1 Quel est le statut exact du Groenland ?

Le statut du Groenland suscite régulièrement interrogations et approximations en Europe.
Pour certains, il s’agirait d’une ancienne colonie. Pour d’autres, d’une région danoise lointaine. Pourtant, la réalité est plus subtile. Le Groenland est aujourd’hui un territoire autonome, juridiquement distinct, rattaché à un État membre de l’Union européenne… tout en étant en dehors de l’UE.
Cet article propose donc une explication claire, factuelle et précise de ce statut unique, souvent mal compris, mais pourtant essentiel pour comprendre les équilibres politiques en Europe et dans l’Arctique.

Le Groenland : un pays à part en Europe

Le Groenland, appelé Kalaallit Nunaat en groenlandais, est la plus grande île du monde. Il est situé entre l’Amérique du Nord et l’Europe, au cœur de l’Arctique. Sa population atteint environ 56 000 habitants (globalement la ville de Vannes / Gwened), majoritairement inuits, concentrés le long de la côte sud-ouest. La capitale, Nuuk, concentre à elle seule près d’un tiers de la population.

Cependant, le Groenland n’est ni un État indépendant ni une simple région administrative. Il dispose de ses propres institutions politiques, d’une langue officielle unique, le groenlandais, et d’une identité nationale clairement affirmée. Cette singularité est au cœur de son statut juridique actuel

Un rattachement ancien au Danemark, mais une intégration incomplète

Le Groenland est rattaché au Danemark depuis plusieurs siècles. Longtemps administré comme une colonie, il a été intégré au royaume danois au XXᵉ siècle. Toutefois, cette intégration n’a jamais été pleinement assimilable à celle d’un territoire continental.

En 1979, le Groenland obtient un premier niveau d’autonomie avec la mise en place du Home Rule. Ce transfert de compétences marque une rupture importante. Puis, en 2009, une nouvelle étape est franchie avec la loi d’autonomie renforcée (Self-Government Act).
Désormais, le Groenland gère presque toutes ses affaires internes : éducation, santé, fiscalité, culture, aménagement et ressources naturelles.

Le Danemark conserve néanmoins certaines compétences régaliennes. La défense, la politique étrangère et la monnaie restent de son ressort. Cette répartition asymétrique illustre bien la nature particulière du lien entre les deux entités.

Le droit à l’autodétermination : un fondement juridique essentiel

L’un des éléments les plus déterminants du statut du Groenland réside dans la reconnaissance explicite de son droit à l’autodétermination. La loi de 2009 reconnaît le peuple groenlandais comme un peuple à part entière, disposant du droit de décider de son avenir politique.

Concrètement, cela signifie que le Groenland peut accéder à l’indépendance par la voie démocratique, via un référendum local. Cette disposition est exceptionnelle en Europe. Elle distingue fondamentalement le Groenland des régions autonomes classiques, qui ne disposent pas d’un tel droit reconnu par l’État dont elles dépendent.

Ainsi, le Groenland n’est pas simplement autonome sur le plan administratif. Il est aussi doté d’une capacité politique potentielle, juridiquement encadrée.

Le Groenland et l’Union européenne : une relation singulière

Lorsque le Danemark rejoint la Communauté économique européenne en 1973, le Groenland y entre automatiquement. Cette intégration suscite toutefois de fortes réticences locales. La politique européenne de la pêche, en particulier, est perçue comme incompatible avec les intérêts économiques groenlandais.

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En 1982, un référendum est organisé. Les Groenlandais votent majoritairement en faveur de la sortie de la CEE. Cette décision conduit à un retrait effectif en 1985.
Depuis cette date, le Groenland n’appartient plus à l’Union européenne. Le Brexit n’était donc pas une première.

Aujourd’hui, le Groenland bénéficie du statut de PTOM (Pays et Territoire d’Outre-Mer). Il n’est donc pas soumis au droit européen, mais reste lié à l’UE par des accords spécifiques, notamment en matière de pêche et de coopération économique.
Ce statut intermédiaire illustre, une fois encore, la singularité de sa position.

D’autres pays ont ce statut, comme la Polynésie dite « française », la Kanaky (Nouvelle Calédonie), Saint Pierre et Miquelon et Wallis et Futuna.

Pourquoi le Groenland a pu sortir de l’UE… et pourquoi c’est une exception

La sortie du Groenland de la CEE n’est pas un précédent facilement transposable. Elle a été rendue possible par plusieurs facteurs cumulatifs.
D’abord, le Groenland ne constituait pas une partie intégrante du Danemark au sens constitutionnel strict. Ensuite, il disposait déjà d’institutions politiques propres. Enfin, son statut distinct était reconnu par les autorités européennes.

Ces éléments ont permis l’organisation d’un référendum local aux effets juridiques concrets. À l’inverse, les régions pleinement intégrées aux États membres de l’UE ne disposent pas d’un tel levier.
Le Groenland constitue donc une exception juridique, souvent citée, mais rarement comprise dans toute sa complexité.

Le poids du passé colonial dans le débat contemporain

Le débat politique groenlandais est également marqué par un lourd héritage colonial. Entre les années 1960 et 1970, des politiques danoises ont conduit à des pratiques aujourd’hui reconnues comme graves, notamment des campagnes de stérilisation forcée visant des femmes groenlandaises.

Ces faits ont été officiellement reconnus par le Danemark dans les années 2020. Ils ont profondément marqué la société groenlandaise.
Aujourd’hui encore, cette mémoire alimente les revendications en faveur d’une souveraineté accrue, voire de l’indépendance, en particulier chez les jeunes générations.

Un pays devenu stratégique à l’échelle mondiale

Au-delà de son statut institutionnel, le Groenland occupe désormais une place centrale dans les équilibres géopolitiques mondiaux. Les modifications climatiques ouvrent progressivement de nouvelles routes maritimes en Arctique. Par ailleurs, le sous-sol groenlandais recèle d’importantes ressources naturelles, notamment en terres rares.

Les États-Unis y disposent d’une présence militaire stratégique, avec la base de Pituffik (anciennement Thulé), essentielle pour la surveillance et la défense en Arctique.
Cette importance stratégique explique l’attention croissante portée au Groenland par les grandes puissances.

Le Groenland, une exception juridique européenne

Le Groenland est aujourd’hui un territoire autonome, juridiquement distinct, rattaché au Danemark mais situé hors de l’Union européenne. Son droit à l’autodétermination, reconnu noir sur blanc, le place dans une catégorie à part en Europe.
Ni région classique, ni État souverain, il incarne une construction politique originale, issue de l’histoire, du droit et de la géographie.

Comprendre le statut du Groenland, c’est donc éviter les comparaisons hâtives et saisir toute la complexité des relations entre autonomie, souveraineté et intégration européenne.

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Comparaison économique : Alaska et Groenland

Territoire Population PIB global PIB par habitant Alaska ~740 000 habitants ~55–60 milliards € ~73 000–78 000 € Groenland ~56 000 habitants ~2,7–3 milliards € ~50 000–55 000 €

Pour rappel :

Bretagne ~5 000 000 habitants ~180–190 milliards € ~35 000–37 000 €

Ce graphique montre clairement pourquoi les comparaisons basées uniquement sur le PIB par habitant peuvent être trompeuses. Dans des territoires très faiblement peuplés comme le Groenland ou l’Alaska, quelques secteurs spécialisés ou des transferts publics suffisent à tirer les moyennes vers le haut. À l’inverse, la Bretagne repose sur une économie beaucoup plus large, diversifiée et structurelle, ce que reflète son PIB global nettement supérieur.