C’était un soir d’avril 2023, à Brest, devant le bar Le Voltaire, implanté à l’angle des rues Traverse et Voltaire. Deux jeunes hommes invectivent un habitué des lieux, Charles Kermarec. Il y a des noms d’oiseaux mais aussi des accusations explicites d’agression sexuelle. L’altercation sidère plusieurs témoins. Charles Kermarec, aujourd’hui âgé de 70 ans, est une figure de la cité du Ponant, conseiller municipal et vice-président de Brest Métropole, délégué aux équipements sportifs et au nautisme.
Enquête éclair
Son image d’élu jovial et débonnaire va se lézarder. Sa chute va suivre : informé, François Cuillandre, maire de Brest, émet un signalement auprès du procureur, comme le prévoit l’article 40 du code de procédure pénale. Charles Kermarec démissionne mais le cours de la justice est en marche. Le 25 mai 2023, le procureur diligente des investigations. La police judiciaire mène une enquête éclair. Et pour cause : les deux jeunes gens qui ont insulté Charles Kermarec devant Le Voltaire sont ses neveux.
Un ado fragilisé par le divorce de ses parents
Guillaume (*) est l’un d’eux. Il va raconter avoir été victime d’agressions sexuelles et de viols. Les premiers faits remontent à l’année 2005. Il a 14 ans. Il est fragilisé par le divorce de ses parents et se rapproche de son oncle et de sa tante. Deux ans plus tard, l’épouse de Charles Kermarec décède. Ce dernier prend Guillaume sous son aile, l’amène dans les bars, et se montre très permissif, voire incitateur, sur la consommation d’alcool de l’adolescent. À l’époque, la mère de Guillaume vit seule. Harassée, elle travaille beaucoup pour maintenir son foyer financièrement à flot. Elle ne s’inquiète pas, voire se félicite que son fils ait trouvé une figure paternelle de substitution.
« Impressionnable et influençable »
Guillaume dort souvent chez son oncle, de 36 ans son aîné. C’est lors de ces nuits qu’il relate des agressions sexuelles en nombre. Il se souvient aussi d’un viol. Les faits se seraient poursuivis sur cinq ans et auraient aussi eu lieu lors de voyages au côté de son oncle, à New York, en Corse et à Agadir, au Maroc. Guillaume, décrit comme « particulièrement impressionnable et influençable » par un psychologue, s’en ouvre à des proches en 2018 mais ne trouve pas les ressources pour déposer plainte.
« Libéré » d’avoir parlé
Difficile de se défaire d’un oncle qui l’inonde de textos, qui lui achète son premier portable, lui finance son permis de conduire et lui fait bien d’autres cadeaux, tout en le soumettant à un chantage affectif incessant, en coupant, par exemple, sa ligne téléphonique dès que le comportement de l’adolescent ne va pas dans son sens… Selon nos informations, Guillaume s’est dit « libéré » d’avoir parlé. Les enquêteurs ont entendu l’autre neveu de Charles Kermarec qui, lui aussi, l’avait insulté en avril 2023, devant Le Voltaire. Il rapporte une agression sexuelle, chez l’élu, qu’il était parvenu à repousser.
Faits reconnus
Une troisième victime, filleul du mis en cause, a été identifiée par la PJ. Là encore, Charles Kermarec lui avait offert de nombreux verres d’alcool dans un bar de Brest, avant d’insister pour qu’il dorme chez lui. « C’était la première cuite de ma vie », a dit le garçon aux policiers. Au cours de la nuit, il a senti quelqu’un lui caresser le bas-ventre. En panique, il a reconnu son parrain dans l’obscurité et s’est enfui. Placé en garde à vue, le 7 juin 2023, Charles Kermarec a reconnu les deux agressions sexuelles et finalement admis, devant le juge d’instruction, les faits de viol et atteintes sexuelles à l’encontre de Guillaume.
Vingt ans de réclusion encourus
En détention provisoire depuis le 8 juin 2023, l’ex-élu brestois sera jugé, de mercredi à vendredi, par la cour criminelle départementale du Finistère, pour viols incestueux et atteintes sexuelles incestueuses commis par une personne ayant autorité sur la victime. Laurence Delhaye, magistrate nantaise expérimentée, présidera l’audience. L’accusé sera défendu par Me Bertrand Labat. Me Elma Kraisnik portera la voix des parties civiles. Charles Kermarec, décrit par certains témoins comme quelqu’un qui, du fait de son statut d’élu, se sentait dans une bulle d’impunité, encourt 20 ans de réclusion.