« Nous sommes aujourd’hui dans une situation très compliquée. » C’est le triste constat posé par Vincent Millereux, directeur exécutif du Toulon Métropole Var Handball. Un club qu’il avait laissé, selon ses mots, « sain » en juin 2023, avec des comptes à l’équilibre et une trésorerie positive. Deux ans plus tard, le paysage a radicalement changé.
Au 30 juin, le déficit d’exploitation avoisine les 300 000 €. Quatre mois plus tard, au 31 octobre, le passif atteint près de 400 000 €. Une dérive financière qui a conduit la Commission nationale de contrôle et de gestion (CNCG) à frapper le club d’une pénalité de cinq points. Une sanction attendue.
« On savait que la CNCG devait appliquer le règlement. On craignait même quelque chose de plus lourd », reconnaît Perrine Paul, aujourd’hui présidente du club, après avoir été à la tête de la SASP (Société anonyme sportive professionnelle) jusqu’en juin 2023.
La crise du Toulon Métropole Var Handball révélée dans l’urgence
Le basculement intervient le 14 octobre dernier, lorsque l’ancien président, Thierry Durand, annonce sa démission à l’actionnaire et à l’association. Dans le même message, il indique ne plus être en mesure de payer les salaires du mois d’octobre. « Ça a été extrêmement brutal », retrace Vincent Millereux, revenu à la tête du club en novembre 2025.
Deux jours plus tard, une réunion avec l’expert-comptable met au jour une situation assimilable à une banqueroute.
« Le club n’était plus capable de faire face à ses engagements. Il fallait se préparer, potentiellement, à un dépôt de bilan. »
Pour Perrine Paul, l’ampleur de la crise n’avait pas été perçue plus tôt. « On savait que c’était compliqué, mais pas à ce point-là. Depuis l’automne 2024, il y avait des problèmes de trésorerie, mais la trésorerie n’est qu’un symptôme. »
© A. Assante – Le Palais des sports de Toulon peut recevoir jusqu’à 4 985 personnes. « Une gestion à la dérive » selon Perine Paul et Vincent Millereux
En reprenant les rênes, la nouvelle gouvernance découvre une organisation profondément désorganisée. Factures impayées, fournisseurs mécontents, documents comptables introuvables. « On a retrouvé des saisies administratives datant de novembre 2024, non ouvertes, dans des tiroirs », déplore le directeur exécutif.
Le rapport du commissaire aux comptes fait, en effet, état de plus de 50 000 € de charges sans justificatifs comptables.
Autre élément marquant : l’application bancaire du club installée sur le téléphone personnel d’un salarié administratif, avec les codes d’accès : « C’est magique ! », ironise-t-il.
À cela s’ajoute une perte progressive des compétences clés. Responsable administratif et responsable commercial ont été remerciés. « Le club a perdu toute rigueur. Il y avait des gens très passionnés de handball, mais pas des gestionnaires. »
Perrine Paul abonde : « Le rôle d’un président, ce n’est pas de tout faire, mais de bien s’entourer. Or le club avait perdu les compétences nécessaires au sport professionnel, notamment sur l’administratif et le commercial. »
Une situation qui pourrait avoir des suites judiciaires
Face aux anomalies constatées, une suite juridique est envisagée. « Il y a un manque d’honnêteté. On a découvert des éléments graves », affirme Vincent Millereux. L’association actionnaire et la société sportive travaillent avec des avocats et un rendez-vous avec un avocat pénaliste est prévu.
« On doit des explications aux collectivités, aux partenaires, à tous ceux qui s’engagent aujourd’hui dans le plan de relance », insiste-t-il.
Le soutien des collectivités et un plan de relance
Le salut du club est passé par une réunion décisive, le 5 novembre dernier, avec les élus de la Métropole Toulon Provence Méditerranée, du Département du Var et de la Ville de Toulon. La nouvelle gouvernance y expose la situation sans détour. « Les collectivités connaissaient le travail que nous avions mené entre 2019 et 2023 pour structurer le club. Cela a compté », souligne le dirigeant.
En parallèle, le dialogue est renoué avec les partenaires privés, alors que le club en avait perdu plus de la moitié en deux ans. Un plan de sauvetage est finalement acté, reposant sur l’appui des collectivités et l’engagement de deux partenaires privés solides, qui communiqueront « ultérieurement ».
« Il n’y avait que deux options : un plan de relance capable de couvrir le passif, ou la cessation de paiement », résume la présidente.
« Remettre de la rigueur administrative »
Sportivement, la situation reste tendue. Toujours onzième, le Toulon Métropole Var Handball se retrouve désormais à égalité de points de la zone de relégation, dans une saison où l’élite du hand féminin va passer de 14 à 12 clubs.
La priorité est désormais claire : sécuriser la saison 2025-2026 et préparer 2026-2027, sous une surveillance financière renforcée. Le club a été entièrement restructuré, avec notamment le recrutement d’un nouveau commercial.
« Nous devons remettre de la rigueur, en commençant par l’administratif », insiste Perrine Paul. Malgré quatre défaites consécutives, la nouvelle gouvernance veut croire à un rebond. Vincent Millereux en est certain : « Il y a de l’énergie, des sourires. Le meilleur reste à venir ».