Au fil des jours, le constat s’impose doucement mais sûrement : la recomposition politique britannique s’accélère et Reform UK consolide sa dynamique dans les sondages. Dernier ralliement en date : l’ancien ministre des Finances conservateur Nadhim Zahawi a annoncé, ce lundi, rejoindre le parti anti-immigration de Nigel Farage. Cette défection de haut niveau fragilise un peu plus les Tories, lourdement battus par les travaillistes en juillet 2024.

Ancien président du Parti conservateur et figure familière de l’appareil gouvernemental, Nadhim Zahawi a justifié son choix en dressant un tableau alarmiste de la situation du pays. Le Royaume-Uni serait, selon lui, entré dans une période « sombre et dangereuse » et aurait « besoin de Nigel Farage comme Premier ministre ». Une prise de position forte, formulée lors d’une conférence de presse à Londres, aux côtés de celui qui fut l’un des principaux artisans du Brexit.

« Je suis inspiré par sa volonté de dire des vérités difficiles plutôt que de se cacher derrière un mensonge confortable », a notamment déclaré Nadhim Zahawi, soulignant son adhésion à la ligne politique assumée de Reform UK. Cette déclaration intervient alors que le parti de Nigel Farage caracole en tête des intentions de vote en vue des prochaines élections législatives prévues en 2029, selon plusieurs enquêtes d’opinion.

Un parfum Maga

Sur le plan politique, cette dynamique souligne l’effondrement des conservateurs, restés au pouvoir pendant quatorze ans avant leur défaite face au Labour. Reform UK devrait également engranger des gains significatifs dès les élections locales de mai, notamment en Écosse, au pays de Galles et dans plusieurs régions d’Angleterre.

La réaction des conservateurs ne s’est pas fait attendre. Un porte-parole a estimé que Reform UK était « en passe de devenir le parti des politiques has been », rappelant par ailleurs que Nadhim Zahawi avait lui-même qualifié Nigel Farage de « raciste » par le passé. Un épisode britannique qui n’est pas sans rappeler les péripéties du mouvement Maga aux États-Unis avant l’élection de Donald Trump.

Pour les milieux économiques, cette montée en puissance nourrit des interrogations sur l’avenir budgétaire et commercial du pays. Le parcours de Nadhim Zahawi reste toutefois controversé : limogé en 2023 pour des démêlés fiscaux, il est le vingtième cadre des Tories à rejoindre Reform UK. Né en Irak et naturalisé britannique, il a occupé le poste de chancelier de l’Échiquier entre juillet et septembre 2022, à la toute fin du mandat de Boris Johnson, une période marquée par une forte instabilité économique et politique.

Incertitude économique

Au-delà des jeux d’appareils, les positions économiques de Nigel Farage continuent d’inquiéter une partie des acteurs du marché. Lors de la même conférence de presse, il a réitéré son opposition à tout rapprochement avec l’Union européenne, alors que le Premier ministre travailliste Keir Starmer envisage un alignement accru sur certaines règles du marché unique. Pour les investisseurs, cette radicalité assumée renforce l’incertitude sur la trajectoire économique du Royaume-Uni à moyen terme, à mesure que le parti confirme sa percée électorale.

Le leader de Reform UK a également vivement réagi à des informations de la presse britannique évoquant l’existence d’une « clause Farage » dans un accord agroalimentaire entre Londres et Bruxelles, destinée à empêcher une renégociation en cas d’alternance politique. Une telle disposition serait, selon lui, « traître » et « contraire à l’intérêt national ».