Car s’il a toute de même réuni à deux reprises la soixantaine de colistiers requise (1), obtenant 2,79 % en 2014 (2 128 voix, mieux que Poutou à l’époque), puis 0,96 voix en 2020 (527 voix), « j’ai très peu de chances de devenir maire », convient l’intéressé, en toute lucidité. « Mais c’est l’occasion de faire avancer des idées. » Et qui mieux qu’un guide pour observer sa ville, ses travers, ses conflits d’usage ? « Tout est lié. Un policier municipal ou un éboueur pourrait dire la même chose : on a un œil sur la propreté, la circulation, la mise en valeur des monuments et le bien-être des gens en général. »
Saltimbanque
En quarante-cinq ans ès qualités « guide officiel », Yves Simone n’a cessé de « ramener sa fraise », dit-il, à l’office de tourisme, suggérant ici et là quelques idées qu’il considérait frappées du bon sens, et essuyant invariablement des fins de non-recevoir. « Sois guide et tais-toi », très peu pour lui. Yves Simone n’allait donc pas la mettre en sourdine la retraite tout juste sonnée, « depuis trois mois » – il assure encore des visites à son compte. À 67 ans, ce « saltimbanque » revendiqué, plus original qu’hurluberlu, a « retravaillé » la centaine de points qui figurait dans ses précédents programmes.
« On dit que tout est politique. Mais, dans une ville, tout est patrimoine »
En ces temps de végétalisation urbaine, lui met dans la balance les 26 hectares du cimetière de la Chartreuse, « une idée toute bête ». Sait-on que le plus vieux cimetière de Bordeaux était jadis très arboré ? Par nécessité, « 1 800 arbres ont été coupés sous l’Occupation ». Yves Simone l’assure, dans l’entre-deux-tours 2020, il avait annoncé son vote pour Pierre Hurmic après une rencontre entre les deux hommes, moyennant la reprise d’une poignée de propositions, dont la végétalisation de la Chartreuse. L’affaire en est restée là.
Tunnel « pharaonique »
Yves Simone dit miser sur le civisme face à la problématique de la propreté. Un « défi civique », dit-il, qui permettrait de « tirer les comportements vers le haut », de responsabiliser « ceux qui dégueulassent » en mettant dans la balance des événements culturels comme l’ouverture de la bibliothèque municipale la nuit. Vœu pieux ? Citons aussi une ouverture au public digne de ce nom du Grand-Théâtre, édifice qui plafonne à 5 000 visiteurs par an, le nécessaire élagage d’arbres, sur les 300-400 mètres de rive gauche, les places Saint-Projet ou Gambetta, pour redécouvrir les façades qui les bordent : « Tout en faisant de l’ombre, la végétalisation doit se mettre au service de l’architecture. »

L’illustration du « tunnel routier » imaginé par Yves Simone entre la place de la Bourse et les Quinconces.
Visuel Kowen Gautier
« À l’international », Yves Simone plaide pour le financement d’un « lycée ou de dispensaires à Haïti ». « Un vrai geste réparateur » eu égard au passé négrier du port, et qui vaut selon lui davantage que les « six salles » du musée d’Aquitaine consacrée à l’esclavage. Reste le morceau de bravoure : un tunnel routier entre la place de la Bourse et les Quinconces qui offrirait à la ville une immense esplanade, agrémentée de jardins français et ouverte sur le fleuve, flamboyant visuel à l’appui (visible sur yvessimone2026.com). Un « projet pharaonique », Yves Simone l’assume, mais il ne s’est d’ailleurs tout de même pas risqué à le chiffrer. Avis aux urbanistes de la fin du siècle : « Ça se fera dans cinquante ans », veut croire le guide, bravache.
« Du pas cher au très cher », sourit donc celui qui fait du patrimoine, niche supposée, « dans l’angle mort des autres candidats », la base d’un programme électoral. « On dit que tout est politique. Mais, dans une ville, tout est patrimoine. » Le porte-voix des vieilles pierres n’a pas grand-chose à y gagner, lui qui avait dépensé, sur ses propres deniers, 8 000 euros pour la campagne 2020, sans compter un passage devant le Conseil d’État pour une irrégularité liée à une dépense d’imprimerie – le rapporteur public avait in fine reconnu « une absence de malhonnêteté ». « D’autres achètent une voiture, une belle maison, moi, ma berceuse, c’est Bordeaux. »