Qui est Kyrylo Boudanov, l’ancien chef du renseignement ukrainien promu par Zelensky?
L’annonce de son départ intervient alors que de nombreuses rumeurs circulaient. Selon les médias ukrainiens, ce dernier aurait d’abord refusé de démissionner. Face à Volodymyr Zelensky, il aurait affirmé que d’importantes missions du SBU étaient presque achevées et qu’il serait « criminel » d’abandonner son poste. Mais, voyant la tension s’accentuer avec le président ukrainien, le chef du SBU aurait finalement accepté de quitter ses fonctions. Il est remplacé ad interim — en attendant l’approbation du Parlement ukrainien — par Ievgeniï Khmara, chef de l’unité « Alpha » du SBU et bras droit de Vassyl Maliouk.
Quelles conséquences ?
De nombreux experts militaires craignent que le moment choisi par Volodymyr Zelensky pour opérer cette transition ne soit pas le bon et que cela affaiblisse le SBU. « Militairement parlant, ce changement pourrait s’avérer sensible, nous le verrons dans les prochaines opérations », souligne Victoria Vdovychenko, coresponsable de programme au Centre de Géopolitique de l’Université de Cambridge.
Cette démission a par ailleurs généré une onde de choc en Ukraine en raison du statut de héros de guerre dont jouit Vassyl Maliouk, notamment grâce au succès de l’opération Spiderweb. Victoria Vdovychenko se montre toutefois nuancée sur les véritables effets de cette passation de pouvoir. « Une personne n’est pas responsable à elle seule du succès d’une opération. Spiderweb n’a pas été conçue uniquement par Maliouk, même si c’était sous son autorité, d’autres personnes étaient impliquées. » Elle rappelle également qu’il sera toujours impliqué dans le « contrôle managérial » de l’agence.
Si plusieurs commandants militaires — Prokopenko, Drapatiy, Brovdi, Biletsky et Obolensky — se sont opposés au départ de Vassyl Maliouk, sa démission ne devrait avoir qu’une faible influence sur les troupes ukrainiennes, selon Victoria Vdovychenko. « Nous avons des unités très autonomes et très locales. Certaines sentiront la différence, notamment au niveau intermédiaire du commandement. Mais les petites unités ne devraient pas sentir de pression. »
Une mesure de représailles ?
Au sein du cercle rapproché de Vassyl Maliouk, l’hypothèse que cette demande de démission soit en réalité une vengeance fleurit. Pour beaucoup, il paierait son manque de loyauté envers Andriy Yermak, l’ancien chef de cabinet du président. Ce dernier, visé par un important scandale de corruption, a en effet dû quitter son poste en novembre dernier après des perquisitions menées à son domicile.
Mais pour Victoria Vdovychenko, cette décision arrive à un moment « opportun ». « Sur le plan communicationnel, Volodymyr Zelensky a réaffirmé son pouvoir et a montré qu’il est prêt à faire tout ce qui est nécessaire pour changer ce qui a mené à un monopole de pouvoir comme ce fut le cas pour Yermak. Les mesures pour remplacer la direction ou certains soutiens d’institutions clés ne sont pas forcément perçues négativement. Au contraire, c’est plutôt l’inverse », explique-t-elle.
Victoria Vdovychenko pointe cependant le risque d’instrumentalisation de cette nouvelle par le Kremlin. « Ils vont certainement présenter cela comme un échec, ce qui n’est pas le cas. C’est ainsi que fonctionne la machine de propagande : elle s’emploie à saper tout et n’importe quoi, y compris ce qui peut être à la fois positif et négatif. »