1 Un décalage avec la sociologie brestoise ?

Brest disposait jusque-là de plusieurs galeries d’art. Mais depuis décembre 2024, plusieurs autres se sont installées, la plupart autour de Siam, secteur déjà pourvu. En décalage avec la sociologie de la ville ? Pas forcément. « Il y a une clientèle ici pour les galeries d’art », estiment ces professionnels. D’abord, ce quartier n’est pas le plus pauvre de Brest. Surtout, des communes alentour (Plougastel-Daoulas, Le Relecq-Kerhuon par exemple) ont une population en moyenne plus aisée. Et puis Brest voit passer de plus en plus de touristes. « Je ne ferme plus en août », note Brigitte Cordelle, de la librairie-galerie Antinoë, axée sur l’archéologie.

Pierre Henri Argouarch a ouvert une galerie d’art au port de Brest, début décembre 2025, avec le soutien d’une consœur, Françoise Patris, à la tête d’une autre, rue Émile-Zola au centre-ville.Pierre Henri Argouarch a ouvert une galerie d’art au port de Brest, début décembre 2025, avec le soutien d’une consœur, Françoise Patris, à la tête d’une autre, rue Émile-Zola au centre-ville. (Photo Le Télégramme/David Cormier)2 Pour toutes les bourses ?

« J’ai toujours veillé à ne pas faire flamber les prix », explique Françoise Patris, installée elle aussi de longue date rue Émile-Zola. « Brest s’ouvre à une nouvelle clientèle, des retraités ou des jeunes qui s’installent. Cela permet de compléter ma clientèle initiale (et aujourd’hui leurs enfants), venue de tous univers mais sensible à l’art ».

« Les Brestois adorent la culture, l’art en général », ajoute Anna Vlaminck, responsable de galerie au Comœdia, place Wilson, comme plusieurs de ses confrères. « Nous vendons des cartes postales à 5 €, des affiches signées, en édition limitée à 80 € et notre prix le plus élevé est un original de Robert Combas à 38 000 € ».

Michèle Lacroix, de La Petite Galerie, en bas de la rue Pasteur, témoigne : « un homme a acheté deux œuvres et m’a laissé sept chèques » pour pouvoir se les offrir. « J’ai eu une infirmière qui m’a fait dix chèques pour acheter une pièce… », abonde Brigitte Cordelle.

Loïc Moyou a rouvert en juin la Galerie Pod, après le décès du regretté Jean-Christophe Podeur. « Il y a des clients pour des pièces à plus de 1 000 € mais les petits formats ou même les sous-bocks, tout en étant qualitatifs, apportent l’essentiel ».

À la Galerie Lagrange, consacrée au pop art et street art, que Sophie Portalès a ouverte il y a un mois à l’angle de Zola et Traverse, les prix vont de 1 600 à 29 000 €. La toile la plus chère, un JonOne, a très vite trouvé preneur.

L’architecte Michèle Lacroix a ouvert « La Petite Galerie », en bas de la rue Pasteur, au centre-ville de Brest, en décembre 2024.L’architecte Michèle Lacroix a ouvert « La Petite Galerie », en bas de la rue Pasteur, au centre-ville de Brest, en décembre 2024. (Photo d’archives Le Télégramme/David Cormier)3 Des avantages fiscaux

Pierre Henri Argouarch, architecte et peintre, a créé à côté de son agence, au port, A3 Studio, la galerie : « Mes premiers acheteurs sont les clients de mon agence. Les entreprises défiscalisent leurs achats. C’est un système fantastique pour l’art. Et la location avec option d’achat se développe ». Ce que souligne également Anna Vlaminck. « Il y a aussi le mécénat, qui consiste à acheter et à exposer au public des œuvres d’artistes français vivants, de partager l’art… »

Anna Vlaminck, responsable de galerie au Comœdia, place Wilson, estime que les Brestois aiment l’art.Anna Vlaminck, responsable de galerie au Comœdia, place Wilson, estime que les Brestois aiment l’art. (Photo Le Télégramme/David Cormier)4 Un embryon de coopération

La galerie Logos, créée rue de Lyon en janvier 2025, a fermé au bout de quelques mois mais pas, selon nos informations, à cause d’une trop forte concurrence. Et nos professionnels raisonnent autrement. « Depuis la fermeture du magasin Shanghai Style, juste en face, j’espère voir s’installer une galerie, pour renforcer la vocation artistique de la rue Pasteur », plaide ainsi Loïc Moyou.

Alain Hélou a ouvert en décembre 2024 une galerie à son nom, place Wilson à Brest. Il propose à ses confrères une communication commune.Alain Hélou a ouvert en décembre 2024 une galerie à son nom, place Wilson à Brest. Il propose à ses confrères une communication commune. (Photo d’archives Le Télégramme/David Cormier)

Alain Hélou, qui a ouvert en décembre 2024 la galerie éponyme, place Wilson, tente de créer une dynamique collective, pour mieux faire connaître la richesse de l’offre artistique à Brest. « On se connaît assez bien. On peut imaginer un document commun à imprimer et diffuser. Ce qui représente un coût, du temps », annonce celui qui espère un coup de main de la collectivité. « On sous-estime le tourisme urbain et culturel à Brest ».

 

5 Des freins à surmonter

Tous le constatent : franchir la porte d’une galerie d’art reste délicat pour nombre de passants. « Certains se disent : ce n’est pas pour moi ! Il y a peut-être un complexe », avance Michèle Lacroix. « Il faut sans doute laisser mûrir, laisser un peu de temps aux Brestois de s’approprier le fait qu’il y ait ces galeries. Qu’on a le droit d’aimer les belles choses et qu’on en propose. J’ai installé des fauteuils dans l’entrée pour inciter à entrer, se poser ».

Et puis plusieurs galeristes nous ont confié leur frustration (ou leur incompréhension, suggérant une mauvaise gestion publique du problème d’humidité) de constater la fermeture du musée des Beaux-Arts voisin, pour encore plusieurs années. Une locomotive.

Naturellement, les nouvelles galeries brestoises devront trouver leur place et durer. Les prochaines années diront si elles y parviennent. Leur économie reste fragile.