C’est aussi en toute logique que ce programme sera joué par le quatuor Prométhée. Formé en 2010 par Renaud Largillier (premier violon), Reiko Ikehata (alto) et Claire Berlioz (violoncelle), et complété par Milena Lagresle (deuxième violon), ce quatuor fait partie des formations satellites de l’Opéra. Il a notamment créé des œuvres du jazzman Baptiste Trotignon ou de la compositrice contemporaine Diana Soh. Rencontre.
Hölderlin n’est pas le seul grand écrivain à avoir vécu à Bordeaux. Qu’a-t-il qui justifie qu’on associe un programme musical à sa poésie ?
Hölderlin a influencé de nombreux compositeurs. Britten ou Brahms, avec son « Chant du destin », ont mis certains de ses poèmes en musique. Il a eu une vie riche, marquée par sa croyance dans les idéaux de la Révolution française, son expérience de la guerre ou de la folie. Tout cela sera relié à des œuvres de Chostakovitch ou Hindemith. Mais nous jouerons aussi des musiciens dont il a été contemporain, comme Mozart ou Beethoven. Et même l’hymne allemand, dont la musique a été composée par Haydn. Le tout, en alternance avec des lectures de textes.

Friedrich Hölderlin en 1792, dix ans avant sa venue à Bordeaux.
Documentation SO
Un programme comme celui-ci pose-t-il des difficultés en termes d’interprétation ?
La principale difficulté, c’est de rentrer dans les œuvres sans être dans la logique d’une suite de mouvements, comme avec un programme classique. Là, on a un patchwork de pièces musicales qui n’ont pas été pensées pour s’enchaîner les unes avec les autres. Une fois, il est question d’amour ; une autre, de guerre, et on doit tout de suite rentrer dans l’état d’esprit de chaque œuvre en s’inspirant du texte qui a été lu juste avant. C’est un peu comme si on zappait d’une émission à l’autre à la télévision.

Décédé en juin 2025, le musicologue et conférencier Robert Pierron était un collaborateur régulier de l’Opéra de Bordeaux.
Archives SO
Illustrer la pensée d’un écrivain en musique, c’est un pari ?
C’est le pari qu’a fait Robert Pierron, et nous n’avons pas eu le temps de rediscuter ces choix avant qu’il décède. Robert était un puits de science comme on en voit rarement. Il devait avoir une thèse entière sur Hölderlin. On avait le squelette de son projet ; il a été reconstitué par Claude Boischot [le délégué général de l’orchestre, NDLR]. Nous ne savons pas s’il est exactement conforme à ce que voulait Robert mais nous avons essayé de rester au maximum dans la trame qu’il avait tracée. Ce concert lui sera dédié.