qui « mettent du temps à se voir »

Cette remontada (toute relative) « est une très bonne nouvelle pour la France, (…) ce sont des chiffres incroyables », salue Gilbert Cette. « Effectivement, c’est plutôt bon pour notre compétitivité parce que cela renchérit moins le prix de nos exports », abonde sur BFM Business Céline Antonin, économiste à l’OFCE.

Mais pour Olivier Redoulès, il faudra se montrer patient avant d’en récolter les fruits: « Ce sont des choses qui mettent du temps à se voir. Quand elles obtiennent des gains de compétitivité-coût, les entreprises commencent par augmenter leurs marges pour investir et embaucher. Cela met du temps à se voir sur les prix ».

À travers l’investissement, ces mêmes gains de compétitivité peuvent aussi se matérialiser par davantage d’innovation. Mais pas avant plusieurs années là-encore, et à condition que de nouvelles mesures fiscales ne viennent pas effacer les progrès réalisés.

« Si on veut être optimiste, on peut se dire que si on maintient nos gains de compétitivité dans la durée on aura un petit avantage », juge Olivier Redoulès.

En attendant, la perte de compétitivité de l’Allemagne, en pleine crise industrielle, « bénéficie à l’Italie » qui a su grignoter des parts de marché grâce à des réformes « structurelles » engagées dans les années 2010 pour redynamiser son industrie, note encore l’économiste. Septième exportateur mondial il y a encore dix ans, notre voisin transalpin s’est récemment hissé sur la quatrième place devant le Japon. La France, elle, est septième.