Le cinéma a accueilli plus de 200 curieux. En majorité des jeunes, mais surtout des passionnés de rap.
Le rap était à l’honneur à Chaumont. Samedi 10 janvier au cinéma A l’affiche, l’événement Geloway 6 était organisé. Le rappeur local Ewen avait invité d’autres amis pour partager le micro. Le but : proposer une session d’enchaînement de couplets au public. La petite subtilité résidait dans le fait qu’aucun artiste ne connaissait la partition instrumentale sur laquelle il s’apprétait à rapper.
Pour Ewen, qui a mis plusieurs mois à élaborer ce show, « on veut montrer qui on est. Et prouver qu’ici aussi il y a une culture et la possibilité de créer des choses ». Jusque-là, ces « Geloway » avaient eu lieu au viaduc, dans le vieux Chaumont ou encore dans la capitale. « Si on est au cinéma, c’est aussi pour parler à tout le monde », exprime-t-il.
Sophieanne, participant d’une émission sur Netflix
Autour de la table, il y avait C Kay, Xobo, Dooky, Big D, Polo Kd, Ewen et Sophieanne. Ce dernier est sans doute le plus célèbre. Il a participé à l’émission « Nouvelle école » sur Netflix. Samedi soir, les spectateurs ont apprécié son énergie et son authenticité.
Avec son look décalé, il tient à rappeler que l’essentiel c’est d’être soi-même, sans se soucier du regard des autres. Les autres viennent tous en majorité de la capitale et ont connu Ewen dans des sessions de battle (« duel » de répartie en direct), des scènes ouvertes ou par réseautage.
Les performances se succèdent derrière le micro. Parfois, une trentaine de secondes et à de multiples reprises, les invités font plus d’une minute, pas mal en improvisation totale. L’objectif est d’être percutant, de se faire connaître, mais aussi véhiculer quelques messages. Quand certains « emmerdent l’algorithme », d’autres « ne font pas du rap pour qu’on l’écoute, mais pour qu’on le réécoute ». Quelques punchlines peuvent aussi retenir l’attention. On sait que le rap est porte-drapeau des minorités. « J’aime la Palestine, j’aime pas les States », exprime durant son passage Xobo. Comme bon outil de dénonciation des extrêmes, le hip hop est aussi très utile. Big D le dit lui-même : « J’aime pas les racistes, mais j’adore leur parler mal ». Quelques références sont faites à leurs modèles comme Médine, Youssoupha ou d’autres.
Et même quand certains oublient leurs mots ou trébuchent sur des phrases, ils sont aussitôt encouragés par le public. En sortant, les jeunes sont subjugués. Un enfant d’une dizaine d’années « a adoré voir de ses yeux un mini-concert ».
A 22 ans, Ewen a donc fait plus pour la culture urbaine chaumontaise que certains responsables politiques.
Julien Voirin