Par

Mathieu Charré

Publié le

12 janv. 2026 à 17h37

Il a voulu s’évader pour retrouver sa grand-mère décédée. Lundi 12 janvier 2026 au tribunal judiciaire de Rouen, un détenu incarcéré à la prison Bonne-Nouvelle, au lourd passé judiciaire, comparaissait pour une tentative d’évasion datée du 8 novembre 2025.

Une évasion pour retrouver sa grand-mère décédée

Ce samedi-là, d’après l’enquête administrative découlant des faits, le détenu est incarcéré à l’unité hospitalière de Bonne-Nouvelle, où il tente plusieurs fois de partir en promenade avec plusieurs pantalons et serviettes sur lui. Une fois ces affaires confisquées, il est finalement autorisé à prendre l’air. À l’époque, des travaux de toiture ont lieu à la maison d’arrêt, et des palissades sont érigées dans la cour.

C’est une autre serviette, trouvée dans cette cour, qui aurait permis au détenu de passer une première palissade en se protégeant des barbelés. Une deuxième palissade franchie, le voilà sur le chemin de ronde, où un surveillant constate sa présence et déclenche l’alarme pour tentative d’évasion.

La vidéosurveillance et le témoignage d’autres prévenus confirmeront le déroulement des faits. À ce surveillant qui l’a repéré, le détenu aurait déclaré avoir rêvé de sa grand-mère, qu’il souhaite aller voir depuis qu’un co-détenu lui a annoncé sa mort, déclenchant son envie de s’échapper.

Un lourd passé judiciaire et des troubles schizophréniques

Français d’outre-mer, célibataire et sans enfants à 40 ans, le détenu est un multi-récidiviste, condamné neuf fois entre 2005 et 2023, dont trois fois pour des faits de viol. En l’état, sa fin de peine est estimée pour avril 2050. Faut-il l’alourdir après cette tentative d’évasion manquée ? Et surtout, était-il conscient de ses actes ce 8 novembre ?

Une expertise psychiatrique réalisée sur le détenu lui prête « des troubles schizophréniques, associés à des conduites addictives et des troubles du comportement. » Cette tentative d’évasion serait une conduite de mise en danger vis-à-vis de lui-même, dans un moment où son discernement était aboli.

Tout au long de l’audience, le prévenu semble avoir du mal à suivre les débats, paraît perdu et peine à s’exprimer. « J’ai pas compris » est la phrase qu’il répète le plus souvent. « Je n’étais pas bien, quand j’ai appris la nouvelle (sur sa grand-mère, NDLR), j’ai pas compris. C’est compliqué. Je ne pensais qu’à ma grand-mère, à rien d’autre. Je voulais juste savoir. » La nouvelle était-elle vraie ? « Ma mère me l’a confirmé », annonce-t-il, regard vide.

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Le détenu confirme prendre un triple traitement tous les jours, quand la psychiatre considère que « son adhésion au traitement est aléatoire », comprendre irrégulière. Et qu’une amélioration des symptômes pourrait avoir lieu s’il était plus assidu.

Pour le Procureur, les faits reprochés ne méritent pas de condamnation supplémentaire, au vu des conclusions de l’experte indiquant son irresponsabilité au moment des faits. L’avocat du prévenu abonde, demandant à la cour de se poser la question d’une hospitalisation.

Si ses réponses aujourd’hui semblent cohérentes, c’est peut-être parce que je l’ai un minimum préparé. D’habitude, vous pouvez lui poser la même question 10 minutes et il peut répondre complètement à côté.

Avocat du prévenu

Quand la Présidente demande au détenu s’il a un dernier mot, il tente : « Je pense à ma grand-mère, j’ai pas trop compris tout ce qui s’est dit, j’ai pas vraiment… » Il n’ira pas plus loin. Après délibération, le tribunal le juge coupable de cette tentative d’évasion, mais irresponsable pénalement, le considérant « atteint d’un trouble ayant aboli son discernement et le contrôle de ses actes. »

Comprend-il la différence ? Le prévenu fait non, de la tête. « À la différence des autres condamnations que vous avez pu avoir, un médecin explique qu’on ne peut pas vous sanctionner, parce que vous aviez un trouble psychiatrique au moment des faits », précise la Présidente. Cette fois le prévenu semble comprendre. Il est incité à suivre son traitement. Ce sera au Préfet d’établir si une hospitalisation est nécessaire.

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