Face à cette situation, les regards se tournent une nouvelle fois vers l’État. Celui-ci n’assume plus le remboursement en totalité des moyens que les universités débloquent pour les salaires de ses fonctionnaires et les obligations réglementaires. « Sur 2026, en prévisionnel, les sommes non compensées représentent 3 millions d’euros. Cela correspond à 2,5 % de notre budget », déplore le président de l’UBM Alexandre Péraud. Sans parler du manque de visibilité, alors que le budget de l’État n’est toujours pas voté. Adoption d’une motion, alerte des députés… L’établissement s’active pour sensibiliser sur le sort des universités. En attendant, Montaigne est à la recherche d’un atterrissage financier.

« Sur 2026, en prévisionnel, les sommes non compensées représentent 3 millions d’euros »

Le rectorat avait reçu, en novembre, une première mouture du budget de l’UBM. Le déficit s’établissait à 13 millions d’euros. « Le rectorat nous a alertés sur le fait que ce budget ne nous permettrait plus de payer les salaires à moins d’un an », précise l’entourage du président. La deuxième version a été assortie d’un avis « réservé » du rectorat.

En cause, des indicateurs qui alertent. Ils sont au nombre de trois à être scrutés pour évaluer un budget universitaire : si un seul est en dessous du seuil réglementaire, le budget n’est pas considéré comme soutenable et peut amener le rectorat à déclencher une procédure imposant des conditions de retour à l’équilibre. Bordeaux Montaigne a deux indicateurs dans le rouge (1). Concernant le déclenchement de la procédure, le rectorat se veut rassurant (lire par ailleurs).

Alexandre Péraud est président de l’Université Bordeaux Montaigne depuis 2024.

Alexandre Péraud est président de l’Université Bordeaux Montaigne depuis 2024.

Archives Guillaume Bonnaud / SO

CDD non renouvelés

« Je tiens à garder une capacité décisionnelle », résume Alexandre Péraud. En décembre, le budget a été voté par le conseil d’administration (CA) avec 18 voix pour, 14 contre et trois abstentions. Il prévoit une réduction de 20 % du fonctionnement des services et composantes de l’université. Et un investissement limité aux dépenses incompressibles et sécuritaires. Le gel des recrutements d’enseignants-chercheurs a aussi été acté. « Ceux qui partiront en retraite seront remplacés par des Attachés temporaires d’enseignement et de recherche (Ater) », met en avant Alexandre Péraud. Une mesure qui témoigne de la marge de manœuvre que conserve l’UBM, selon son président.

« Accroître cette pression, c’est prendre le risque d’un effondrement organisationnel et humain »

Les contrats à durée déterminée des agents administratifs sont également concernés par les mesures d’économies. Une trentaine d’entre eux ne sera pas renouvelée. Élu CGT représentant les personnels des bibliothèques, ingénieurs, administratifs, techniques et sociaux et de santé (BIATSS) au CA, Sylvain Rigollet n’a pas voté le budget. « Notre université fonctionne déjà à flux tendu, a-t-il alerté lors du CA de décembre. Les personnels subissent une surcharge de travail chronique liée à des fonctionnements parfois inadaptés et une amplification des procédures administratives, aussi bien pour les personnels BIATSS que pour les enseignants. Accroître cette pression, c’est prendre le risque d’un effondrement organisationnel et humain. »

« Faire différemment ne signifie pas nécessairement couper le service, cela veut dire l’organiser différemment », plaide l’entourage du président de l’UBM, évoquant de possibles mutualisations, notamment avec l’Université de Bordeaux.

Une offre de formation à la baisse

Reste que le contexte budgétaire va peser sur l’offre de formation. Deux licences seront supprimées à la rentrée de septembre : anglais/philosophie et danse. « Comparativement, nous avons plus de 200 parcours à l’UBM, nuance Alexandre Péraud. Ces licences concernent une cinquantaine d’étudiants. Elles doivent être repensées ». Sur les 200 000 heures actuellement dispensées chaque année, l’UBM évoque une réduction de 40 000 heures. « C’est une amputation énorme », s’étouffe l’élue Unef Büsra Dirik, qui a voté contre le budget en CA.

Là encore, la présidence évoque le travail en collectif. « À l’échelle de la Nouvelle-Aquitaine, il n’est pas nécessaire que nous fassions tous la même chose, chacun dans son coin, avec parfois de faibles effectifs. » Alexandre Péraud évoque le master de lettres classiques, « que nous faisons en alternance avec l’Université de Pau et des Pays de l’Adour : deux ans chez eux, et deux ans chez nous ». La question du maintien de certaines formations pourrait se poser, notamment pour les langues dites « rares ». L’UBM en compte désormais 26 à son emploi du temps. « Nous discutons avec l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco) pour mettre en place un enseignement à distance », glisse Alexandre Péraud.

Sur le volet des recettes, l’UBM n’a pas la main sur les frais d’inscription en licence, master et doctorat. Mais elle a fait le choix de ne pas toucher les frais pour la formation continue et les diplômes universitaires. Elle écarte également un déplafonnement des frais d’inscription pour les étudiants étrangers extra-communautaires.

(1) Le fonds de roulement de l’UBM est de treize jours de fonctionnement, contre un minimum de quinze jours pour être dans le vert. Les charges de personnel doivent s’établir à 85 % des produits encaissables. Montaigne est à 86,71 %. Seule la trésorerie est dans le vert, même si elle est en baisse : quarante et un jours, pour un indicateur qui doit être supérieur ou égal à trente jours de fonctionnement.